Café Crème

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Mot-clé : réflexion

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dimanche 21 décembre 2008

Tout et son contraire

J’ai assisté à une réunion éducative pour mon fiston vendredi matin dernier. Sa mère, présente elle aussi, n’a eu de cesse de se lamenter sur l’état dans lequel se trouve le petit bonhomme depuis quelques semaines. Pour résumer, il ne s’alimente presque plus, à part le petit déjeuner le matin, s’endort si mal le soir qu’elle est obligée de venir l’endormir pour qu’enfin, et pas avant vingt-deux heures trente, vingt-trois heures il finisse par tomber dans les bras de Morphée, etc etc. Son médecin traitant, qui fut le mien pendant un temps et que je sais être plutôt du genre alarmiste, considère ce gamin comme dépressif et prétend que le psychiatre qu’il consulte depuis des mois ne le fait pas beaucoup avancer, ou qu’elle n’a pas noté de changement sensible de ce côté alors que cela aurait du — ce sur quoi je suis plutôt d’accord. Pour finir une de ses institutrices nous a appris qu’il continuait à s’isoler de ses camarades de classe, pendant les récréations, quand bien même ceux-ci le sollicitaient pour qu’il vienne jouer avec eux.

Et puis je suis venu le chercher samedi matin comme prévu pour la première partie des vacances. Je passe sur les bons conseils impératifs que sa mère lui a prodigués tout le temps où je récupérais quelques cartons de vêtements, et jusqu’à l’ascenseur qu’elle a bloqué le temps de lui demander si il voulait qu’elle lui fasse coucou de la fenêtre puis ensuite sur le balcon de l’autre côté de l’appartement, et ce n’est qu’après m’avoir dit qu’il tenait absolument à lui parler au téléphone tous les soirs qu’elle a fini par libérer les portes.

On a empilé les cartons dans la voiture, chargé sa petite valise, puis nous sommes montés et avons attachés nos ceintures. Départ, on commence à discuter un peu, et mine de rien je le surveille du coin de l’œil dans le rétroviseur. Il n’aura pas eu un regard vers la fenêtre ou le balcon. Je note dans un coin et ne relève pas plus. Et puis ce soir, alors que j’écris ce billet, je peux écrire ce que j’ai constaté depuis deux jours. Il dort comme un loir, dès qu’il est au lit ou presque — je l’ai couché relativement tôt ces deux soirs de week-end — ne s’est réveillé qu’après avoir fait une nuit de treize heures, c’est dire le manque de sommeil qu’il a à rattraper, n’a cessé de dévorer pendant toutes ses journées, à mon grand étonnement d’ailleurs — je ne lui connaissais pas un appétit comme celui-là — et c’est amusé comme un fou lorsque je l’ai emmené au parc où se trouvaient quelques dizaines de gamins de son âge.

Pendant ce temps il n’aura pas, à une seule reprise, exprimé le besoin ou l’envie d’appeler sa mère, la pauvre qui appelle de son côté toutes les quatres heures et laisse invariablement le même message sur mon répondeur en commençant par un « Comme ton fils me l’a demandé, j’appelle pour lui parler… » (sic). J’ignore en considérant que s’il tient à lui parler, il est suffisamment âgé et dégourdi pour me demander s’il peut utiliser le téléphone. D’ailleurs il m’a demandé tout à l’heure mon numéro de portable pour pouvoir m’appeler — ce que j’ai fait en lui inscrivant sur un grand post-it que j’ai ensuite collé près du téléphone fixe — alors que je lui expliquais que s’il ne me trouvait pas à son réveil demain matin, c’était parce que j’aurais été mettre des pièces dans le parcmètre et que je serais revenu dans les quelques minutes qui suivraient. Pas besoin d’en dire plus n’est-ce pas ?

samedi 22 novembre 2008

Attente et ravissement

L’attente a commencé, la vraie, car je sais que depuis hier le délibéré — sauf cas de force majeur de dernière minute — a été prononcé par la juge. C’est maintenant au greffe du tribunal de jouer, de communiquer aux différentes parties, probablement par avocat interposé. À quel sauce vais-je être mangé ? Quelle va-t-être ma condition une fois que j’aurai appris ce qu’il adviendra. Des questions dont, finalement, je me fous un peu. Parce qu’il n’y a qu’une chose qui m’importe réellement en ce moment — et la dame des questions me l’a fait remarquer en me disant que quelque soit le sujet, je revenais invariablement à parler de ça — est ce qui arrive à mon fiston.

