Paris, le mardi 31 octobre 2008
Cher A.,
J’ai fait un rêve étrange cette nuit, à la fois inquiétant et rassurant. Je me trouvais là où tu habitais, tu étais dans la cuisine avec ta grand-mère il me semble et je venais chercher quelques affaires pour m’habiller cet hiver. Il commence à faire froid ici. Soudain, alors que je cherchais un gros manteau pour me couvrir lorsque je sors dans la rue, ta mère m’a dit que finalement tu avais décidé de partir avec moi. Je me souviens m’être dit que c’était enfin arrivé, que c’était bien mais curieusement pas une fois je n’ai vu ton visage, ni entendu tes mots dire ce que tu voulais réellement. Un rêve bizarre tu ne trouves pas ?
Hier soir nous avons été à un concert de musique classique avec des amis, dans une église. Je ne suis pas sûr que cela t’aurais plu bien que je me souvienne de tes grands yeux écarquillés dans la voiture, quand, bébé, je mettais de l’opéra sur le poste de radio. Souvent tu arrêtais tout ce que tu étais en train de faire et ton regard devenait fixe et concentré, surtout lorsqu’il y avait des airs chantés par des femmes. J’espère que ce goût là te sera resté, j’ai l’intention de t’y emmener dès que je pourrais.
Les jours passent, je ne suis pas encore à les compter mais presque, avant que je sois quasi sûr de te revoir — bien que je me demande si tu dois logiquement y être. Encore deux semaines au plus et un juge mettra enfin un terme à ma situation juridique floue comme se plaît à l’appeler mon avocate. Si le juge décide comme il est d’usage je pense que je pourrai passer le week-end qui suivra avec toi, j’aimerais beaucoup. Décompter les jours, comme ceux que ta mère te faisait décompter justement, alors que nous étions en vacances tous les deux, « Plus que six jours avant de venir avec moi » disait-elle, et toi tu reprenais après avoir raccroché, très heureux de ce nombre qui diminuait, sans te rendre compte qu’il représentait l’inverse pour moi.
As-tu quelques idées pour Noël ? As-tu réfléchis à ce que tu aimerais avoir ou pas encore ? Penses-y et si tu veux, écris-le moi quand tu auras l’occasion.
Papa qui t’embrasse fort.