Café Crème

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Mot-clé : relation

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samedi 22 novembre 2008

Attente et ravissement

L’attente a commencé, la vraie, car je sais que depuis hier le délibéré — sauf cas de force majeur de dernière minute — a été prononcé par la juge. C’est maintenant au greffe du tribunal de jouer, de communiquer aux différentes parties, probablement par avocat interposé. À quel sauce vais-je être mangé ? Quelle va-t-être ma condition une fois que j’aurai appris ce qu’il adviendra. Des questions dont, finalement, je me fous un peu. Parce qu’il n’y a qu’une chose qui m’importe réellement en ce moment — et la dame des questions me l’a fait remarquer en me disant que quelque soit le sujet, je revenais invariablement à parler de ça — est ce qui arrive à mon fiston.

J’ai du mal à le reconnaître. J’ai du mal à comprendre ce qui lui est arrivé. J’élabore des hypothèses mais je manque d’éléments tangibles pour appuyer mes raisonnements, alors je fantasme. Sa mère ceci, son mal-être cela, sa maladie qui, son angoisse de perdre son chez-soi… D’ailleurs il y a probablement à creuser de ce côté, du côté de la perte prévisible de son refuge — et je sais combien cela peut être important — quand il sait que d’ici la fin de l’année scolaire il n’y vivra plus, lui qui n’a connu que cet endroit. Alors oui il a choisi le plus simple, chez sa grand-mère et avec sa mère, loin là-bas où il a l’habitude de passer toutes les petites vacances et une partie des grandes. Alors je soupçonne qu’il est indirectement influencé par l’angoisse de sa mère de se retrouver sans ressources ou sans logis — ce qui pratiquement n’arrivera pas, je serai sûrement logé à moins belle enseigne qu’elle une fois le divorce prononcé, mais ce n’est pas l’important, du moins pour moi.

Ravissement surtout parce que je ne me suis pas arrêté de vivre pendant cette attente. Ravissement parce que quelqu’un est là, m’écoute et me parle, me remet les choses en perspective là où je n’y vois que du brouillard et de la poisse, m’offre et me laisse lui offrir. C’est un ravissement ô combien contrasté avec ce que j’ai connu avant. Je retrouve le courage de faire, l’envie revient petit à petit, des projets que j’avais quasiment abandonné ont rejailli de plus belle. Le goût de refaire de belles choses est de retour. Je me sens plus fort, elle me rend plus fort et c’est précieux.

À livre ouvert je lis dans ses yeux… puis un sourire comme une pincée de bonheur !

mardi 28 octobre 2008

Construire des rêves

Paris, le mardi 28 octobre 2008

Cher A.,

Plus les jours passent plus ton absence devient pressante, plus elle prend de la place. Ce matin encore, alors que je m’éveillais j’ai pensé à toi, à ce que tu allais bien pouvoir faire de ta journée. Jouer dehors si le temps le permet, ou bien dans la maison, regarder les émissions enfantines ou bien visionner en boucle telle ou telle séquence d’une vidéo que tu apprécies particulièrement. Nous n’avons probablement pas la même notion de ce temps qui passe, celui que tu occupes à ta convenance et celui que je regarde passer en pensant à nos joies partagées.

J’ai quelques images qui me reviennent spontanément. Une après-midi sur la terrasse la plus haute de Paris, sacré point de vue n’est-ce-pas ? Et même sans longue-vue nous avions alors pris plaisir à contempler cette ville où j’habite maintenant. Une journée que nous avons passée tous les deux à recevoir mes amis à la maison, et puis ce week-end passé à Cognac, le train, l’hôtel, tout t’avait ravi alors, y compris la promesse faite à ta mère que ce week-end serait exempt de tous devoirs scolaires, quand bien même il aurait fallu, quand bien même. C’était un week-end pour se promener et souffler, pas pour autre chose.

Je garde en réserve quelques idées que j’ai glanées ici et là pour te faire découvrir des choses nouvelles. Je garde en réserve une surprise ou deux, qui t’étonneront, pour te montrer que la routine n’est pas toujours au bout de l’attente. Un jour, j’espère, alors que tu seras remonté dans la voiture, je prendrai la direction de l’ouest ou du nord ou même du sud pourquoi pas, et nous irons directement là-bas, un là-bas nouveau simplement pour le plaisir. Et puis je te ramènerai après ces voyages bien sûr, en espérant avoir rempli tes yeux d’images, la tête de moments heureux, pour tous les rêves qui suivront et nous recommencerons.