J’ai du mal à le reconnaître. J’ai du mal à comprendre ce qui lui est arrivé. J’élabore des hypothèses mais je manque d’éléments tangibles pour appuyer mes raisonnements, alors je fantasme. Sa mère ceci, son mal-être cela, sa maladie qui, son angoisse de perdre son chez-soi… D’ailleurs il y a probablement à creuser de ce côté, du côté de la perte prévisible de son refuge — et je sais combien cela peut être important — quand il sait que d’ici la fin de l’année scolaire il n’y vivra plus, lui qui n’a connu que cet endroit. Alors oui il a choisi le plus simple, chez sa grand-mère et avec sa mère, loin là-bas où il a l’habitude de passer toutes les petites vacances et une partie des grandes. Alors je soupçonne qu’il est indirectement influencé par l’angoisse de sa mère de se retrouver sans ressources ou sans logis — ce qui pratiquement n’arrivera pas, je serai sûrement logé à moins belle enseigne qu’elle une fois le divorce prononcé, mais ce n’est pas l’important, du moins pour moi.

Ravissement surtout parce que je ne me suis pas arrêté de vivre pendant cette attente. Ravissement parce que quelqu’un est là, m’écoute et me parle, me remet les choses en perspective là où je n’y vois que du brouillard et de la poisse, m’offre et me laisse lui offrir. C’est un ravissement ô combien contrasté avec ce que j’ai connu avant. Je retrouve le courage de faire, l’envie revient petit à petit, des projets que j’avais quasiment abandonné ont rejailli de plus belle. Le goût de refaire de belles choses est de retour. Je me sens plus fort, elle me rend plus fort et c’est précieux.

À livre ouvert je lis dans ses yeux… puis un sourire comme une pincée de bonheur !

mercredi 5 novembre 2008

Décalage

Je suis décalé depuis hier midi. J’ai l’impression bizarre de vivre au ralenti, de tout voir au travers d’une vitre couverte de buée, de tout entendre à travers une belle épaisseur de coton. Tout le monde est ravi de l’élection de Barack Obama et personnellement ça me laisse plutôt songeur. Si j’y réfléchis un peu je me dis que c’est une excellente nouvelle, évidemment. Si on y réfléchit un peu, on se dit qu’il a du pain sur la planche. Si on l’observe, entre autre lorsqu’il a fait son premier discours après l’élection, on s’aperçoit qu’il en veut, qu’il est plein de bonne volonté, mais ensuite ? A-t-il ou aura-t-il le pouvoir ou les moyens d’avancer ?

Je suis décalé depuis hier midi. Depuis qu’une dame des questions — comme l’appelle ainsi un de mes amis qui en fréquente une assidument — a orienté différemment ma lecture de ce qui m’arrive depuis quelque temps. Il y a des reflets qui viennent du passé, lointains, et qui trouvent une résonance particulière en ce moment. Je parle d’abandon, ou plutôt de la peur devant le risque d’abandon, elle me parle du rôle du père. Je subis les portes fermées sans avoir de moyen pour les ouvrir et elle me dit qu’il faut imposer mon droit. Je rétorque que je ne veux pas user de violence mais pas de réponse en face. Attendre une décision à laquelle tout le monde devra se plier, heureusement que l’échéance approche…

Je suis décalé depuis hier midi. J’installe des ordinateurs tout neufs au boulot, je fais quelques tests avec un vieux routeur WiFi pour fournir un accès aux participants d’une réunion qui se déroule sur place mais sans arriver à isoler ce point d’accès du reste du réseau local. Le chef, bien sûr, ne l’entend pas de cette oreille et me relance régulièrement pour avoir le mot de passe, celui qui magiquement ouvrira les vannes de l’internet. J’aimerais avoir le temps de mettre tout ça en place correctement, et bien sûr c’est à faire pour la veille, décalé vous dis-je !

La seule chose pas décalée depuis hier midi est la petite carte postale que j’ai postée ce soir à mon fiston. J’espère qu’il prendra le temps de me répondre.

vendredi 31 octobre 2008

Élever des chiots

Ou comment éviter un sevrage affectif douloureux à la séparation.

J’ai reçu bien souvent des conseils avisés, parfois décalés par rapport à ce que je pensais attendre mais rarement comme celui que j’ai eu il y a quelques jours. Sans dévoiler le contenu de cette missive, ce qui pourrait me valoir pour le coup moult déboires judiciaires et j’en ai largement assez en ce moment, je tiens tout de même à apporter mon avis sur ce qui, d’après l’auteur, serait une bonne façon de faire avec les enfants dont nous sommes séparés.

