Café Crème

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Mot-clé : insolite

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samedi 8 novembre 2008

Les petits mystères

Parfois il y a des événements somme toute assez communs qui n’en finissent pas de me surprendre.

J’ai reçu en milieu de semaine une lettre non timbrée contenant une convocation au TGI pour mon futur divorce. J’ai reçu, quelques jours plus tard, un avis de recommandé qui s’avérera être également la même convocation — en tout point identique à la première, à l’exception d’une copie de la requête de divorce justifiant cette convocation — toujours en provenance du TGI. Pour résumer, une lettre sans timbre est arrivée quatre jours avant celle qui était recommandée avec avis de réception. De là à en tirer la conclusion qu’il vaut mieux poster ses courriers sans timbre est une limite que je ne franchirai pas, il faut dire que j’ai du régler le montant du transport postal au facteur, mais si vous souhaitez envoyer un courrier urgent, vous savez ce que vous pouvez essayer ! Ceci dit je n’ai pas compris pourquoi le greffe a cru nécessaire d’envoyer deux convocations alors qu’une seule aurait suffit.

Deuxième exemple, qui a d’ailleurs un lien assez direct avec le premier, puisqu’il s’agit en l’espèce du contenu de ce courrier. Je suis donc convoqué mi-décembre pour la première audience de divorce. Je suis par ailleurs convoqué pour un motif tout à fait similaire et pour, toujours, la première audience de divorce la semaine prochaine. Dans le même tribunal, au même étage, dans le même bureau et avec le même juge aux affaires familiales. La semaine prochaine pour le divorce que je demande, un mois plus tard pour le divorce que ma femme demande. Le meilleur dans l’histoire est que ma femme a déposé sa requête au même greffe du tribunal la veille du jour où j’ai déposé la mienne (par avocat interposé il s’entend). Voilà qui a de quoi surprendre quand au fonctionnement de nos administrations judiciaires, vous ne trouvez-pas ?

dimanche 2 novembre 2008

Hommage espagnol

Pièce montée salée, Cognac

Pièce montée salée, Cognac, automne 2008.

Pièce montée salée, Cognac

Pièce montée salée, Cognac, automne 2008.

vendredi 31 octobre 2008

Élever des chiots

Ou comment éviter un sevrage affectif douloureux à la séparation.

J’ai reçu bien souvent des conseils avisés, parfois décalés par rapport à ce que je pensais attendre mais rarement comme celui que j’ai eu il y a quelques jours. Sans dévoiler le contenu de cette missive, ce qui pourrait me valoir pour le coup moult déboires judiciaires et j’en ai largement assez en ce moment, je tiens tout de même à apporter mon avis sur ce qui, d’après l’auteur, serait une bonne façon de faire avec les enfants dont nous sommes séparés.

Donc ce monsieur, ou cette dame, après tout je n’ai pas à dévoiler son identité ici — d’ailleurs il ou elle m’a indiqué en préambule avoir choisi le mail pour éviter que ses propos soient mal interprétés s’il ou si elle les déposait au vu et su de tous en commentaire d’un de mes billets — m’apprend que pour éviter toute peine future avec les chiots qu’ils élèvent et dont ils se séparent au bout de quelques mois — pour une très noble cause je vous assure — ils préfèrent ne plus jamais les revoir une fois partis. Donc voilà, une fois le chien éduqué et élevé puis ensuite redonné, parents et enfants mettent leur mouchoir dessus et pensent à autre chose.

Bien évidemment ils trouvent cette méthode à peu près satisfaisante, après tout, ignorer un malheur c’est peut-être le faire disparaître un peu, et considèrent qu’il y a lieu d’en faire tout autant si jamais un ou plusieurs de vos enfants venaient à être séparés durablement de vous. Oui oui. Mettre un mouchoir dessus et attendre que celui-ci veuille bien reprendre contact avec vous.

Deux remarques me viennent à l’esprit à ce sujet. La première est que jamais je ne me résignerai à ne plus voir mon fiston. La seconde est que je trouve un peu étrange cette manière d’élever des gosses chiots et surtout de faire l’amalgame entre ceux-ci et les enfants que nous avons. Je veux juste rappeler à cet individu qu’un enfant ne s’achète pas ni ne se donne à une autre famille, qu’un enfant parti ne peut être remplacé par un nouveau à élever — non ce n’est pas de l’élevage de lapins ou de chiens —, et qu’enfin c’est sans compter sur le sentiment d’abandon certain que peut développer cette pratique chez l’enfant qui serait éloigné.

Donc sachez madame ou monsieur que je respecte votre avis sur cette question, après tout la liberté d’expression est de mise dans notre pays, que vous auriez tout aussi bien pu le déposer ici ou ailleurs, le débat qui aurait suivi aurait été fort instructif il me semble, que je ne répondrai pas autrement que par ce billet — et éventuellement via les commentaires qui suivront — à votre courrier électronique.

Pour la petite histoire, il m’a fallu relire deux fois votre lettre pour me persuader qu’il n’était nulle part question de religion. Curieux je trouve, ce doit être un effet pervers de mon cerveau un tantinet dérangé… Pourquoi diable ai-je cru voir le mot catholique ? C’est grand mystère.

Sur ce, Madame ou Monsieur, je vous souhaite le bonjour chez vous.

mercredi 17 septembre 2008

L'homme qui écoutait la terre

Il avait l’habitude de s’étendre de tout son long et d’attendre patiemment que le silence se fasse dans cette rue peu animée, une fois les élèves rentrés dans leurs classes après la récréation. Il avait observé tranquillement les mises en rang puis la montée dans les escaliers, ponctuée par les exclamations, les rires ou les cris. Quelques minutes plus tard le calme était revenu et il avait déposé à terre son sac de provision de la journée pour s’adonner à son activité favorite.

