Café Crème

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Mot-clé : sentiment

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lundi 29 décembre 2008

L'imbue

Nous avions failli rater le train qui devait nous emmener dans une ville rose et pleine de soleil. Le hasard, le sort ou les lutins ont décidé qu’il n’en serait rien et finalement un autobus vide et bien chauffé s’est présenté à nous alors que nous nous dirigions vers le métro. Quelques minutes plus tard, le dit-métro s’annonçait enfin, alors même que l’affichage électronique avait décidé de faire grève en ce dimanche frisquet de l’hiver parisien. Quelques longs couloirs à tirer un sac fort large et lourdement chargé de nos affaires, quelques hautes marches à porter le même sac toujours aussi large et lourd[1] et enfin le quai avec son cortège de partants et d’accompagnateurs qui rivalisaient d’imagination pour ralentir la progression de chacun. Il était sept heures vingt-huit lorsque le réveil n’a pas sonné et il était huit heures huit lorsque nous sommes enfin montés dans la voiture du train en partance.

Les plus de cinq heures qui ont suivi nous ont permis de récupérer de toute cette agitation. C’est reposés, pour autant qu’on puisse l’être après avoir passé un quart de journée assis sur des fauteuils certes confortables, mais tout de même bien fourbus que nous sommes descendus à notre destination. Un fort beau soleil nous attendait, le même que le parisien que nous avions laissé, et un froid moins piquant que celui qui nous avais rafraîchit le matin pendant notre course après le temps. Embrassades, retrouvailles, discutailles, etc jusqu’au moment où nous avons été emmenés tels des princes devant l’entrée du théâtre où avait lieu la représentation. Nous avions des places réservées pour un récital de Dame Felicity Lott, fort surprenante dans un registre entièrement dédié à l’amour, et nous nous sommes retrouvés fort bien placés au sixième rang, juste en face du piano à queue — peut-être un demi ou un quart, allez savoir — qui allait accompagner l’artiste pendant son spectacle.

Seize heures ont sonné alors que les derniers spectateurs prenaient place dans la salle, ma foi fort bien remplie, lorsqu’un couple est arrivé et s’est assis juste devant nous. Lui, la cinquantaine bedonnante, cheveux poivre et sel avec beaucoup de sel, une paire de lunettes à monture d’écaille il me semble — ma mémoire peut me jouer des tours —, un costume sombre de bonne facture pour autant que je puisse en juger et la grosse montre en métal qui va avec. Elle, la quarantaine passée ou maquillée, je ne sais pas trop, habillée d’un costume sombre également, blonde coupe carrée façon business-women, et le m’as-tu-vu de rigueur. À peine était-elle assise qu’elle s’avachissait sur son fauteuil en se languissant pour je ne sais trop quelle raison. Elle me faisait penser à cette actrice qui jouait cette avocate blonde dans la série « Avocats et associés » qui passait il y a quelques années sur une des chaines de télévision.

Enfin, le calme se faisait doucement dans les rangs, un couple de personnes plutôt âgées sont arrivées et ont justement réclamé les deux places que le couple précédent avait choisies. Bref conciliabule entre les quatre et miss business-women se lève enfin, en montrant à tous la goujaterie manifeste que ces personnes avaient à son égard. On osait la faire déplacer, pour lui prendre la place qu’elle avait choisie ! Son mari ou son amant ou son compagnon, enfin bref, celui qui lui servait de cavalier finit par lui glisser un mot ou deux à l’oreille et ils partirent s’installer légèrement à l’écart, sur les rangs de côté. Malheureusement pour le vieil homme, celui-ci avait quelques difficultés à se mouvoir, il était d’ailleurs équipé d’une canne, et ne put s’installer à sa place, ne pouvant étendre complètement sa jambe qui était prise dans une gouttière. Sa femme et lui décidèrent alors de se placer ailleurs et retournèrent vers les rangs de côtés, plus faciles d’accès et de disposition si l’on choisissait une place au bord de ceux-ci, justement à l’endroit ou la miss et son compagnon avait finis par s’installer.

