Café Crème

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Mot-clé : enfance

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dimanche 21 décembre 2008

Tout et son contraire

J’ai assisté à une réunion éducative pour mon fiston vendredi matin dernier. Sa mère, présente elle aussi, n’a eu de cesse de se lamenter sur l’état dans lequel se trouve le petit bonhomme depuis quelques semaines. Pour résumer, il ne s’alimente presque plus, à part le petit déjeuner le matin, s’endort si mal le soir qu’elle est obligée de venir l’endormir pour qu’enfin, et pas avant vingt-deux heures trente, vingt-trois heures il finisse par tomber dans les bras de Morphée, etc etc. Son médecin traitant, qui fut le mien pendant un temps et que je sais être plutôt du genre alarmiste, considère ce gamin comme dépressif et prétend que le psychiatre qu’il consulte depuis des mois ne le fait pas beaucoup avancer, ou qu’elle n’a pas noté de changement sensible de ce côté alors que cela aurait du — ce sur quoi je suis plutôt d’accord. Pour finir une de ses institutrices nous a appris qu’il continuait à s’isoler de ses camarades de classe, pendant les récréations, quand bien même ceux-ci le sollicitaient pour qu’il vienne jouer avec eux.

Et puis je suis venu le chercher samedi matin comme prévu pour la première partie des vacances. Je passe sur les bons conseils impératifs que sa mère lui a prodigués tout le temps où je récupérais quelques cartons de vêtements, et jusqu’à l’ascenseur qu’elle a bloqué le temps de lui demander si il voulait qu’elle lui fasse coucou de la fenêtre puis ensuite sur le balcon de l’autre côté de l’appartement, et ce n’est qu’après m’avoir dit qu’il tenait absolument à lui parler au téléphone tous les soirs qu’elle a fini par libérer les portes.

On a empilé les cartons dans la voiture, chargé sa petite valise, puis nous sommes montés et avons attachés nos ceintures. Départ, on commence à discuter un peu, et mine de rien je le surveille du coin de l’œil dans le rétroviseur. Il n’aura pas eu un regard vers la fenêtre ou le balcon. Je note dans un coin et ne relève pas plus. Et puis ce soir, alors que j’écris ce billet, je peux écrire ce que j’ai constaté depuis deux jours. Il dort comme un loir, dès qu’il est au lit ou presque — je l’ai couché relativement tôt ces deux soirs de week-end — ne s’est réveillé qu’après avoir fait une nuit de treize heures, c’est dire le manque de sommeil qu’il a à rattraper, n’a cessé de dévorer pendant toutes ses journées, à mon grand étonnement d’ailleurs — je ne lui connaissais pas un appétit comme celui-là — et c’est amusé comme un fou lorsque je l’ai emmené au parc où se trouvaient quelques dizaines de gamins de son âge.

Pendant ce temps il n’aura pas, à une seule reprise, exprimé le besoin ou l’envie d’appeler sa mère, la pauvre qui appelle de son côté toutes les quatres heures et laisse invariablement le même message sur mon répondeur en commençant par un « Comme ton fils me l’a demandé, j’appelle pour lui parler… » (sic). J’ignore en considérant que s’il tient à lui parler, il est suffisamment âgé et dégourdi pour me demander s’il peut utiliser le téléphone. D’ailleurs il m’a demandé tout à l’heure mon numéro de portable pour pouvoir m’appeler — ce que j’ai fait en lui inscrivant sur un grand post-it que j’ai ensuite collé près du téléphone fixe — alors que je lui expliquais que s’il ne me trouvait pas à son réveil demain matin, c’était parce que j’aurais été mettre des pièces dans le parcmètre et que je serais revenu dans les quelques minutes qui suivraient. Pas besoin d’en dire plus n’est-ce pas ?

dimanche 7 décembre 2008

Trac

Retour sur une journée spéciale. Spéciale parce que c’était la première que j’ai pu passer en tête à tête avec le fiston depuis plus de deux mois. On m’avait promis un refus obstiné de venir avec moi, un refus obstiné de venir chez moi passer quelques instants, un refus obstiné de simplement me dire plus de trois phrases au téléphone. On avait raison jusqu’à ce que j’arrive pour l’emmener. Il s’était caché dans la salle de bain, avait fermé celle-ci à clé. Je lui ai demandé de m’ouvrir, sans élever la voix et quasiment aussitôt j’ai entendu le verrou tourner, la porte s’ouvrir et lorsqu’enfin j’ai vu son visage, il portait un large sourire, vous savez, un de ceux qui monte de chaque côté jusqu’aux oreilles !