C’est une période difficile que nous traversons, pour toi, pour moi, et je suis sûr qu’elle l’est tout autant pour ta mère, et je fais en sorte — du mieux que je peux là où je peux agir — pour que cela se finisse rapidement. C’est une période difficile dont je suis un des responsables, parce que j’ai décidé de vivre autrement, parce que j’ai décidé de vivre tout simplement. Je crois qu’il vaut mieux un père vivant qu’un père transparent à la maison.

Parce que je ne peux pas te voir et t’embrasser j’ai choisi de t’envoyer de temps à autre, au gré de mes envies et des occasions, une carte postale ou une lettre. Parce que je ne peux pas te parler j’ai aussi choisi d’écrire ici des lettres que j’aimerais te faire lire un jour. Plus tard, j’espère, dans quelques jours, quelques mois ou dans quelques années, simplement pour te témoigner la place que tu as toujours eue dans mon cœur.

Ton père qui t’aime.

dimanche 26 octobre 2008

Quand le doute s'installe

J’ai reçu quelques bons conseils m’incitant à garder contact par voie de lettre ou de carte postale avec mon fiston. Patiemment il faudrait que je continue à lui écrire, à lui dire tout ce que je ressens. C’est difficile lorsque les rares mots entendus au téléphones sont des mots de refus, refus de me voir, refus de m’écouter, refus d’entendre que j’ai envie d’être avec lui. Deux semaines que je n’ai pu l’embrasser, deux semaines que sa mère me dit à l’envi qu’il refuse dorénavant toute idée de passer du temps avec moi, y compris les deux heures que nous passions ensemble le mardi soir, une semaine sur deux, en allant dîner quelque part.

J’avais dit à sa mère que j’allais lui écrire une carte postale et que ce serait bien qu’il puisse me répondre de la même façon, je pensais que cela libérerait sa parole, et qu’il se sentirait plus libre de me dire exactement ce qu’il vit en ce moment, en utilisant ces propres mots. Au lieu de ça, j’ai reçu une lettre qui paraît dictée, lettre où il se cite à la troisième personne lorsqu’il dit être celui qui a demandé à voir un juge et à avoir un avocat, lettre qui se termine par un laconique « Je veux pas aller à l’opéra. », alors qu’il n’a pas la moindre idée de ce que c’est, n’y ayant jamais mis les pieds. Visiblement elle n’a pas compris ma requête. Elle a cru que je souhaitais une justification écrite alors que je ne demandais qu’à avoir un peu de ses nouvelles. À mettre sur la liste des éternelles incompréhensions qui ont émaillé notre vie commune.

Mes amis qui m’ont vu en sa compagnie depuis l’été dernier m’affirment qu’ils l’ont trouvé très gai, plutôt heureux, ouvert, sociable avec tout le monde. Et c’est vrai qu’il a fait connaissance d’une bonne partie de ceux que je côtoie régulièrement. Malgré ça je ne peux m’empêcher de chercher à comprendre pourquoi et comment nous avons pu arriver à une telle situation. Sa mère est-elle responsable de cela, complètement, indirectement ? Suis-je responsable de cela, parce qu’après-tout je suis parti de la maison, j’ai abandonné sa mère et cela doit probablement signifier pour lui que je l’ai abandonné aussi — ce que sa mère lui répète régulièrement depuis des mois, j’en ai été témoin à de nombreuses reprises. Quel poids ont mes paroles d’un soir, d’un week-end, alors qu’il vit en permanence une relation quasi fusionnelle avec sa mère.

C’est difficile de lutter contre le doute qui s’installe. Difficile d’éviter de se remémorer tous les instants passés avec lui pour essayer de découvrir ce qui aurait pu le choquer, lui faire regretter d’être là, avec moi. Chaque personne a qui j’en parle est étonnée de cette réaction, surtout qu’elle n’a pas l’air d’avoir été produite par un événement particulier. Je ne peux m’empêcher de me questionner, sur le rôle que je dois avoir vis-à-vis de lui, sur ce que je lui apporte ou au contraire sur ce que j’ai manqué. L’aimé-je assez ? Le lui fais-je suffisamment savoir ? Beaucoup d’interrogations, peu de réponses.