Pendant de longs instants il tendait l’oreille, posée bien à plat sur le sol, à travers un trou soigneusement découpé dans un sac en plastique qui lui protégeait les cheveux. La rumeur enflait régulièrement et au bout de quelques instants les voix apparaissaient plus clairement. Il était devenu extrêmement agile à ce jeu là et il ne lui fallait que quelques secondes pour faire le tri. Comme d’habitude il enregistrait dans un petit dictaphone ce qu’il pouvait intercepter des conversations qu’il entendait.

Il avait mis longtemps à comprendre, après avoir tout bonnement ignoré ces voix qui montaient le long des tuyaux de chauffage chez lui. Il avait cru à une mauvaise insonorisation et avait cherché quel voisin pouvait ainsi regarder ou écouter des histoires bizarres à la télévision ou à la radio. Chaque voisin avait eu droit à sa visite mais il était rentré bredouille de sa recherche. Les étages supérieurs et inférieurs avaient eu droit à la même exploration sans plus de résultats tangibles. Suivre les tuyaux, voilà ce qu’il avait alors entrepris, afin de trouver la clé de cette énigme. Il était alors passé par les escaliers, en suivant petit à petit les circonvolutions de la tuyauterie hors d’âge de l’immeuble jusqu’à ce qu’il se retrouve dans la chaufferie. Étonnamment ce tuyau n’aboutissait pas à la chaudière mais traversait le mur et passait quelque part sous la rue voisine.

Plusieurs mois avaient été nécessaires pour trouver enfin l’endroit précis dans la rue où les conversations étaient le plus audibles. Cela variait avec la saison, mais jamais de plus de quelques mètres et Jacques savait maintenant identifier précisément la position en suivant à l’oreille la force des cliquetis qui ponctuait le murmure. Clic, clic, encore deux pas, clic, clic, le débit était plus rapide et plus fort, un pas encore et ça ira. Ce bruit légèrement métallique ressemblait un peu à celui que faisait un moteur de moto en refroidissant après une course de vitesse.

Léonce, le vieux gardien bourru de l’école, avait depuis longtemps renoncé à faire partir cet hurluberlu de la rue. Ni la police, ni les instituteurs ni même le directeur n’avait pu faire bouger l’homme. Souvent il l’avait vu partir dans le panier à salade, mais invariablement il réapparaissait le lendemain, à la même heure, pour reprendre ses habitudes. Depuis, il le saluait le matin, pendant qu’il faisait le tour de la cour de l’école pour ramasser les billes perdues ou les vêtements oubliés et toujours il s’entendait répondre par un laconique « Chut ! » ou « Silence ! ». Il tournait alors le dos en enfonçant ses mains dans sa vieille blouse grise et retournait dans son cagibi déposer la récolte du jour. Il avait pourtant une fois fait l’effort de sortir de l’établissement et était venu près de l’homme déjà allongé sur le sol, dans cette position particulière du chien de fusil, comme font les enfants pour dormir. Il s’était alors accroupi pour écouter, puis avait enfin posé son oreille sans rien percevoir que le grondement d’une machinerie dans le lointain. Il était alors reparti et avait pris une photo, une fois arrivé sur le toit de l’école pour pouvoir la montrer à son épouse.

Dyptique, saison 4 - Session 1

Romane, l’épouse de Léonce, avait bien rit pendant le récit. Bien ri, non pas de l’étrangeté apparente de cet individu mais tout simplement parce qu’elle aussi faisait partie des élus. Partie de ceux qui entendaient les paroles du peuple du sous-sol. Le pauvre Léonce ne sut pas du vivant de son épouse le fin mot de cette histoire et ce n’est que bien plus tard, alors qu’il était sur le siège de son dentiste, que celui-ci lui raconta l’étrange anecdote des plombages qui recevaient la radio. Une série particulière, qu’il avait reçue en échantillon, et qu’il avait voulu ne pas gâcher bien qu’elle fut d’un aspect plutôt étrange et luisait légèrement dans le noir. Après tout, s’était-il dit, avoir de la lumière dans la bouche ne devrait pas gêner beaucoup mes patients, et peut-être même les aider à se retrouver la nuit. Un ami ingénieur électronicien qui se trouvait être aussi un de ses patients avait découvert cette particularité il y a quelque temps et lui en avait expliqué le fonctionnement. Rien de bien sorcier, une simple configuration particulière dans la dent qui faisait caisse de résonance et le tour était joué.

Ce que cette histoire ne dit pas c’est que régulièrement, chaque nuit en fait, les élus se retrouvent dorénavant dans les égouts sous la rue et échangent leurs points de vue avec leurs correspondants. Chaque nuit, la porte luit légèrement, de la même couleur que leurs plombages et s’ouvre enfin vers… Je n’ai jamais su où menait ce passage, je ne peux pas y entrer. La faute à mon dentiste qui n’a pas la bonne série !

(Ce texte constitue ma participation au Dyptique, saison 4 - session 1, organisé par Akynou)

mercredi 30 juillet 2008

La pie et le chat

Une pie, très dégourdie
a dansé, en étant épiée
par un chat, devant mes pas
et est partie, en ayant bien ri.

Pie narguant un chat

Bergen, Norvège, printemps 2008.

lundi 28 juillet 2008

Totem nordique

Totem

Bergen, Norvège, printemps 2008.

Totem (détail)

Bergen, Norvège, printemps 2008.