Café Crème

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mardi 14 octobre 2008

Il y a des jours comme ça …

Il y a des jours comme ça où je ferais mieux de rester couché. Suite de mes aventures professionnelles dont un nouvel épisode s’est déroulé hier, épisode pendant lequel on m’a fortement conseillé d’aller voir ailleurs si l’herbe était plus verte, que l’éventuelle prime de fin d’année — celle dont le montant dépend directement du nombre de jours de congés non pris dans l’année qui a précédé, d’ailleurs je ne sais pas pourquoi je dis celle vu que c’est la seule prime qui existe ici — serait très fictive, et que je devais me préoccuper du bien-être [informatique, ndlr] du groupe (sic) et que cela devait être ma seule récompense. Oui, oui. Après tout, je suis cadre, trop très bien payé, et je ne fais que trente-cinq heures par semaine. En fait là, j’essaye de rétablir la vérité, mais le problème est qu’ils notent les arrivées tardives et les départs qui se font tôt, et pas… l’inverse. Alors forcément, au bout du compte (partiel et partial), ça ne fait que trente-cinq heures. Il faut dire à leur décharge qu’ils travaillent tard le soir chez eux, le week-end aussi et également pendant leurs vacances, du coup ça crée un léger décalage d’implication, vous voyez ?

Bien sûr, les petits camarades de jeu se la jouent perso, trop contents de ne pas être eux-mêmes sur le siège éjectable. C’est donc motus et bouche cousue, voire pour certains sous-chefs et sous-sous-chefs quelques tacles vicieux avec un petit air de vierge effarouchée lorsqu’on évoque leur attitude devant le boss. Résultat les rangs sont très clairsemés de mon côté. De l’autre côté, pas de soucis, ils sont serrés autour du patron comme un seul homme. L’esprit de corps sans doute ? Je fais donc le gros dos, je ferme ma porte et évite les collègues qui me regardent comme une bête de foire depuis quelques jours — les rumeurs et les potins circulent vite dans une société où nous sommes quinze en tout et pour tout — et j’attends sereinement la prochaine convocation au soufflage de bronches et à la remontée de bretelles. Pour l’instant, c’est le lundi matin, une fois par semaine ça me laisse le temps de souffler avant la suivante.

Voilà côté pro. Côté perso, heureusement qu’il y a aussi du grabuge, ça équilibre avec le boulot. Donc ce midi ma future-ex m’appelle pour me signifier la fin immédiate et définitive de mon droit de visite et d’hébergement vis-à-vis de mon fils. Elle lui a pris un avocat, va le faire entendre par un juge et elle ne veut surtout pas le forcer à me voir s’il ne le veut pas. Je demande une confirmation écrite, ça ne va pas être possible me répond-elle, je demande alors à parler au fiston qui, très énervé et en colère contre moi, m’expliquera qu’il préfère aller voir sa grand-mère (maternelle évidemment) plutôt que de passer les week-ends et une partie des vacances avec moi. Pas eu le temps de lui dire que j’avais envie d’être avec lui avant qu’il ne raccroche. Je vais donc me retrouver devant une porte close vendredi soir, parce qu’elle m’a promis de m’empêcher de l’emmener et que je ne suis pas assez costaud fou pour user de violence et défoncer la porte — ça va donc se terminer par une main courante au commissariat le plus proche, j’avais pourtant d’autres projets pour ce week-end. Je sais qu’il y a manipulation envers lui, qu’il n’a que ce moyen pour se sortir d’un chantage affectif imposé et je me garderai bien de lui en faire le moindre reproche. J’ai énormément de peine pour ce qu’il est obligé de vivre en ce moment.