Celle-ci, voyant les deux places se libérer, se leva aussitôt pour revenir reprendre possession en disant à haute et intelligible voix que finalement il n’aurait pas été besoin de les déplacer pour en arriver là. Ils sont donc revenus s’asseoir devant nous, elle toujours à s’avachir aussitôt sur son fauteuil, en n’oubliant pas de maugréer à voix haute sa déception de ne pas avoir été remerciée d’avoir cédé sa place deux fois ! Elle a ensuite consciencieusement montré qu’elle connaissait fort bien la mise en scène et les œuvres choisies en s’esclaffant pour ne pas dire plus, certes aux mauvais moments me semble-t-il, et en répétant à plusieurs reprises : « Ah ! Felicity ! », comme si elles étaient les meilleures amies du monde.

Il m’espanterait fort qu’il en fut ainsi, sans même chercher à trouver quelconque affinité entre l’artiste formidable que nous avons eu le bonheur d’écouter sur scène et cette imbue d’elle même qui tenait à faire sa partie de spectacle dans la salle. Je garde cependant un excellent souvenir de ce récital, même s’il fut légèrement troublé, qui me donne ainsi l’occasion d’écrire un petit récit décalé.

Dame Felicity Lott, bravo.

Notes

[1] C’est curieux comme les stations de métro qui donnent sur les gares parisiennes sont dépourvues du moindre escalator, alors que c’est souvent celles-ci que nous fréquentons chargés de valises et de cabas.

dimanche 7 décembre 2008

Trac

Retour sur une journée spéciale. Spéciale parce que c’était la première que j’ai pu passer en tête à tête avec le fiston depuis plus de deux mois. On m’avait promis un refus obstiné de venir avec moi, un refus obstiné de venir chez moi passer quelques instants, un refus obstiné de simplement me dire plus de trois phrases au téléphone. On avait raison jusqu’à ce que j’arrive pour l’emmener. Il s’était caché dans la salle de bain, avait fermé celle-ci à clé. Je lui ai demandé de m’ouvrir, sans élever la voix et quasiment aussitôt j’ai entendu le verrou tourner, la porte s’ouvrir et lorsqu’enfin j’ai vu son visage, il portait un large sourire, vous savez, un de ceux qui monte de chaque côté jusqu’aux oreilles !

Il est sorti, a maladroitement tenté de me donner un coup de pied ou deux, parce que c’était la sanction promise par “on”, parce que soit-disant c’était le seul moyen pour lui de me signifier son refus ou sa colère. Sauf que les coups de pieds étaient accompagnés d’un rire franc et du même et large sourire. On a joué comme ça une minute, histoire de donner le change à “on” qui ne manquera probablement pas de témoigner qu’il avait voulu se battre avec moi, la belle affaire, et enfin j’ai donné le signal du départ. Chaussures, manteau, gants, écharpe et bonnet, sans oublier bien sûr une caisse en plastique contenant son trésor du moment, quelques dizaines de voitures.

J’avais le trac en montant mais il n’est pas resté longtemps. Quelques secondes, le temps de voir le premier sourire et il s’est effacé aussitôt devant le plaisir et le bonheur de le retrouver. Départ ensuite pour ailleurs et nous avons commencé à discuter dans la voiture pour savoir s’il valait mieux manger ici ou là, s’il avait envie d’aller visiter un joli aquarium dont j’avais entendu parler à la Porte Dorée et finalement nous avons convenu de passer chez moi, de déjeuner et ensuite nous irions à l’aquarium en bus et métro. Il était ravi du programme et pour tout dire moi aussi. On a tout de même pris le temps de regarder un film sur l’ordinateur, avec quelques douceurs parce que c’est meilleur avec et ensuite direction les poissons en tramway et bus. Oui on avait trouvé que le tramway c’était plus chouette que le métro, donc tramway nous avions choisi.