Donc ce monsieur, ou cette dame, après tout je n’ai pas à dévoiler son identité ici — d’ailleurs il ou elle m’a indiqué en préambule avoir choisi le mail pour éviter que ses propos soient mal interprétés s’il ou si elle les déposait au vu et su de tous en commentaire d’un de mes billets — m’apprend que pour éviter toute peine future avec les chiots qu’ils élèvent et dont ils se séparent au bout de quelques mois — pour une très noble cause je vous assure — ils préfèrent ne plus jamais les revoir une fois partis. Donc voilà, une fois le chien éduqué et élevé puis ensuite redonné, parents et enfants mettent leur mouchoir dessus et pensent à autre chose.

Bien évidemment ils trouvent cette méthode à peu près satisfaisante, après tout, ignorer un malheur c’est peut-être le faire disparaître un peu, et considèrent qu’il y a lieu d’en faire tout autant si jamais un ou plusieurs de vos enfants venaient à être séparés durablement de vous. Oui oui. Mettre un mouchoir dessus et attendre que celui-ci veuille bien reprendre contact avec vous.

Deux remarques me viennent à l’esprit à ce sujet. La première est que jamais je ne me résignerai à ne plus voir mon fiston. La seconde est que je trouve un peu étrange cette manière d’élever des gosses chiots et surtout de faire l’amalgame entre ceux-ci et les enfants que nous avons. Je veux juste rappeler à cet individu qu’un enfant ne s’achète pas ni ne se donne à une autre famille, qu’un enfant parti ne peut être remplacé par un nouveau à élever — non ce n’est pas de l’élevage de lapins ou de chiens —, et qu’enfin c’est sans compter sur le sentiment d’abandon certain que peut développer cette pratique chez l’enfant qui serait éloigné.

Donc sachez madame ou monsieur que je respecte votre avis sur cette question, après tout la liberté d’expression est de mise dans notre pays, que vous auriez tout aussi bien pu le déposer ici ou ailleurs, le débat qui aurait suivi aurait été fort instructif il me semble, que je ne répondrai pas autrement que par ce billet — et éventuellement via les commentaires qui suivront — à votre courrier électronique.

Pour la petite histoire, il m’a fallu relire deux fois votre lettre pour me persuader qu’il n’était nulle part question de religion. Curieux je trouve, ce doit être un effet pervers de mon cerveau un tantinet dérangé… Pourquoi diable ai-je cru voir le mot catholique ? C’est grand mystère.

Sur ce, Madame ou Monsieur, je vous souhaite le bonjour chez vous.

dimanche 26 octobre 2008

Quand le doute s'installe

J’ai reçu quelques bons conseils m’incitant à garder contact par voie de lettre ou de carte postale avec mon fiston. Patiemment il faudrait que je continue à lui écrire, à lui dire tout ce que je ressens. C’est difficile lorsque les rares mots entendus au téléphones sont des mots de refus, refus de me voir, refus de m’écouter, refus d’entendre que j’ai envie d’être avec lui. Deux semaines que je n’ai pu l’embrasser, deux semaines que sa mère me dit à l’envi qu’il refuse dorénavant toute idée de passer du temps avec moi, y compris les deux heures que nous passions ensemble le mardi soir, une semaine sur deux, en allant dîner quelque part.

J’avais dit à sa mère que j’allais lui écrire une carte postale et que ce serait bien qu’il puisse me répondre de la même façon, je pensais que cela libérerait sa parole, et qu’il se sentirait plus libre de me dire exactement ce qu’il vit en ce moment, en utilisant ces propres mots. Au lieu de ça, j’ai reçu une lettre qui paraît dictée, lettre où il se cite à la troisième personne lorsqu’il dit être celui qui a demandé à voir un juge et à avoir un avocat, lettre qui se termine par un laconique « Je veux pas aller à l’opéra. », alors qu’il n’a pas la moindre idée de ce que c’est, n’y ayant jamais mis les pieds. Visiblement elle n’a pas compris ma requête. Elle a cru que je souhaitais une justification écrite alors que je ne demandais qu’à avoir un peu de ses nouvelles. À mettre sur la liste des éternelles incompréhensions qui ont émaillé notre vie commune.

Mes amis qui m’ont vu en sa compagnie depuis l’été dernier m’affirment qu’ils l’ont trouvé très gai, plutôt heureux, ouvert, sociable avec tout le monde. Et c’est vrai qu’il a fait connaissance d’une bonne partie de ceux que je côtoie régulièrement. Malgré ça je ne peux m’empêcher de chercher à comprendre pourquoi et comment nous avons pu arriver à une telle situation. Sa mère est-elle responsable de cela, complètement, indirectement ? Suis-je responsable de cela, parce qu’après-tout je suis parti de la maison, j’ai abandonné sa mère et cela doit probablement signifier pour lui que je l’ai abandonné aussi — ce que sa mère lui répète régulièrement depuis des mois, j’en ai été témoin à de nombreuses reprises. Quel poids ont mes paroles d’un soir, d’un week-end, alors qu’il vit en permanence une relation quasi fusionnelle avec sa mère.