Il est sorti, a maladroitement tenté de me donner un coup de pied ou deux, parce que c’était la sanction promise par “on”, parce que soit-disant c’était le seul moyen pour lui de me signifier son refus ou sa colère. Sauf que les coups de pieds étaient accompagnés d’un rire franc et du même et large sourire. On a joué comme ça une minute, histoire de donner le change à “on” qui ne manquera probablement pas de témoigner qu’il avait voulu se battre avec moi, la belle affaire, et enfin j’ai donné le signal du départ. Chaussures, manteau, gants, écharpe et bonnet, sans oublier bien sûr une caisse en plastique contenant son trésor du moment, quelques dizaines de voitures.

J’avais le trac en montant mais il n’est pas resté longtemps. Quelques secondes, le temps de voir le premier sourire et il s’est effacé aussitôt devant le plaisir et le bonheur de le retrouver. Départ ensuite pour ailleurs et nous avons commencé à discuter dans la voiture pour savoir s’il valait mieux manger ici ou là, s’il avait envie d’aller visiter un joli aquarium dont j’avais entendu parler à la Porte Dorée et finalement nous avons convenu de passer chez moi, de déjeuner et ensuite nous irions à l’aquarium en bus et métro. Il était ravi du programme et pour tout dire moi aussi. On a tout de même pris le temps de regarder un film sur l’ordinateur, avec quelques douceurs parce que c’est meilleur avec et ensuite direction les poissons en tramway et bus. Oui on avait trouvé que le tramway c’était plus chouette que le métro, donc tramway nous avions choisi.

Quelques centaines de poissons plus tard — et quelques dizaines de photos dans l’appareil, de quoi agrémenter un peu ici dans quelques jours ou semaines —, et deux crocodiles dont on a pas vu bouger le moindre cil et ce n’est pas faute d’avoir essayé de les animer un peu en criant après, nous sommes ressortis pour retourner goûter à la maison avant que je le ramène. Le temps est passé sans ennui, et apparemment il est revenu plutôt content et passablement fatigué de sa journée, au point de faire un somme réparateur dans la voiture pendant que je négociais quelques bouchons.

Conclusion, ne pas croire ce que l’adulte traduit de ce que l’enfant raconte, c’est souvent compris de travers ou alors le filtre est trop épais pour que la réalité puisse le traverser sans trop de dégâts. En attendant j’ai rendez-vous mardi soir pour un MacDo promis, il adore et moi je … subis, mais bon, et puis ensuite les quelques premiers jours des vacances de Noël, jusqu’au réveillon du 24 compris — j’ai proposé de raccourcir ma période pour qu’il puisse passer le jour de Noël avec sa mère. Vous savez quoi ? Il n’avait pas compris ça et pensait qu’il allait rester avec moi jusqu’à la fin de la première semaine et n’avait cependant pas du tout l’air d’être traumatisé par cette éventualité. Et dire que “on” répétait à l’envi qu’il n’arrêtait pas de dire à tout le monde qu’il ne voulait plus venir chez moi…

Boudiou que je l’aime ce gamin.

samedi 22 novembre 2008

Attente et ravissement

L’attente a commencé, la vraie, car je sais que depuis hier le délibéré — sauf cas de force majeur de dernière minute — a été prononcé par la juge. C’est maintenant au greffe du tribunal de jouer, de communiquer aux différentes parties, probablement par avocat interposé. À quel sauce vais-je être mangé ? Quelle va-t-être ma condition une fois que j’aurai appris ce qu’il adviendra. Des questions dont, finalement, je me fous un peu. Parce qu’il n’y a qu’une chose qui m’importe réellement en ce moment — et la dame des questions me l’a fait remarquer en me disant que quelque soit le sujet, je revenais invariablement à parler de ça — est ce qui arrive à mon fiston.

J’ai du mal à le reconnaître. J’ai du mal à comprendre ce qui lui est arrivé. J’élabore des hypothèses mais je manque d’éléments tangibles pour appuyer mes raisonnements, alors je fantasme. Sa mère ceci, son mal-être cela, sa maladie qui, son angoisse de perdre son chez-soi… D’ailleurs il y a probablement à creuser de ce côté, du côté de la perte prévisible de son refuge — et je sais combien cela peut être important — quand il sait que d’ici la fin de l’année scolaire il n’y vivra plus, lui qui n’a connu que cet endroit. Alors oui il a choisi le plus simple, chez sa grand-mère et avec sa mère, loin là-bas où il a l’habitude de passer toutes les petites vacances et une partie des grandes. Alors je soupçonne qu’il est indirectement influencé par l’angoisse de sa mère de se retrouver sans ressources ou sans logis — ce qui pratiquement n’arrivera pas, je serai sûrement logé à moins belle enseigne qu’elle une fois le divorce prononcé, mais ce n’est pas l’important, du moins pour moi.