Pour résumer, on veut m’éjecter du boulot, non, on veut que je m’éjecte tout seul du boulot — ils ne sont pas près d’obtenir gain de cause, je vous le dis — et elle veut m’éjecter de la vie de mon gamin — elle n’est pas près d’obtenir gain de cause et je compte assez sur le bon sens d’un JAF dans cette affaire. Cela dit, je ne regrette pas de m’être levé ce matin, d’avoir vu un joli sourire, de voir en ce moment un beau soleil dehors et d’avoir ce soir chez moi quelques amis pour le plaisir. J’aime assez cet automne qui se déguise en été indien !

vendredi 12 septembre 2008

Dilemme

Je n’aime pas mon travail et il me fait vivre. Si j’arrête de travailler je meurs ? Non, par contre un nouveau job sera beaucoup moins confortable que l’actuel. Moins confortable parce que je peux m’arranger (légèrement) avec les horaires, même si le flicage est sévère, et que la paie me permet de supporter à peu près les dépenses actuelles sans trop me serrer la ceinture. Pourtant à la mention de mon niveau de vie je hausse les sourcils parce que je ne vois vraiment pas ce que ça couvre. J’assure le minimum, enfin ce que je crois être le minimum et ensuite il ne reste pas grand chose, et ce pas grand chose est rapidement englouti par les aléas. Parfois je triche, un crédit par-ci, une dépense déraisonnable par-là, mais je suis vite rattrapé par mon banquier. Alors un niveau de vie, ça représente quoi à part ce superflu qu’on peut se permettre de temps en temps. Des vacances plutôt bon marché, camping à bas coût, en France, pas de voyages lointains, pas de sorties régulières, spectacles ou restaurants. Une voiture, deux voitures, anciennes et bien incapable de les remplacer, il faut les faire durer. J’ai choisi de mettre un terme à cette façon de vivre. J’ai commencé à goûter à une autre vie, plus libre. Seulement ça n’a qu’un temps. Il faut maintenant que je décide.

J’ai un enfant dont je suis responsable. Que signifie ce terme ? Ma vie doit-elle s’effacer parce qu’il a des besoins incompatibles avec celle que j’ai envie de vivre ; dans quel ordre de priorité dois-je définir mes devoirs vis-à-vis de lui et de moi. Suis-je un salaud — et c’est vraiment le sentiment que j’ai — quand j’ai envie de me faire plaisir et me faire passer avant lui ? Est-ce un abandon ? Ai-je seulement le droit de me poser toutes ces questions, n’est-ce pas déjà y répondre implicitement que d’écrire ces lignes. Comment concilier cette ouverture que je me suis créée et cet enfermement que je perçois à vouloir m’en occuper. Je ne peux continuer à m’interroger, ou plutôt à éviter de le faire, il faut maintenant que je décide.

J’ai trouvé un logement, enfin. J’ai cru pouvoir poser mes valises, enfin. Seulement tout ce qui précède montre que c’est temporaire, très temporaire. C’est un logement très agréable, bien situé, calme, idéal à de nombreux points de vue, seulement c’est un logement de célibataire, pas celui d’un père. Je me suis donné de l’air, pour quelques mois, mais ça ne pourra pas durer, entre autres financièrement. J’ai beau tourner et retourner les chiffres, dans quelques mois il faudra que je réduise mon train de vie. Retour en grande banlieue pour trouver plus grand et moins onéreux, retour des temps passés dans les transports en commun, retour dans la grisaille des cités-dortoirs, c’est l’image qui me vient instantanément en tête quand j’y songe, retour de la solitude provoquée par cet éloignement. Que sera la vie de mon gamin dans ces conditions ? Lui suffira-t-il d’être avec moi pour faire passer le reste ? Je n’ai pas le temps d’attendre de savoir, il faut décider dès aujourd’hui.

J’aimerais croire que tout cela n’est qu’une vision pessimiste de mon futur probable. J’aimerais croire celle qui me dit qu’une vie dans ces conditions peut être agréable, j’aimerais croire celle qui me dit que je pourrais continuer à vivre pour moi en m’occupant de lui. Que ce n’est pas incompatible, que ça demandera des aménagements, des concessions par rapport à ce que je connais maintenant. J’ai passé des années à attendre du mieux, je vis du mieux, et même du merveilleux depuis quelques mois, cela aura-t-il une suite ? J’ai peur de retourner dans le noir d’une vie comme avant, parce que je ne sais pas comment construire la vie de maintenant.