C’est difficile de lutter contre le doute qui s’installe. Difficile d’éviter de se remémorer tous les instants passés avec lui pour essayer de découvrir ce qui aurait pu le choquer, lui faire regretter d’être là, avec moi. Chaque personne a qui j’en parle est étonnée de cette réaction, surtout qu’elle n’a pas l’air d’avoir été produite par un événement particulier. Je ne peux m’empêcher de me questionner, sur le rôle que je dois avoir vis-à-vis de lui, sur ce que je lui apporte ou au contraire sur ce que j’ai manqué. L’aimé-je assez ? Le lui fais-je suffisamment savoir ? Beaucoup d’interrogations, peu de réponses.

J’aurai du passer quelques jours avec lui pour les vacances, mais vendredi soir dernier, à l’heure où nous aurions normalement du dîner tout les deux, il était dans le train en direction d’un lointain, avec sa mère, pour y passer toutes ses journées de vacances attendues. Je pensais que la décision à venir d’un juge allait remettre un peu d’ordre dans ce que peut vouloir m’imposer ma future-ex, mais là je commence à me demander si cela sera suffisant. Quelle sera sa réaction lorsque de nouveau je me présenterai pour l’emmener avec moi passer quelques heures ou quelques jours. Fera-t-elle comme cet été, où à l’issue d’une journée où je lui avais laissé pour qu’il profite de sa grand-mère, après bien des pleurs et des lamentations elle lui avait alors promis que ce serait la dernière fois qu’il serait obligé de repartir avec moi. Promesse non tenue évidemment…

Je me demande si elle se rend compte de ce qu’elle fait. Je me demande si elle se rend compte de ce qu’elle lui fait. Ou alors, et c’est là que le doute agit, cela ne vient que de moi, que de lui, que de quoi encore ? Tout est lié, intimement, fonction de nos propres intérêts de ceux qu’on juge primordiaux, de l’intérêt propre de mon fils et je suis certain que nous n’avons pas le même point de vue à son sujet. Là où elle estime être dans son bon droit, parce qu’elle veut me faire payer une ignominie, une infamie, alors elle oublie de prendre en considération le besoin propre de son fils. Quel paradoxe alors quand elle dit vouloir respecter sa décision de ne plus me voir. Quel paradoxe d’entendre parler mon fils d’avocat ou de juge, lui qui n’en avait pas la moindre notion jusqu’à ce que sa mère lui explique qu’il y avait des messieurs qui pourraient l’écouter et ne plus l’obliger à aller avec son père. C’était une promesse avait-elle dit.

L’avenir me dira, j’espère, le fin et le vrai mot de cette affaire. En attendant je doute… Je doute sur l’avenir à proposer pour mon fils. Dois-je demander sa garde plutôt que de le laisser partir à la fin de l’année scolaire vers ce même lointain. Le séparer de sa mère lui sera-t-il plus profitable — ou moins douloureux — que de rester avec. Comment vit-il l’ascendant psychologique qu’elle a sur lui — et je sais à quel point il peut être fort, l’ayant vécu, j’allais dire subit, pendant des années. Je doute parce que je ne sais pas jusqu’où elle est capable d’aller dans son envie de vengeance. Elle est dans ce mode là. La vengeance. Peu importe les conséquences pourvu que j’en souffre le plus possible. Va-t-elle s’arrêter un jour, va-t-elle décider qu’enfin il s’agirait de se préoccuper un peu plus des autres, voire même d’elle même, plutôt que d’en rester à ce besoin qui restera je le crains inassouvi pendant longtemps. Quand va-t-elle enfin douter de ce qu’elle fait ? Ou alors est-ce plus machiavélique que ça…

Si vous ne pouvez les convaincre, semez le doute dans leur esprit.

Harry Truman

mardi 30 septembre 2008

Accorder ses violons n'est pas aisé…

Mais parfois on arrive à quelque chose de l’ordre du symphonique. Enfin c’est une métaphore probablement exagérée mais c’est tout de même vers cela que tendent mes sentiments à propos des discussions que nous avons eues hier matin et des décisions qui en ont découlé à propos de l’avenir éducatif — mais pas que — de mon fiston. Pour résumer, on va le laisser souffler, et c’est certainement ce qui pouvait lui arriver de mieux. Certes les soutiens vont continuer, en les adaptant à ses possibilités, une partie de l’école se passera pour l’instant à domicile avec l’aide d’une institutrice particulière, et surtout les seuls objectifs retenus pour l’instant sont qu’il retrouve une vie conforme à son âge et à ses aspirations, qu’il récupère la confiance en soi qu’il a perdue, qu’il redécouvre si possible l’envie d’apprendre.