Ravissement surtout parce que je ne me suis pas arrêté de vivre pendant cette attente. Ravissement parce que quelqu’un est là, m’écoute et me parle, me remet les choses en perspective là où je n’y vois que du brouillard et de la poisse, m’offre et me laisse lui offrir. C’est un ravissement ô combien contrasté avec ce que j’ai connu avant. Je retrouve le courage de faire, l’envie revient petit à petit, des projets que j’avais quasiment abandonné ont rejailli de plus belle. Le goût de refaire de belles choses est de retour. Je me sens plus fort, elle me rend plus fort et c’est précieux.

À livre ouvert je lis dans ses yeux… puis un sourire comme une pincée de bonheur !

vendredi 14 novembre 2008

Trente minutes

Trente minutes, c’est le temps que j’ai pu passer hier soir avec le fiston, à parler un peu, à jouer un peu aussi et visiblement il n’avait pas envie que ça s’arrête car il s’arrangeait très intelligemment pour que nos jeux se prolongent quand bien même l’issue était proche et le vainqueur quasi désigné. Je me suis plié de bonne grâce à son jeu et sans faire mine de quoi que ce soit, j’ai fait pareil de mon côté ! Prochaine étape, une heure ensemble la semaine prochaine. Je sens qu’il est demandeur sans oser — ou pouvoir — le revendiquer et c’est avec soulagement qu’il me donne son accord lorsque je lui propose un autre rendez-vous.

Trente minutes, c’est aussi le temps que j’ai passé en audience de conciliation, ce matin. Je ne suis pas certain d’avoir le droit de communiquer sur le contenu des débats alors je vais m’abstenir, mais dans l’ensemble c’est un quasi statut quo en ce qui concerne la garde, l’autorité parentale et le domicile du petit bonhomme, quand au reste, c’est en délibéré. Je devrais connaître la décision du juge d’ici quelques jours ou semaines, c’est très variable il paraît. En tout cas le délibéré est fixé à la semaine prochaine, dans sept jours, ensuite…

C’est une période un peu étrange que je vis en ce moment. C’était la première fois que je mettais les pieds dans un tribunal. C’était la première fois que je voyais cette machine à trancher, à décider, à juger en route et je me suis senti très penaud, maladroit, et avec un trac assez considérable face à ce juge. Ne pas paraître agressif ni vindicatif, penser uniquement à la suite, aux suites et laisser le juge se faire une opinion de ce que nos avocats ont pu évoquer. Mon plus grand étonnement sera tout de même la vitesse à laquelle tout ça s’est passé. Trente minutes, ça passe vite, très vite…

En attendant que d’autres nous disent le droit je continue le réapprivoisement du petit bonhomme, c’est en bonne voie — mon cœur me le dit —, et j’espère pouvoir le reprendre avec moi plus durablement d’ici quelque temps.

On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux.

Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

mardi 11 novembre 2008

Dix minutes

J’ai enfin pu le rencontrer, lui parler, pendant une petite dizaine de minutes. Juste le temps de reprendre le contact, comme s’il fallait que nous nous apprivoisions de nouveau, doucement. C’était la semaine dernière, jeudi soir dernier. Cela faisait un mois quasiment que je n’avais pu l’embrasser, lui dire en face que je l’aimais, qu’il me manquait. Dix minutes qui m’ont paru des heures tellement c’était agréable de le voir.

Il avait fallu négocier avec lui, renoncer à le faire descendre dans le square en bas pour que nous nous parlions, expliquer à sa mère que je viendrais en scooter et qu’il était par conséquent hors de question que je l’emmène quelque part. Finalement il a accepté que je vienne le voir dans sa chambre, pendant quelques minutes. Je suis venu, j’ai laissé mon scooter en bas, j’ai pris l’ascenseur et j’ai sonné. Elle m’a ouvert et m’a juste dit « Il est dans sa chambre mais il ne veut toujours pas te voir », avant de retourner dans le salon. Au passage, elle a tourné la tête vers le couloir qui donne vers les chambres et lui a dit « Tu n’as qu’à lui dire toi-même ! ».

Je me suis avancé et me suis posté devant la porte de sa chambre qui était grande ouverte. Il s’était caché derrière son lit et faisait un vacarme d’enfer en essayant de se dissimuler. Le trac, peut-être. Je l’ai appelé en lui montrant mon casque que j’avais encore à la main. Je ne sais pas si c’est le ton de ma voix, mais il a aussitôt surgi de sa cachette et s’est levé. Curieusement je l’ai trouvé grandi, comme s’il avait prit quelques années en quelques mois. Dans la tête probablement que oui. Je me suis agenouillé sur le sol et j’ai commencé à lui parler.