J’aurai du passer quelques jours avec lui pour les vacances, mais vendredi soir dernier, à l’heure où nous aurions normalement du dîner tout les deux, il était dans le train en direction d’un lointain, avec sa mère, pour y passer toutes ses journées de vacances attendues. Je pensais que la décision à venir d’un juge allait remettre un peu d’ordre dans ce que peut vouloir m’imposer ma future-ex, mais là je commence à me demander si cela sera suffisant. Quelle sera sa réaction lorsque de nouveau je me présenterai pour l’emmener avec moi passer quelques heures ou quelques jours. Fera-t-elle comme cet été, où à l’issue d’une journée où je lui avais laissé pour qu’il profite de sa grand-mère, après bien des pleurs et des lamentations elle lui avait alors promis que ce serait la dernière fois qu’il serait obligé de repartir avec moi. Promesse non tenue évidemment…

Je me demande si elle se rend compte de ce qu’elle fait. Je me demande si elle se rend compte de ce qu’elle lui fait. Ou alors, et c’est là que le doute agit, cela ne vient que de moi, que de lui, que de quoi encore ? Tout est lié, intimement, fonction de nos propres intérêts de ceux qu’on juge primordiaux, de l’intérêt propre de mon fils et je suis certain que nous n’avons pas le même point de vue à son sujet. Là où elle estime être dans son bon droit, parce qu’elle veut me faire payer une ignominie, une infamie, alors elle oublie de prendre en considération le besoin propre de son fils. Quel paradoxe alors quand elle dit vouloir respecter sa décision de ne plus me voir. Quel paradoxe d’entendre parler mon fils d’avocat ou de juge, lui qui n’en avait pas la moindre notion jusqu’à ce que sa mère lui explique qu’il y avait des messieurs qui pourraient l’écouter et ne plus l’obliger à aller avec son père. C’était une promesse avait-elle dit.

L’avenir me dira, j’espère, le fin et le vrai mot de cette affaire. En attendant je doute… Je doute sur l’avenir à proposer pour mon fils. Dois-je demander sa garde plutôt que de le laisser partir à la fin de l’année scolaire vers ce même lointain. Le séparer de sa mère lui sera-t-il plus profitable — ou moins douloureux — que de rester avec. Comment vit-il l’ascendant psychologique qu’elle a sur lui — et je sais à quel point il peut être fort, l’ayant vécu, j’allais dire subit, pendant des années. Je doute parce que je ne sais pas jusqu’où elle est capable d’aller dans son envie de vengeance. Elle est dans ce mode là. La vengeance. Peu importe les conséquences pourvu que j’en souffre le plus possible. Va-t-elle s’arrêter un jour, va-t-elle décider qu’enfin il s’agirait de se préoccuper un peu plus des autres, voire même d’elle même, plutôt que d’en rester à ce besoin qui restera je le crains inassouvi pendant longtemps. Quand va-t-elle enfin douter de ce qu’elle fait ? Ou alors est-ce plus machiavélique que ça…

Si vous ne pouvez les convaincre, semez le doute dans leur esprit.

Harry Truman

mardi 16 septembre 2008

Commentaire

J’ai ouvert ce nouveau carnet il y a exactement deux mois. Je voulais en faire un endroit plus personnel, moins chargé de l’histoire de l’ancien qui porte encore la mémoire de temps qui ne me ressemblent plus (ou moins). J’ai pris le parti de me limiter, pour l’instant, à deux domaines qui me plaisent, les mots et les photos. Les photos pour l’esthétisme de l’endroit et pour mettre en valeur les mots. Ces mots qui suscitent depuis le premier billet une qualité et une intelligence de commentaire que j’ai rarement eu l’habitude de constater auparavant — en fait j’en avais mais ils étaient souvent noyés dans le bruit de fond, bruit de fond des billets plus techniques ou plus ludiques.

Souvent j’ai entendu dire qu’un blog n’avait pas besoin de système de commentaires pour s’appeler de telle manière. C’est exact, un blog est un journal numérique dans lequel sont publiées des entrées datées. Il n’y a pas besoin de plus pour appeler cela un blog. Un blog, certes, mais il ne sera dynamique et surtout vivant que s’il est ouvert à vos contributions, aux messages, aux remarques, aux réflexions de ceux qui passent par là et qui ont envie de réagir publiquement, ce qu’un mail personnel ne permet pas au demeurant.

Il m’arrive de plus en plus d’écrire mes états d’âme, mes interrogations, y compris lorsque ma réflexion sur un sujet qui me tient à cœur n’est pas complète, car je sais que vous m’apporterez un éclairage particulier et forcément différent du mien. Cela ouvre des horizons nouveaux, des pistes particulières, et parfois — j’oserais dire souvent même — du réconfort de savoir que je ne suis pas seul à douter. C’est une façon différente d’engager un débat, comme si je vous avais tous réunis autour d’une table pour en parler. Je peux poser des questions, faire hésiter des idées, dire sans prendre trop de recul ou bien alors prendre le temps de laisser murir pour ensuite affirmer, le choix est vaste et n’est jamais remis en cause.