Je ne suis pas le petit garçon qui n’a pas eu le temps de vivre son enfance. Je ne suis pas l’homme qu’il aurait pu devenir, encore moins l’ado qui n’a jamais existé entre les deux. Il me manque quelque chose sans savoir quoi. Ni petit garçon ni homme, que suis-je donc. Comment diable font les autres pour être si adultes, si responsables, si homme ou femme ? J’ai un garçon qui attend de moi que je me comporte comme un père, comme un homme, comme… Il n’attendra pas. Il faut que je décide dès maintenant.

samedi 6 septembre 2008

Cheminement

Mon souvenir raconté hier m’est revenu alors que je me trouvais en bonne compagnie au Paris-Carnet du mois de septembre. Une amie racontait une histoire vécue il y a quelques années dans le cadre de son travail. Elle parlait de l’odeur particulière de la mort. Ces mots m’ont conduit à la vitre brisée chez mon oncle et à sa découverte dans des circonstances un peu similaires.

Curieusement, et je ne m’en suis aperçu qu’à la faveur d’une remarque de quelqu’un qui savait les deux histoires, j’ai relaté ceci dans l’ordre inverse. D’abord le souvenir de la mort de mon oncle, puis le carreau cassé et enfin seulement l’odeur. Pourquoi donc inverser ce parcours, ce cheminement du souvenir et des associations d’idées ? Un début d’explication tiendrait à ma mémoire plutôt fidèle des odeurs, mais je n’arrive pas à suivre la suite de ce raisonnement.

Je parle souvent de mes rêves, images avec ou sans mouvements, parfois du son, des bruits, quelquefois des sensations diverses comme le toucher, mais jamais d’odeur dans mes rêves. Qu’a donc de si particulier cette mémoire. Ce qui est encore plus étonnant est que mes mémoires me font régulièrement défaut sauf celle-ci ! Une odeur sentie un jour restera à jamais dans ma tête. Vous vous souvenez de l’odeur de la colle Cléopâtre, les petits pots blancs avec la petite spatule et surtout cette odeur d’amande ? Je croyais l’avoir oubliée jusqu’au jour où, fortuitement, j’ai mis mon nez au dessus d’une bouteille de sirop d’orgeat. Instantanément je me suis souvenu du temps où je gardais le petit pot sous le nez et que je reniflais à pleins poumons pour me gorger de cette odeur que j’aimais tant. Parlez-moi de Cléopâtre est aussitôt cette odeur me revient.

J’ai d’autres souvenirs liés fortement à une ou plusieurs odeurs et je crois qu’il faudra que je me serve de ces cailloux là pour retrouver des bribes de mon passé que je croyais perdu. Suivre cette piste, comme un chien reniflant celle du gibier, dans les méandres des associations d’idées, et en ne forçant surtout pas ce travail, plutôt laisser faire les choses tranquillement et accepter le désordre apparent où tout cela revient.

Un jour, lorsque j’en aurai suffisamment, je rajouterai des dates devant les mots et je pourrai alors montrer mes petits cailloux.

mercredi 20 août 2008

Fragile

Je pensais que tout allait de mieux en mieux, ce qui est foncièrement vrai à la minute où j’écris, mais il faut tenir compte des fluctuations qui apparaissent régulièrement. Ce soir c’était le dernier d’une longue attente, tout allait pour le mieux, et soudain, par manque de compréhension de ma part, je me suis retrouvé à errer à la recherche d’un toit pour la nuit[1] et j’ai réalisé à quel point ma situation actuelle était fragile et à quel point mon état psychologique en dépendait directement.