De tout, de rien, rien de culpabilisant, simplement pour savoir comment il allait, s’il s’amusait, s’il arrivait à travailler un peu, s’il avait repris goût à tout ce qu’il avait abandonné depuis quelques mois. Je lui ai parlé de projets que j’avais, de choses que je voulais faire avec lui quand il en aurait envie, en précisant toutefois que ça me manquait qu’on ne fasse plus rien ensemble. C’est encore trop tôt je crois. Dix minutes ont passé comme ça, simplement, à discuter et à s’embrasser une fois puis deux. Il était soulagé, moi aussi, ô combien.

Nous avons convenu de nous revoir encore, de la même façon, la semaine suivante. Jeudi…

vendredi 31 octobre 2008

Élever des chiots

Ou comment éviter un sevrage affectif douloureux à la séparation.

J’ai reçu bien souvent des conseils avisés, parfois décalés par rapport à ce que je pensais attendre mais rarement comme celui que j’ai eu il y a quelques jours. Sans dévoiler le contenu de cette missive, ce qui pourrait me valoir pour le coup moult déboires judiciaires et j’en ai largement assez en ce moment, je tiens tout de même à apporter mon avis sur ce qui, d’après l’auteur, serait une bonne façon de faire avec les enfants dont nous sommes séparés.

Donc ce monsieur, ou cette dame, après tout je n’ai pas à dévoiler son identité ici — d’ailleurs il ou elle m’a indiqué en préambule avoir choisi le mail pour éviter que ses propos soient mal interprétés s’il ou si elle les déposait au vu et su de tous en commentaire d’un de mes billets — m’apprend que pour éviter toute peine future avec les chiots qu’ils élèvent et dont ils se séparent au bout de quelques mois — pour une très noble cause je vous assure — ils préfèrent ne plus jamais les revoir une fois partis. Donc voilà, une fois le chien éduqué et élevé puis ensuite redonné, parents et enfants mettent leur mouchoir dessus et pensent à autre chose.

Bien évidemment ils trouvent cette méthode à peu près satisfaisante, après tout, ignorer un malheur c’est peut-être le faire disparaître un peu, et considèrent qu’il y a lieu d’en faire tout autant si jamais un ou plusieurs de vos enfants venaient à être séparés durablement de vous. Oui oui. Mettre un mouchoir dessus et attendre que celui-ci veuille bien reprendre contact avec vous.

Deux remarques me viennent à l’esprit à ce sujet. La première est que jamais je ne me résignerai à ne plus voir mon fiston. La seconde est que je trouve un peu étrange cette manière d’élever des gosses chiots et surtout de faire l’amalgame entre ceux-ci et les enfants que nous avons. Je veux juste rappeler à cet individu qu’un enfant ne s’achète pas ni ne se donne à une autre famille, qu’un enfant parti ne peut être remplacé par un nouveau à élever — non ce n’est pas de l’élevage de lapins ou de chiens —, et qu’enfin c’est sans compter sur le sentiment d’abandon certain que peut développer cette pratique chez l’enfant qui serait éloigné.

Donc sachez madame ou monsieur que je respecte votre avis sur cette question, après tout la liberté d’expression est de mise dans notre pays, que vous auriez tout aussi bien pu le déposer ici ou ailleurs, le débat qui aurait suivi aurait été fort instructif il me semble, que je ne répondrai pas autrement que par ce billet — et éventuellement via les commentaires qui suivront — à votre courrier électronique.

Pour la petite histoire, il m’a fallu relire deux fois votre lettre pour me persuader qu’il n’était nulle part question de religion. Curieux je trouve, ce doit être un effet pervers de mon cerveau un tantinet dérangé… Pourquoi diable ai-je cru voir le mot catholique ? C’est grand mystère.

Sur ce, Madame ou Monsieur, je vous souhaite le bonjour chez vous.

Sans visage

Paris, le mardi 31 octobre 2008

Cher A.,

J’ai fait un rêve étrange cette nuit, à la fois inquiétant et rassurant. Je me trouvais là où tu habitais, tu étais dans la cuisine avec ta grand-mère il me semble et je venais chercher quelques affaires pour m’habiller cet hiver. Il commence à faire froid ici. Soudain, alors que je cherchais un gros manteau pour me couvrir lorsque je sors dans la rue, ta mère m’a dit que finalement tu avais décidé de partir avec moi. Je me souviens m’être dit que c’était enfin arrivé, que c’était bien mais curieusement pas une fois je n’ai vu ton visage, ni entendu tes mots dire ce que tu voulais réellement. Un rêve bizarre tu ne trouves pas ?