Quelques centaines de poissons plus tard — et quelques dizaines de photos dans l’appareil, de quoi agrémenter un peu ici dans quelques jours ou semaines —, et deux crocodiles dont on a pas vu bouger le moindre cil et ce n’est pas faute d’avoir essayé de les animer un peu en criant après, nous sommes ressortis pour retourner goûter à la maison avant que je le ramène. Le temps est passé sans ennui, et apparemment il est revenu plutôt content et passablement fatigué de sa journée, au point de faire un somme réparateur dans la voiture pendant que je négociais quelques bouchons.

Conclusion, ne pas croire ce que l’adulte traduit de ce que l’enfant raconte, c’est souvent compris de travers ou alors le filtre est trop épais pour que la réalité puisse le traverser sans trop de dégâts. En attendant j’ai rendez-vous mardi soir pour un MacDo promis, il adore et moi je … subis, mais bon, et puis ensuite les quelques premiers jours des vacances de Noël, jusqu’au réveillon du 24 compris — j’ai proposé de raccourcir ma période pour qu’il puisse passer le jour de Noël avec sa mère. Vous savez quoi ? Il n’avait pas compris ça et pensait qu’il allait rester avec moi jusqu’à la fin de la première semaine et n’avait cependant pas du tout l’air d’être traumatisé par cette éventualité. Et dire que “on” répétait à l’envi qu’il n’arrêtait pas de dire à tout le monde qu’il ne voulait plus venir chez moi…

Boudiou que je l’aime ce gamin.

samedi 22 novembre 2008

Attente et ravissement

L’attente a commencé, la vraie, car je sais que depuis hier le délibéré — sauf cas de force majeur de dernière minute — a été prononcé par la juge. C’est maintenant au greffe du tribunal de jouer, de communiquer aux différentes parties, probablement par avocat interposé. À quel sauce vais-je être mangé ? Quelle va-t-être ma condition une fois que j’aurai appris ce qu’il adviendra. Des questions dont, finalement, je me fous un peu. Parce qu’il n’y a qu’une chose qui m’importe réellement en ce moment — et la dame des questions me l’a fait remarquer en me disant que quelque soit le sujet, je revenais invariablement à parler de ça — est ce qui arrive à mon fiston.

J’ai du mal à le reconnaître. J’ai du mal à comprendre ce qui lui est arrivé. J’élabore des hypothèses mais je manque d’éléments tangibles pour appuyer mes raisonnements, alors je fantasme. Sa mère ceci, son mal-être cela, sa maladie qui, son angoisse de perdre son chez-soi… D’ailleurs il y a probablement à creuser de ce côté, du côté de la perte prévisible de son refuge — et je sais combien cela peut être important — quand il sait que d’ici la fin de l’année scolaire il n’y vivra plus, lui qui n’a connu que cet endroit. Alors oui il a choisi le plus simple, chez sa grand-mère et avec sa mère, loin là-bas où il a l’habitude de passer toutes les petites vacances et une partie des grandes. Alors je soupçonne qu’il est indirectement influencé par l’angoisse de sa mère de se retrouver sans ressources ou sans logis — ce qui pratiquement n’arrivera pas, je serai sûrement logé à moins belle enseigne qu’elle une fois le divorce prononcé, mais ce n’est pas l’important, du moins pour moi.

Ravissement surtout parce que je ne me suis pas arrêté de vivre pendant cette attente. Ravissement parce que quelqu’un est là, m’écoute et me parle, me remet les choses en perspective là où je n’y vois que du brouillard et de la poisse, m’offre et me laisse lui offrir. C’est un ravissement ô combien contrasté avec ce que j’ai connu avant. Je retrouve le courage de faire, l’envie revient petit à petit, des projets que j’avais quasiment abandonné ont rejailli de plus belle. Le goût de refaire de belles choses est de retour. Je me sens plus fort, elle me rend plus fort et c’est précieux.