Je crois qu’il y a des journées où l’on est plus fragile que d’autres, plus réceptif ou plus sensible c’est selon. Par exemple ce matin, j’arrive très tôt au boulot. Une heure plus tard, mon patron arrive et passe devant mon bureau sans marquer un seul temps d’arrêt ni un bonjour. Dix minutes plus tard, le sous-chef, qui sera bientôt patron une fois que l’actuel sera parti à la retraite, passe devant mon bureau sans marquer un seul temps d’arrêt ni un bonjour. Pourtant ma porte était grande ouverte, lumière allumée. Bref, je me dis qu’ils doivent avoir autre chose en tête. Quelque temps plus tard, je vais chercher une impression que j’avais lancée et je dis bonjour à mon patron en passant devant son bureau ouvert et fais de même au sous-chef sur le chemin du retour. Pas de réponse, ni de l’un ni de l’autre. Comme si je n’étais pas visible et audible. Je me suis dit, pomme que je suis, qu’ils ne m’avaient pas entendu ni vu. Soit. Une heure plus tard, lorsqu’ils ont eu besoin de moi, ils n’ont pas demandé si j’étais arrivé, ils m’ont convoqué directement par téléphone. Aux ordres chefs ! N’importe quel autre jour ce serait passé par pertes et profits, comme d’habitude, mais aujourd’hui j’ai senti que je ne ferai pas de vieux os dans cette boîte. Trop fragile.

Fragile je suis. Depuis une certaine lettre j’évite autant que possible toute confrontation et discussion avec mon père. Ce sera inévitable me dit-on, mais franchement, en ce moment, je suis overbooked. Alors je remets à plus tard, beaucoup plus tard. J’ai aussi une décision importante à prendre qui concerne mon fiston et je n’arrive pas à analyser posément ce que ça implique, malgré toute l’aide dont je dispose. Et pourtant les jours s’égrènent et le niveau de nécessité augmente. Il va falloir trancher. Penser à soi, penser aux autres, lequel faire passer en premier ?

J’ai fait une découverte importante il y a quelques jours, capitale je dirais. Je voudrais l’écrire seulement je ne peux le faire sans expliquer le contexte qui m’a conduit à faire l’amalgame entre une personne particulière et un groupe que je côtoie régulièrement. Je confond, ou plutôt non, j’ai confondu — ceci dit c’est tellement ancré dans ma tête que j’ai encore du mal à réaliser aujourd’hui toute la portée de ma confusion — un salaud avec des gens amicaux, ouverts et agréables. Simplement parce qu’ils ont en commun une pratique particulière qui ne me paraît pas anormale mais plutôt étrangère. Je comprends petit à petit que mon attitude vis-à-vis de certains à pu paraître très déroutante, si ce n’est plus. Je ne sais pas trop quel comportement adopter du coup. M’excuser ? Passer outre et faire comme si cela ne s’était jamais produit. Expliquer la cause et être prêt à l’assumer. J’hésite…

Mardi prochain j’aurai un chez-moi, un endroit pour mettre mes affaires à l’abri, un endroit où je serai en sécurité. Et depuis quelques jours, à la faveur de certaines discussions, en fonction de décisions à prendre dans un avenir très proche, je me rends compte qu’il ne se passera peut-être pas beaucoup de temps avant qu’il faille que j’en parte. Je pensais avoir posé une première brique et je n’ai pas le mortier qui convient pour poser la suivante. L’ensemble reste fragile, je suis fragile. Du coup les migraines reprennent de plus belle et sont plus persistantes, comme si elles étaient à l’affût de la moindre faille.

Fragile…

Notes

[1] Finalement la confusion a été levée et je suis dorénavant à l’abri en train d’écrire ce billet.

lundi 11 août 2008

Soul

J’ai appris hier, comme beaucoup d’entre nous, la mort d’Isaac Hayes, célèbre compositeur et chanteur soul connu pour la bande son du film « Shaft ». Je suis sûr que vous l’avez déjà entendu, au moins cette introduction célèbre, le fameux Theme :

Je me souviens que gamin j’écoutais souvent ce 33 tours que mes parents avaient acheté et que je leur avais subtilisé. Ils possédaient à l’époque un pick-up qui tenait dans une énorme valise bleue et que j’avais du mal à transporter dans notre chambre que je partageais avec mon frère. Elle s’ouvrait en deux, avait des côtés rembourrés, le couvercle incluait un gros haut-parleur tandis que le reste contenait le tourne-disque et le bras. Quelques disques avaient nos préférences, parfois sources de bagarres mémorables lorsque nous voulions écouter les nôtres et pas ceux du frangin, et ils ont vaillamment supporté nos manipulations répétées pendant toutes ces années — il faut dire que la discothèque n’était pas très fournie et les nouveautés relativement rares.