Ces mots sont des lieux communs mais ils me sont nécessaires pour dire la fierté que j’éprouve à vous lire ici, pour dire toute la richesse que j’en retire.

mercredi 13 août 2008

Rencontre

J’ai fait une rencontre merveilleuse, il y a quelques années déjà. J’ai fait une rencontre merveilleuse, il y a quelques mois déjà. Il s’agit de la même personne. Ces rencontres ont changé ma vie, profondément, beaucoup plus que je n’aurais pu l’imaginer. Je l’ai déjà évoquée, ici, à mots couverts, bien que mes lecteurs ne soient probablement pas dupes. Je l’ai évoquée, ailleurs, et certains lecteurs d’alors, devenus des amis depuis l’ont bien compris.

Elle a des dons. Je dis bien des. Elle accueille avec des bras plus grand qu’elle, elle sourit avec les yeux qui pétillent quand elle va à la rencontre de quelqu’un. Elle aide sans compter, elle soulage, elle trouve des clés que peu pourraient dénicher. Elle fait des choses jolies avec les doigts. Elle dit des mots jolis avec la bouche. Elle rend les gens beaux avec les yeux. Elle aime sans se retenir. Personne n’y résiste, moi le premier.

Aujourd’hui c’est l’anniversaire d’un projet qui lui tient à cœur. Parce qu’elle aime les gens qui y participent. Parce qu’à chaque fois qu’ils se rassemblent elle les accueille pour faire la fête chez elle. Elle a tenu à marquer ce jour en demandant aux uns et aux autres de dire ce qu’avait apporté ce projet dans leur vie. J’ai envie de jouer aussi, parce qu’elle aime que nous jouions aux jeux qu’elle invente pour le plaisir de tous.

Alors voilà ma réponse que je lui fais : Toi.

dimanche 10 août 2008

Racines

On ne sait jamais où trouver les hommes. Le vent les promène. Ils manquent de racines, ça les gêne beaucoup.

Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

Pourquoi a-t-on besoin de racines ? Pourquoi faut-il que nous connaissions notre passé pour mieux vivre le présent et préparer le futur ? Pourquoi, lorsque notre mémoire nous fait faux bond par un mécanisme souvent inconscient, avons-nous l’impression qu’une partie de nous-même est manquante ? Est-ce qu’une mémoire imaginée, des souvenirs reconstruits à partir de la réalité objective ou subjective, parfois fantasmée, vaut mieux que pas de mémoire du tout ?

J’ai entendu, malgré moi, un message laissé sur le répondeur de mon père il y a quelques semaines. Ce message s’adressait à lui et l’interlocuteur n’aurait jamais pu imaginer que j’aurais pu en avoir connaissance à un instant ou à un autre. Ce message transmettait un secret — dont je ne connais pas le niveau de véracité — où il était question de mes origines, celle de mon père en particulier. Mon père ne serait pas mon père, mais plutôt un ancien collègue à ma mère de l’époque. Troublant.

J’ai deux choix possibles. Ne pas croire et conserver le peu de mémoire que j’ai sur mon enfance, sur la vie que j’ai passé avec mes parents, sur les relations dégradées qui ont toujours été depuis mon plus jeune âge. Pratique pour moi, car ça me permet de me concentrer sur le reste. Pas de question particulière, et surtout les parents de mon père avec qui j’ai eu beaucoup plus d’affinités restent mes aïeuls, mes racines sont sauvegardées. Ou alors croire qu’un autre est mon géniteur, seulement c’est un gouffre qui s’ouvre devant moi.

J’ai refermé le couvercle sur ce questionnement jusqu’à aujourd’hui. Jusqu’à la lecture de ce texte émouvant d’une jeune femme à la recherche des traces de son passé. Et c’est alors que les questions reviennent. Ai-je envie de savoir ? Ai-je envie d’avoir un autre père plutôt que celui qui m’a brutalisé ? Et si oui, comment est-il ? Comment aurais-je pu vivre, comment serais-je devenu ? Est-il simplement vivant ce matin ? Où… Et vous imaginez toutes les questions qui en découlent, demi-frères, demi-sœurs, autre famille, autres histoires, … C’est sans fin ou presque.