À livre ouvert je lis dans ses yeux… puis un sourire comme une pincée de bonheur !

vendredi 14 novembre 2008

Trente minutes

Trente minutes, c’est le temps que j’ai pu passer hier soir avec le fiston, à parler un peu, à jouer un peu aussi et visiblement il n’avait pas envie que ça s’arrête car il s’arrangeait très intelligemment pour que nos jeux se prolongent quand bien même l’issue était proche et le vainqueur quasi désigné. Je me suis plié de bonne grâce à son jeu et sans faire mine de quoi que ce soit, j’ai fait pareil de mon côté ! Prochaine étape, une heure ensemble la semaine prochaine. Je sens qu’il est demandeur sans oser — ou pouvoir — le revendiquer et c’est avec soulagement qu’il me donne son accord lorsque je lui propose un autre rendez-vous.

Trente minutes, c’est aussi le temps que j’ai passé en audience de conciliation, ce matin. Je ne suis pas certain d’avoir le droit de communiquer sur le contenu des débats alors je vais m’abstenir, mais dans l’ensemble c’est un quasi statut quo en ce qui concerne la garde, l’autorité parentale et le domicile du petit bonhomme, quand au reste, c’est en délibéré. Je devrais connaître la décision du juge d’ici quelques jours ou semaines, c’est très variable il paraît. En tout cas le délibéré est fixé à la semaine prochaine, dans sept jours, ensuite…

C’est une période un peu étrange que je vis en ce moment. C’était la première fois que je mettais les pieds dans un tribunal. C’était la première fois que je voyais cette machine à trancher, à décider, à juger en route et je me suis senti très penaud, maladroit, et avec un trac assez considérable face à ce juge. Ne pas paraître agressif ni vindicatif, penser uniquement à la suite, aux suites et laisser le juge se faire une opinion de ce que nos avocats ont pu évoquer. Mon plus grand étonnement sera tout de même la vitesse à laquelle tout ça s’est passé. Trente minutes, ça passe vite, très vite…

En attendant que d’autres nous disent le droit je continue le réapprivoisement du petit bonhomme, c’est en bonne voie — mon cœur me le dit —, et j’espère pouvoir le reprendre avec moi plus durablement d’ici quelque temps.

On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux.

Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

mardi 11 novembre 2008

Dix minutes

J’ai enfin pu le rencontrer, lui parler, pendant une petite dizaine de minutes. Juste le temps de reprendre le contact, comme s’il fallait que nous nous apprivoisions de nouveau, doucement. C’était la semaine dernière, jeudi soir dernier. Cela faisait un mois quasiment que je n’avais pu l’embrasser, lui dire en face que je l’aimais, qu’il me manquait. Dix minutes qui m’ont paru des heures tellement c’était agréable de le voir.

Il avait fallu négocier avec lui, renoncer à le faire descendre dans le square en bas pour que nous nous parlions, expliquer à sa mère que je viendrais en scooter et qu’il était par conséquent hors de question que je l’emmène quelque part. Finalement il a accepté que je vienne le voir dans sa chambre, pendant quelques minutes. Je suis venu, j’ai laissé mon scooter en bas, j’ai pris l’ascenseur et j’ai sonné. Elle m’a ouvert et m’a juste dit « Il est dans sa chambre mais il ne veut toujours pas te voir », avant de retourner dans le salon. Au passage, elle a tourné la tête vers le couloir qui donne vers les chambres et lui a dit « Tu n’as qu’à lui dire toi-même ! ».

Je me suis avancé et me suis posté devant la porte de sa chambre qui était grande ouverte. Il s’était caché derrière son lit et faisait un vacarme d’enfer en essayant de se dissimuler. Le trac, peut-être. Je l’ai appelé en lui montrant mon casque que j’avais encore à la main. Je ne sais pas si c’est le ton de ma voix, mais il a aussitôt surgi de sa cachette et s’est levé. Curieusement je l’ai trouvé grandi, comme s’il avait prit quelques années en quelques mois. Dans la tête probablement que oui. Je me suis agenouillé sur le sol et j’ai commencé à lui parler.