J’ai écouté en boucle, « Shaft », quelques disques de Bob Marley, de Santana, de Jorge Ben que j’adorais, de Louis Amstrong, Barry White ou de Steevie Wonder, les classiques de l’époque. Il fallait mettre le son au minimum pour éviter de déranger, alors nous collions nos oreilles le plus près possible du haut-parleur et nous fredonnions les paroles que nous connaissions — mon frère était fortiche à ce jeu là.

J’ai un lecteur MP3 depuis quelques mois, et de temps en temps, je me surprends à fureter dans la boutique en ligne d’Apple pour dénicher et retrouver les pochettes des albums que nous avions. Je retrouve de cette manière les couleurs de quelques souvenirs. D’ailleurs j’ai commencé à remeubler ma bibliothèque musicale en achetant récemment un des premiers disques de Jorge Ben, un chanteur brésilien dont vous avez certainement déjà entendu une ou plusieurs chansons (« Pais Tropical », …).

C’est de la nostalgie, j’en conviens, mais c’est très agréable de se souvenir de ça, vous ne savez pas à quel point !

Solitude

Je redécouvre doucement la solitude depuis quelques jours. Ce mois d’août est devenu bien calme depuis ce week-end pendant lequel j’ai passé du temps à ne rien faire. Presque rien. Quelques courses dans un supermarché, un aller-retour pour aller dormir, arroser quelques plantes et récupérer mon courrier — d’ailleurs je ne reçois que des factures, des prospectus, des propositions commerciales ou des relevés d’abonné, je regrette le temps des cartes postales et des lettres manuscrites —, naviguer entre les gouttes qui vident ce ciel gris de ce dimanche à peine digne d’un printemps maussade.

C’est un état que j’aime, lorsqu’il est choisi et ne dure pas trop longtemps. Au delà de deux jours je commence à trouver le temps long et j’apprécie de retourner au travail. Ceci dit, la semaine qui s’annonce sera calme, très calme avec la quasi totalité de mes collègues en vacances, je ne serais pas dérangé par le bruit ou les coups de téléphone. C’est un état que j’apprécie lorsque je peux m’attarder sur mes envies, sur mes rêves ou sur mes projets. Certains sont en train de se réaliser, à mon plus grand étonnement d’ailleurs, et j’ai encore du mal à l’admettre. J’éprouve une certaine mélancolie pour d’autres qui n’avancent pas et qui m’obsèdent.

Je voudrais écrire. Écrire et écrire encore. Vous raconter des histoires, mon histoire, des fictions, des rêves ou des rencontres, écrire des romans ou des nouvelles, pourquoi pas des chansons ou des poèmes. L’envie est là, c’est indéniable, et pourtant j’en suis réduit à écrire sur mon incapacité de poursuivre ce que j’ai commencé. Je tourne en rond. J’écris pour masquer cette solitude des mots qui ne viennent plus, j’écris pour exorciser mon manque d’écriture. Comment sortir de ce paradoxe. Laisser du temps au temps, il faut que ça décante, il faut laisser venir doucement. Soit. Mais pourquoi éprouvé-je un sentiment d’urgence ? Pourquoi je sens que le temps joue contre moi, qu’il est mon premier ennemi, que si je ne fais rien je vais rater le coche ? Pourquoi ai-je l’impression que c’est une course de fond et qu’il faut à tout prix que je rattrape les autres, ceux qui me font confiance, ceux qui m’écoutent et m’apprécient ?

La solitude ne m’aide pas à réfléchir la dessus. Je tourne en rond, je ressasse sans arrêt les mêmes images stériles parce qu’elles ne conduisent ni vers un avant ni vers un après. Elles existent, quelque part dans ma tête, pour une époque vaguement identifiée, mais sans aucun lien avec les autres, elles sont isolées. J’ai l’image d’une mer noire, d’huile, sur laquelle flotteraient ici et là quelques débris d’un naufrage. Voilà à quoi ressemble ma collection de souvenirs. Sombre, sans bruit, quasiment sans mouvement ou alors très lents et qui demandent une énergie considérable pour perdurer, pour seulement exister et une solitude immense, infinie, sans fond, sans ciel, sans repère sur l’horizon.