J’aurais aimé que ma mère soit encore vivante aujourd’hui car je suis intimement persuadé que dans la fureur des non-sentiments qu’elle éprouvait pour moi elle aurait trouvé avantage à me dire la vérité, entre autre pour saper encore plus les relations tendues et ténues que j’ai avec mon père. Seulement elle n’est plus de ce monde, depuis quinze ans maintenant et son secret, s’il s’avère réel, est parti avec elle. Est-ce que cela explique la manière dont mes parents se sont chargés de moi ? Est-ce que ça explique la foncière différence physique qui existe entre moi et mes frères et sœurs ? Est-ce que ça explique la violence que j’ai subie ?

Je me souviens avoir imaginé, à de nombreuses reprises, et probablement comme la plupart des gamins de cette planète, que je n’étais pas un enfant naturel mais adopté. C’est une solution plaisante pour imaginer un mieux ailleurs, pour se dire que non, les parents que nous avons ne sont pas les vrais, ne sont pas ceux qui sauraient aimer. Et fatalement on éprouve une crainte d’être rejeté encore plus et de se retrouver seul, sans même l’attention portée quand les coups pleuvent, alors on se résigne et on attends le jour d’une délivrance, un jour où par exemple les vrais parents sonnerait à la porte, remplis de remord et exigeant de récupérer leur rejeton.

Violence qui remplace amour, vaut-elle mieux que pas de sentiment du tout ? Rêve qui remplace racine, vaut-il mieux que pas de mémoire du tout ?

dimanche 3 août 2008

Courrier en retard

J’ai reçu un courrier aujourd’hui. Une lettre avec quelques mots que j’aurais préféré ne jamais recevoir, pas parce qu’elle est mal à propos, mais parce qu’elle n’aurait jamais du devoir être écrite. Une lettre qui dit le regret d’une relation très superficielle, d’une relation quasi inexistante, un constat fait après quelques dizaines d’années sans se soucier plus que ça de ce qui pouvait arriver. Une lettre qui arrive à un moment où je n’ai vraiment pas le courage de creuser et de dialoguer avec son auteur pour en découvrir les causes — plutôt pour lui faire redécouvrir les causes, causes que je connais très bien — et essayer de renouer un dialogue qui n’a jamais existé.

Un jour peut-être, mais aujourd’hui le temps n’est pas. J’ai d’autres besoins et pas assez de courage pour recomposer ou plutôt non, pour créer une relation dégagée des douleurs passées. La compréhension n’a jamais été partagée, les points de vue sont différents, chacun est persuadé d’avoir fait pour le mieux. J’ai des doutes, encore, à ce sujet. Depuis longtemps j’écris, je publie. Depuis longtemps il me lit et pourtant il ne m’en parle jamais ou presque. Cela crée un déséquilibre je trouve, car je montre honnêtement, sans artifice, simplement avec un peu de pudeur. Il dit ne pas vouloir — ne pas oser, plutôt — me demander l’adresse de mon nouveau carnet, au prétexte très juste que je ne pourrais m’y sentir aussi libre qu’aujourd’hui s’il pouvait prendre connaissance de ce que je dis.

Une des raisons qui m’ont conduit à fermer ailleurs et à ouvrir ici, sous un autre pseudonyme, tient justement à cela. À la liberté de ton retrouvée, enfin, alors qu’elle était de plus en plus bridée là-bas, pour de multiples raisons. J’ai la prétention de choisir de ne pas faire lire à certains mes mots. J’entends écrire plus sereinement grâce à cela. Je peux enfin aborder des sujets plus intimes, ô combien, ceux qui fatalement provoqueraient incompréhensions ou conflits s’ils venaient à l’oreille de quelques proches. Je change de chemin, je change de voie, ce n’est pas pour emporter dans mes bagages toutes les chaînes qui m’ont lesté jusqu’à aujourd’hui. Ces chaînes que j’essaye de dénouer, de déverrouiller, au fur et à mesure de mes capacités, de mes découvertes, de mes rencontres et de mes dialogues avec des personnes en qui j’ai confiance.

Je crois que le mot est là, confiance. Je fais confiance à priori, mais il ne faut pas la trahir celle que j’offre. Je n’ai pas le pardon facile, j’ai la mémoire tenace et pourtant elle me joue des tours vilains depuis longtemps. Je ne cherche pas la vengeance pour autant, je veux simplement qu’on me laisse me retrouver, paisiblement. Cet endroit est libre, pour moi, pour ceux que j’ai invité pour lire, partager, commenter ou simplement observer, et je tiens à ce qu’il le reste.

Je relirai cette lettre dans quelque temps, peut-être pour y répondre, peut-être pour simplement confirmer l’impression première qu’elle m’a laissée. Les mots ont l’air sincères. Ont l’air. Que ne l’ont-ils pas eu avant ? Bien avant !