Sa souffrance que j’avais perçue quand je l’avais avec moi ces derniers jours a clairement été identifiée par ses deux institutrices, que ce soit au niveau des apprentissages ou de sa vie sociale à l’école. Il est isolé, perdu dans sa bulle, triste. Il ne participe plus à rien, tente de se faire oublier, ne veut plus exister à l’école. De plus elles ne savent pas comment faire pour l’intégrer au reste du groupe et c’est, d’après ce que j’ai ressenti hier, une vraie peine pour elles, elles sont réellement désemparées. L’une d’entre elle se demande même si ce n’est pas une déprime voire une dépression. Ce n’en est pas une m’a dit son psy hier soir, mais il faut se préoccuper de son état et essayer de l’en sortir. De plus, le conflit qui nous oppose, sa mère et moi, ne fait rien pour arranger les choses — il ne sent pas coupable de la séparation mais voudrait qu’elle n’existât pas.

Le constat a été posé, confirmé par le bilan neuro-psychologique et les avis des uns et des autres, avec parfois quelques spécificités liées au domaine d’expertise de l’intervenant, mais finalement nous avons obtenu un consensus sur son état actuel et les solutions que nous pouvons proposer pour l’aider. On essaye quelques recettes, on refait un bilan d’ici la fin de l’année (civile) pour évaluer leurs effets et surtout la réaction du fiston vis-à-vis de tout cela, et ensuite nous déciderons de la suite à donner, qui peut aller d’un allègement des soutiens à l’orientation vers un établissement spécialisé, en passant par un aménagement différent de son emploi du temps. Les axes clés sont de deux ordres. Premièrement utiliser au maximum le temps scolaire pour toutes les aides dont il bénéficie, et limiter — voire même supprimer complètement — le temps passé aux devoirs. On abandonne l’idée de réussite scolaire dans le sens où l’on ne cherchera pas à le faire passer à la section supérieure — l’année qui va se passer n’est clairement pas destinée à cela — et tant mieux si finalement il y parvient tout de même. Deuxièmement prendre en charge sa détresse psychologique actuelle et essayer de le sortir de ce cercle vicieux dans lequel il (s’)est enfermé depuis quelques mois.

Tout ceci n’est pas sans risques, car il peut très bien se braquer complètement devant toute cette sollicitude et mal vivre la stigmatisation qui ne manquera pas d’apparaître quand ses camarades le désigneront comme celui qui n’est pas là avec eux pendant la moitié du temps scolaire. C’est un choix que nous avons fait en le laissant dans sa classe actuelle, choix qui pourra être remis en cause s’il s’avère que c’est préjudiciable. Il me semble que c’est raisonnable d’essayer ce dispositif et de se donner le temps — de lui donner du temps — d’en profiter.

J’espère qu’il ressentira tout cela comme une libération, comme un relâchement de la pression qu’il subit aujourd’hui. Pour moi le résultat de cette journée est une victoire, à double titre. D’une part parce que j’ai obtenu qu’on le considère comme un enfant de neuf ans — dans sa globalité — et pas comme un malade ou un handicapé que chaque expert prendrait en charge sans se rendre compte de l’accumulation de ce qu’il vit jour après jour, d’autre part parce que j’ai obtenu qu’on mette un terme à l’acharnement éducatif (sic) de sa mère — reste encore à vérifier que ce sera effectivement le cas.

Chacun a joué sa partition hier, presque sans cacophonie — il y a quelques conflits d’expertises perceptibles entres certaines des personnes présentes et une tendance pas toujours réprimée à ne pas vouloir tenir compte de son avis, de décider pour lui (sans lui) —, et finalement le résultat pour mon petit bonhomme est encourageant. je serais heureux s’il accepte ce qu’on lui propose pour l’aider.

vendredi 26 septembre 2008

Siège éjectable

Voilà, cela a finalement pris moins longtemps que je pensais, mais visiblement il y a des urgences qui ne peuvent être repoussées ad vitam æternam. J’espérais avoir le temps de régler deux trois affaires en cours qui me préoccupent tout particulièrement — comme par exemple le futur de mon fils et accessoirement le mien propre — mais c’était sans compter sur la culture d’entreprise (sic) en œuvre là où je travaille.