Hier soir nous avons été à un concert de musique classique avec des amis, dans une église. Je ne suis pas sûr que cela t’aurais plu bien que je me souvienne de tes grands yeux écarquillés dans la voiture, quand, bébé, je mettais de l’opéra sur le poste de radio. Souvent tu arrêtais tout ce que tu étais en train de faire et ton regard devenait fixe et concentré, surtout lorsqu’il y avait des airs chantés par des femmes. J’espère que ce goût là te sera resté, j’ai l’intention de t’y emmener dès que je pourrais.

Les jours passent, je ne suis pas encore à les compter mais presque, avant que je sois quasi sûr de te revoir — bien que je me demande si tu dois logiquement y être. Encore deux semaines au plus et un juge mettra enfin un terme à ma situation juridique floue comme se plaît à l’appeler mon avocate. Si le juge décide comme il est d’usage je pense que je pourrai passer le week-end qui suivra avec toi, j’aimerais beaucoup. Décompter les jours, comme ceux que ta mère te faisait décompter justement, alors que nous étions en vacances tous les deux, « Plus que six jours avant de venir avec moi » disait-elle, et toi tu reprenais après avoir raccroché, très heureux de ce nombre qui diminuait, sans te rendre compte qu’il représentait l’inverse pour moi.

As-tu quelques idées pour Noël ? As-tu réfléchis à ce que tu aimerais avoir ou pas encore ? Penses-y et si tu veux, écris-le moi quand tu auras l’occasion.

Papa qui t’embrasse fort.

mardi 28 octobre 2008

Construire des rêves

Paris, le mardi 28 octobre 2008

Cher A.,

Plus les jours passent plus ton absence devient pressante, plus elle prend de la place. Ce matin encore, alors que je m’éveillais j’ai pensé à toi, à ce que tu allais bien pouvoir faire de ta journée. Jouer dehors si le temps le permet, ou bien dans la maison, regarder les émissions enfantines ou bien visionner en boucle telle ou telle séquence d’une vidéo que tu apprécies particulièrement. Nous n’avons probablement pas la même notion de ce temps qui passe, celui que tu occupes à ta convenance et celui que je regarde passer en pensant à nos joies partagées.

J’ai quelques images qui me reviennent spontanément. Une après-midi sur la terrasse la plus haute de Paris, sacré point de vue n’est-ce-pas ? Et même sans longue-vue nous avions alors pris plaisir à contempler cette ville où j’habite maintenant. Une journée que nous avons passée tous les deux à recevoir mes amis à la maison, et puis ce week-end passé à Cognac, le train, l’hôtel, tout t’avait ravi alors, y compris la promesse faite à ta mère que ce week-end serait exempt de tous devoirs scolaires, quand bien même il aurait fallu, quand bien même. C’était un week-end pour se promener et souffler, pas pour autre chose.

Je garde en réserve quelques idées que j’ai glanées ici et là pour te faire découvrir des choses nouvelles. Je garde en réserve une surprise ou deux, qui t’étonneront, pour te montrer que la routine n’est pas toujours au bout de l’attente. Un jour, j’espère, alors que tu seras remonté dans la voiture, je prendrai la direction de l’ouest ou du nord ou même du sud pourquoi pas, et nous irons directement là-bas, un là-bas nouveau simplement pour le plaisir. Et puis je te ramènerai après ces voyages bien sûr, en espérant avoir rempli tes yeux d’images, la tête de moments heureux, pour tous les rêves qui suivront et nous recommencerons.

C’est une période difficile que nous traversons, pour toi, pour moi, et je suis sûr qu’elle l’est tout autant pour ta mère, et je fais en sorte — du mieux que je peux là où je peux agir — pour que cela se finisse rapidement. C’est une période difficile dont je suis un des responsables, parce que j’ai décidé de vivre autrement, parce que j’ai décidé de vivre tout simplement. Je crois qu’il vaut mieux un père vivant qu’un père transparent à la maison.

Parce que je ne peux pas te voir et t’embrasser j’ai choisi de t’envoyer de temps à autre, au gré de mes envies et des occasions, une carte postale ou une lettre. Parce que je ne peux pas te parler j’ai aussi choisi d’écrire ici des lettres que j’aimerais te faire lire un jour. Plus tard, j’espère, dans quelques jours, quelques mois ou dans quelques années, simplement pour te témoigner la place que tu as toujours eue dans mon cœur.

Ton père qui t’aime.

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