Enfant je passais des heures à écouter les histoires que me racontait l’aïeule des fermiers chez qui nous campions avec mes grands-parents. Des heures durant elle me racontait sa jeunesse, les tornades fréquentes qu’elle avait subie dans sa maison, le mariage de ses enfants, les guerres — elle avait connu et survécu aux deux —, sa vie tout entière. Elle semblait inépuisable, sur tous les sujets elle avait une anecdote, un souvenir et souvent je voyais les autres membres de sa famille hocher la tête à telle ou telle évocation. Souvent je me prends à rêver de faire de même avec mon gamin ou avec les enfants qu’il aurait, alors que je serais devenu l’aïeul. Quelles histoires raconter ? Faudra-t-il que je les invente ? J’ai peur de vivre encore à ce moment cette solitude dans ma tête.

Depuis vingt minutes j’hésite à écrire ce paragraphe qui vient, celui qui dit la souffrance et la solitude que j’éprouve lorsque mis en défaut — parfois par moi-même — je ne peux m’en ouvrir à quiconque sous peine de renforcer mon malaise ou générer de l’incompréhension. Il y a bien des choses que je n’ose pas dire, par peur du jugement, par peur de ne pas agir comme l’adulte que je devrais être, par peur de montrer que je suis loin d’être l’homme que j’aimerais être. Pourquoi me sentir tenu de me justifier ? Pourquoi chacun de mes actes, de mes propos n’est tenu qu’après les avoir évalués à l’aune d’un jugement potentiel ? Je ne parle pas spontanément sans réfléchir longuement auparavant, je n’agis pas sur l’instant sans peser le pour et le contre. Souvent cela me conduit à l’inaction, à la solitude. Pour quelle raison ?

J’aimerais tant trouver quelques réponses à toutes ces questions…

dimanche 10 août 2008

Racines

On ne sait jamais où trouver les hommes. Le vent les promène. Ils manquent de racines, ça les gêne beaucoup.

Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

Pourquoi a-t-on besoin de racines ? Pourquoi faut-il que nous connaissions notre passé pour mieux vivre le présent et préparer le futur ? Pourquoi, lorsque notre mémoire nous fait faux bond par un mécanisme souvent inconscient, avons-nous l’impression qu’une partie de nous-même est manquante ? Est-ce qu’une mémoire imaginée, des souvenirs reconstruits à partir de la réalité objective ou subjective, parfois fantasmée, vaut mieux que pas de mémoire du tout ?

J’ai entendu, malgré moi, un message laissé sur le répondeur de mon père il y a quelques semaines. Ce message s’adressait à lui et l’interlocuteur n’aurait jamais pu imaginer que j’aurais pu en avoir connaissance à un instant ou à un autre. Ce message transmettait un secret — dont je ne connais pas le niveau de véracité — où il était question de mes origines, celle de mon père en particulier. Mon père ne serait pas mon père, mais plutôt un ancien collègue à ma mère de l’époque. Troublant.

J’ai deux choix possibles. Ne pas croire et conserver le peu de mémoire que j’ai sur mon enfance, sur la vie que j’ai passé avec mes parents, sur les relations dégradées qui ont toujours été depuis mon plus jeune âge. Pratique pour moi, car ça me permet de me concentrer sur le reste. Pas de question particulière, et surtout les parents de mon père avec qui j’ai eu beaucoup plus d’affinités restent mes aïeuls, mes racines sont sauvegardées. Ou alors croire qu’un autre est mon géniteur, seulement c’est un gouffre qui s’ouvre devant moi.