Extraits : « Tu divorces, soit. Nous comprenons bien que c’est une période difficile que tu traverses, et patali et patalère, mais il faut tout de même que le boulot avance, hein ? On est pas là pour vivre, on est là pour bosser nandidiou. », ou encore « Tu es (trop) bien payé, tu prends trop de congés par rapport à nous les chefs, tu ne t’investis pas dans une démarche de groupe, tu oses réclamer la récupération d’une demi-journée de vacances occupée à dépanner l’ordinateur de la documentaliste de la société, bref tu nous fous dans la merde presque. », et puis aussi un « Je me demande même si tu ne profites pas de ta situation de seul informaticien pour bloquer le système [comprendre ralentir ou figer toutes les évolutions et les développements nécessaires à la société] et n’en faire qu’à ta guise, dans l’optique d’en faire le minimum. Je me pose des questions sur le contenu de tes journées. ». Bref je vous passe le reste sur les arrivées tardives impossibles (genre 10 minutes de retard sur l’heure légale), c’est de la même veine. Par contre, ce que j’ai apprécié moyen c’est que ce discours se soit déroulé sans que mon patron estime normal de me prévenir qu’il allait faire ces remarques — j’aurais pu peaufiner mon argumentaire, on verra plus tard qu’en fait ce n’était pas nécessaire, bien que je m’en doutât un peu il faut dire — et de plus cela c’est passé devant l’intégralité de l’équipe dirigeante, un juge avec les pleins pouvoirs, trois procureurs du parquet aux ordres et un jugé coupable mis-en-cause. Non, non, pas d’avocat ici, ce n’est pas une cour de justice, voyons !

Petit retour en arrière. Ça fait quinze ans que je suis chargé ici de faire fonctionner autant que faire se peut, et parfois avec des bouts de ficelle, j’ai encore des vieux PowerMac G4 silver en fonctionnement avec de fidèles Mac OS 9 dessus, c’est dire — ils ont remplacé les Mac II qui avaient servi de serveurs pendant les dix années précédentes —, tous les systèmes informatiques de la boîte. Quand je dis tous, c’est tous les postes fixes, les portables, les serveurs, les imprimantes et photocopieurs, le PABX et les téléphones, le firewall, les switches, le réseau wifi et ethernet, y compris ouvrir et réparer si possible. Et puis idem côté logiciel. Je suis informaticien donc je sais toute l’informatique évidemment ! DNS, FTP, Web, Mail avec tout ce qui tourne autour, les suites bureautiques, les systèmes d’exploitation, le développement web, le design de plaquettes événementielles, la retouche photo, le développement de codes de calcul scientifiques ou de modèles de risque, je suis censé connaître sur le bout des ongles les moindres fonctions de ces matériels et logiciels et tenez-vous bien sans réclamer la moindre formation. Autodidacte je suis, autodidacte je reste, c’est économique. Ça fait quinze ans qu’on me demande de gérer la mise à jour du parc matériel et logiciel en fonction des avancées technologiques — sans prévoir un seul instant que je puisse passer un peu de temps à me tenir informé des nouveautés qui sortent régulièrement —, ça fait quinze ans qu’on me demande de définir un budget pour assurer cette mission, budget soumis ensuite aux fourches caudines du responsable financier qui taille dedans sans même se préoccuper des conséquences. De plus, je suis soumis au bon vouloir de ces messieurs pour la moindre décision d’achat, fut-elle de quelques centaines d’euros. Je ne vous raconte pas comment l’exercice est aisé lorsqu’il s’agit de faire signer une commande, alors qu’ils sont le plus souvent en déplacement ! Et cerise sur le gâteau, mais vous vous en doutez certainement, le pendant de tous ces non-pouvoirs est la oui-responsabilité qui va avec. Ben voyons. Comme par exemple en ce moment, où après avoir signalé depuis quelques mois que quelques vieux portables allaient rendre l’âme (et fortement recommandé leurs renouvellements) et que justement c’est arrivé une fois par mois depuis quatre mois, on m’accuse de ne pas anticiper les achats (sic). heureusement ce n’étaient pas les machines des chefs, qui elles, sont remplacées dans les jours qui suivent, faut pas déconner. C’est urgent et péremptoire dans ces cas là. Alors oui on travaille sur un mode de confiance (ce sont les propres termes de mon patron), mais elle a beaucoup de limites — en fait je ne sais pas trop où elles commencent — et surtout il n’a pas confiance.

Donc voilà, mes préoccupations actuelles doivent être mises de côté, il faut que je me booste (dixit le boss), que je me dévoue tout entier à la boîte, soir, week-end et vacances compris, parce que. Ah j’oubliais, cette réunion à laquelle j’ai assisté ce midi, n’était pas une occasion pour moi d’expliquer et d’argumenter, non non. Il a fallu que j’écoute, et lorsque j’ai pu sortir deux ou trois phrases pour exprimer mon point de vue, on m’a clairement fait comprendre que c’était accessoire et qu’ils n’allaient pas rentrer dans ces détails mesquins. Tiens, je ne résiste pas à vous communiquer encore un extrait qui vaut son pesant de cacahuètes ; moi : « J’aimerais être prévenu suffisamment tôt de l’arrivée d’une nouvelle personne dans la société pour être en mesure de commander et de configurer une machine en conséquence. », je précise que c’est arrivé il y a moins de trois semaines ; la réponse de mon boss : « Je ne comprends pas, j’ai signé son contrat de travail il y a plus de deux mois. » (sic). Donc pour résumer il aurait fallu que je devinasse cette signature tout seul. Je cherche un bon magasin de boules de cristal, vous avez ça dans vos archives ?

Bien sûr, les trois autres personnes présentes se sont bien gardées de reprendre les contre-vérités nombreuses et variées, voire les quelques omissions que j’ai pu relever, allant même jusqu’à rajouter leurs grains de sel à ma barque pourtant bien chargée. Quand à la dernière, qui n’a pipé mot, je ne me fais pas plus d’illusions à son sujet, l’ayant entendu fortuitement ce matin se renseigner au téléphone à propos d’informaticiens ayant mon profil. Ça vous illumine la matinée d’entendre ça en passant dans le couloir, vous n’imaginez pas ! Enfin j’espère pour vous. Je suis mal organisé disent-ils, je ne sais pas faire face aux aléas alors qu’ils le font les doigts dans le nez à longueur de journée, gloire à eux, je ne sais pas faire plusieurs choses à la fois, genre développer un soft plutôt coton (à la limite de mes connaissance en gestion et calcul de risque) et répondre en temps réel aux sollicitations diverses et variées auxquelles je suis soumis quotidiennement. J’ai expliqué que je n’avais plus l’occasion de m’occuper des serveurs de chez moi comme auparavant, n’ayant pas de connexion internet, pas un n’a eu l’idée de proposer de prendre en charge un abonnement à trente euros par mois. Trop cher ! Par contre, dépenser plus de 900 euros en un repas d’entreprise pour six ou sept personnes parce qu’ils voulaient goûter à un vin d’anthologie, ça ne se refuse pas, surtout la deuxième bouteille — ils devaient vouloir vérifier qu’elle était aussi bonne que la première. J’ai un boss de ce modèle, un qui ne se gêne pas pour commander un taxi juste afin d’aller récupérer son chat qui attend à l’aéroport, un qui trouve normal de dépenser des milliers d’euros en communication de téléphone portable plutôt que d’utiliser Skype ou autre. Pensez comme c’est compliqué d’utiliser Skype ! J’arrête là, mais la liste est longue comme un jour sans pain.

Vous allez me demander, et vous auriez certainement raison, pourquoi je reste dans cette société. Je réponds que je ne peux raisonnablement quitter ce confort — au moins économique — pour l’instant. Je réponds aussi que j’ai suffisamment de tracas et d’angoisses avec ce que j’ai déjà à gérer pour en plus me mettre dans une situation précaire, situation qui pourrait avoir des conséquences extrêmement préjudiciables pour moi et par extension pour mon fiston dans ce que j’aimerais pouvoir lui apporter. Donc il va falloir que je trace le maximum de choses en vue d’une visite aux prud’hommes le jour venu, parce qu’ils vont probablement ne pas en rester là, et faire le gros dos en attendant. Je sais que c’est comme ça partout, ou presque, je sais que je risque de trouver beaucoup moins sexy côté salaire au prochain job, mais là, franchement je commence à en avoir plein le dos !

dimanche 21 septembre 2008

Impasse

J’ai compris ce matin que mon gamin se trouvait dans une impasse depuis le début de l’année. Impasse scolaire, où il a été délibérément orienté malgré la quasi certitude qu’il ne pourrait suivre sans un dispositif extrêmement contraignant pour lui et sans aucune garantie de succès au demeurant. En février dernier, alors qu’il avançait bon an mal an à peu près au même rythme que ses camarades, j’avais appuyé un passage en CM1, même conscient des quelques difficultés qu’il ne manquerait pas de rencontrer, mais confiant sur sa capacité à s’adapter. De plus je savais qu’il allait avoir un homme comme instituteur, ce qui, à mon sens, pouvait être salutaire et le sortir de ce cercle très affectif où il se complait avec les femmes, mère et institutrices comprises. Puis quelques mois ont passé, et depuis avril dernier, avant même que j’annonce ma volonté de me séparer de ma femme, il a refusé complètement de poursuivre un quelconque effort. Les journées à l’école se résumaient à dessiner, discuter et taquiner ses copains, jouer avec les jouets qu’il emportait en cachette, etc. Les conséquences n’ont pas été visibles immédiatement car il a par le passé déjà traversé des périodes de baisse de régime. Quelques jours ou parfois quelques semaines plus tard, il repartait à l’assaut de ses chères études, une fois correctement et régulièrement stimulé et encouragé. Par contre, au cours de la réunion éducative suivante qui s’est déroulée courant juin et en mon absence — j’étais en voyage professionnel en Norvège — il était probablement évident qu’il aurait toutes les difficultés à poursuivre un cursus standard — je veux dire sans redoubler, être pris en charge de manière particulière ou alors orienté différemment. Décision a tout de même été prise de le faire passer dans la classe supérieure au prétexte qu’il était préférable qu’il passe une année à écouter et à piocher autant que faire se peut au passage quelques notions qui lui seraient utiles au cours d’une deuxième année dans la même section.