J’ai refermé le couvercle sur ce questionnement jusqu’à aujourd’hui. Jusqu’à la lecture de ce texte émouvant d’une jeune femme à la recherche des traces de son passé. Et c’est alors que les questions reviennent. Ai-je envie de savoir ? Ai-je envie d’avoir un autre père plutôt que celui qui m’a brutalisé ? Et si oui, comment est-il ? Comment aurais-je pu vivre, comment serais-je devenu ? Est-il simplement vivant ce matin ? Où… Et vous imaginez toutes les questions qui en découlent, demi-frères, demi-sœurs, autre famille, autres histoires, … C’est sans fin ou presque.

J’aurais aimé que ma mère soit encore vivante aujourd’hui car je suis intimement persuadé que dans la fureur des non-sentiments qu’elle éprouvait pour moi elle aurait trouvé avantage à me dire la vérité, entre autre pour saper encore plus les relations tendues et ténues que j’ai avec mon père. Seulement elle n’est plus de ce monde, depuis quinze ans maintenant et son secret, s’il s’avère réel, est parti avec elle. Est-ce que cela explique la manière dont mes parents se sont chargés de moi ? Est-ce que ça explique la foncière différence physique qui existe entre moi et mes frères et sœurs ? Est-ce que ça explique la violence que j’ai subie ?

Je me souviens avoir imaginé, à de nombreuses reprises, et probablement comme la plupart des gamins de cette planète, que je n’étais pas un enfant naturel mais adopté. C’est une solution plaisante pour imaginer un mieux ailleurs, pour se dire que non, les parents que nous avons ne sont pas les vrais, ne sont pas ceux qui sauraient aimer. Et fatalement on éprouve une crainte d’être rejeté encore plus et de se retrouver seul, sans même l’attention portée quand les coups pleuvent, alors on se résigne et on attends le jour d’une délivrance, un jour où par exemple les vrais parents sonnerait à la porte, remplis de remord et exigeant de récupérer leur rejeton.

Violence qui remplace amour, vaut-elle mieux que pas de sentiment du tout ? Rêve qui remplace racine, vaut-il mieux que pas de mémoire du tout ?

samedi 9 août 2008

Porte-bonheur

Ce midi, après être revenu d’un rendez-vous joyeux, j’ai retrouvé le petit porte-bonheur qu’une amie m’avait offert il y a quelque temps persuadée — bien plus que moi — que j’arriverai un jour à exaucer mon vœu. Je l’ai sorti du papier de soie dans lequel il attendait sagement, je l’ai déplié et j’ai choisi l’endroit où j’allais l’accrocher. Ainsi fixé je l’aurai sous les yeux, dans la main, dans la poche avec moi.

Il n’est pas grand, minuscule presque par rapport à la clé à laquelle il est accroché, quelques millimètres de métal argenté et satiné, quelques grammes de métal qui me font chaud au cœur quand je le regarde. Il a trois roues, deux à l’arrière, une à l’avant, un guidon, une selle large et confortable et un tablier pour protéger les genoux. Le phare est à la bonne place et les poignées sont finement ciselées pour assurer la prise.

Le porte-bonheur attaché à sa clé

Cela fait des années que je n’étais pas remonté sur un deux-roues, des années à attendre une occasion, des années à les regarder passer au loin. Depuis aujourd’hui je suis repassé de l’autre côté, celui qui m’attirait depuis si longtemps. J’étais heureux ce matin en ramenant mon destrier. Il a deux roues, une à l’arrière, une à l’avant, un guidon, une selle large et confortable — le passager sera aussi bien assis que moi — et une bulle et un tablier pour protéger les genoux. Les phares sont à la bonne place et les poignées sont correctement caoutchoutées pour assurer la prise.

Le porte porte-bonheur

Un plaisir simple, cher certainement mais que voulez-vous, s’il fallait toujours être raisonnable… Un plaisir grandi par l’attente qui aura précédé. Et puis je connais un petit garçon dont les yeux brilleront quand il les contemplera, à son retour de vacances, car je lui en avais parlé souvent et à chaque fois il tenait à me rassurer en me soutenant qu’il le construirait de ses propres mains, pour me faire plaisir. J’ai hâte de lui montrer mes deux scooters !

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