Or donc, il se retrouve depuis le début de cette année avec, pour pallier les problèmes liés — la preuve est tout sauf faite que ce lien est avéré — à son épilepsie ou aux traitements anti-épileptiques qu’il prend depuis longtemps, plusieurs séances d’orthophonie, de psycho-motricité, de soutien pédo-psychiatrique, le tout pris sur le temps scolaire. De plus il a été inscrit récemment dans un organisme qui propose un enseignement à domicile pour les enfants malades ou handicapés, ce qui revient, toujours sur le temps scolaire, à le maintenir en dehors de l’école trois fois une heure et demie par semaine. Pour couronner le tout, l’instituteur qui le connaissait bien et pour qui j’avais la plus grande estime et confiance pour tenir compte des particularités du fiston est parti ailleurs et a été remplacé par deux institutrices à mi-temps. Inutile de vous dire qu’elles cherchent à se débarrasser de la patate chaude depuis quasiment le début de l’année et vont probablement demander son orientation dans une structure adaptée (sic) prétextant un manque de moyens et de temps pour s’en occuper. Je ne veux pas les mettre en cause ni juger de la pertinence de leurs jugements, je suis certainement très mal placé pour avoir un avis objectif sur cette question. Par contre, je constate les conséquences pour mon fils. Exclusion implicite, voilà comment j’appelle cette façon de gérer ce problème. À peine un mois après la rentrée scolaire, il se trouve de fait en état d’isolement vis à vis des autres élèves de la classe. Comment peut-il vivre ça au jour le jour, surtout lorsqu’une fois rentré à la maison il se retrouve à devoir être gavé des leçons de la journée et d’être en mis en demeure de terminer les exercices non finis pendant le temps scolaire.

C’est une impasse pour lui, une année perdue, mais pas seulement parce que le risque est grand qu’il perde le peu de confiance en lui qu’il avait fini par gagner à force de persévérance et de courage. Bien sûr il est fier d’être en CM1, comme les autres, mais si on gratte un peu plus on perçoit la souffrance de sa vie scolaire et extra-scolaire. Il vit ses journées à dessiner, à jouer, à rêver et à redouter l’heure des devoirs qui s’annonce. Aujourd’hui — et j’argumenterai dans ce sens à la prochaine réunion qui aura lieu lundi prochain — je milite pour un reclassement en CE2 ou bien pour une prise en charge dans un établissement à pédagogie différenciée, reste à déterminer ce qui sera le moins traumatisant et favorable pour lui. Je pense qu’il serait profitable qu’il refasse un tour des notions qu’il a acquises, parfois avec beaucoup de mal, pendant l’année dernière, ce qui de plus aurait l’avantage de le placer d’emblée parmi les meilleurs de sa classe, au moins pendant quelques mois. De quoi contrecarrer je crois la peine de devoir quitter ce CM1 si durement atteint. Je crois qu’il a besoin de souffler, pendant quelque temps.

J’ai compris ce matin, après une heure et demie passée devant un cahier et avec un stylo à la main, pour écrire trois fois trois mots et pour imaginer et écrire trois phrases avec chacun d’eux, qu’il fallait stopper cet acharnement. Ce n’est pas une machine. Il n’est pas une machine à apprendre. Il est préférable qu’il apprenne certes, mais pas au détriment de sa vie d’enfant. Il a neuf ans, il faut qu’il joue, qu’il rêve, qu’il lise et il fait tout ça avec entrain et plaisir croyez-moi et je l’encourage dans ce sens à chaque fois que j’en ai l’occasion. Il a besoin d’être considéré indépendamment de sa maladie, des quelques conséquences qu’elle a sur sa vie. Il a besoin d’être respecté. Simplement. Les experts ont des raisons légitimes de pousser à l’effort, de chercher à pallier les déficiences qu’on impute peut-être à tort à sa seule pathologie, à toujours apporter soutien et aide, mais il faut prendre le temps de se rendre compte de ce que ça représente pour l’enfant, dans sa globalité. Je suis adulte et j’ai l’intime conviction que je supporterais très mal toute cette sollicitude. Imaginez ce que ça représente pour un enfant à qui on ne demande pas son avis !

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