De tout, de rien, rien de culpabilisant, simplement pour savoir comment il allait, s’il s’amusait, s’il arrivait à travailler un peu, s’il avait repris goût à tout ce qu’il avait abandonné depuis quelques mois. Je lui ai parlé de projets que j’avais, de choses que je voulais faire avec lui quand il en aurait envie, en précisant toutefois que ça me manquait qu’on ne fasse plus rien ensemble. C’est encore trop tôt je crois. Dix minutes ont passé comme ça, simplement, à discuter et à s’embrasser une fois puis deux. Il était soulagé, moi aussi, ô combien.

Nous avons convenu de nous revoir encore, de la même façon, la semaine suivante. Jeudi…

mercredi 5 novembre 2008

Décalage

Je suis décalé depuis hier midi. J’ai l’impression bizarre de vivre au ralenti, de tout voir au travers d’une vitre couverte de buée, de tout entendre à travers une belle épaisseur de coton. Tout le monde est ravi de l’élection de Barack Obama et personnellement ça me laisse plutôt songeur. Si j’y réfléchis un peu je me dis que c’est une excellente nouvelle, évidemment. Si on y réfléchit un peu, on se dit qu’il a du pain sur la planche. Si on l’observe, entre autre lorsqu’il a fait son premier discours après l’élection, on s’aperçoit qu’il en veut, qu’il est plein de bonne volonté, mais ensuite ? A-t-il ou aura-t-il le pouvoir ou les moyens d’avancer ?

Je suis décalé depuis hier midi. Depuis qu’une dame des questions — comme l’appelle ainsi un de mes amis qui en fréquente une assidument — a orienté différemment ma lecture de ce qui m’arrive depuis quelque temps. Il y a des reflets qui viennent du passé, lointains, et qui trouvent une résonance particulière en ce moment. Je parle d’abandon, ou plutôt de la peur devant le risque d’abandon, elle me parle du rôle du père. Je subis les portes fermées sans avoir de moyen pour les ouvrir et elle me dit qu’il faut imposer mon droit. Je rétorque que je ne veux pas user de violence mais pas de réponse en face. Attendre une décision à laquelle tout le monde devra se plier, heureusement que l’échéance approche…

Je suis décalé depuis hier midi. J’installe des ordinateurs tout neufs au boulot, je fais quelques tests avec un vieux routeur WiFi pour fournir un accès aux participants d’une réunion qui se déroule sur place mais sans arriver à isoler ce point d’accès du reste du réseau local. Le chef, bien sûr, ne l’entend pas de cette oreille et me relance régulièrement pour avoir le mot de passe, celui qui magiquement ouvrira les vannes de l’internet. J’aimerais avoir le temps de mettre tout ça en place correctement, et bien sûr c’est à faire pour la veille, décalé vous dis-je !

La seule chose pas décalée depuis hier midi est la petite carte postale que j’ai postée ce soir à mon fiston. J’espère qu’il prendra le temps de me répondre.

vendredi 31 octobre 2008

Élever des chiots

Ou comment éviter un sevrage affectif douloureux à la séparation.

J’ai reçu bien souvent des conseils avisés, parfois décalés par rapport à ce que je pensais attendre mais rarement comme celui que j’ai eu il y a quelques jours. Sans dévoiler le contenu de cette missive, ce qui pourrait me valoir pour le coup moult déboires judiciaires et j’en ai largement assez en ce moment, je tiens tout de même à apporter mon avis sur ce qui, d’après l’auteur, serait une bonne façon de faire avec les enfants dont nous sommes séparés.

Donc ce monsieur, ou cette dame, après tout je n’ai pas à dévoiler son identité ici — d’ailleurs il ou elle m’a indiqué en préambule avoir choisi le mail pour éviter que ses propos soient mal interprétés s’il ou si elle les déposait au vu et su de tous en commentaire d’un de mes billets — m’apprend que pour éviter toute peine future avec les chiots qu’ils élèvent et dont ils se séparent au bout de quelques mois — pour une très noble cause je vous assure — ils préfèrent ne plus jamais les revoir une fois partis. Donc voilà, une fois le chien éduqué et élevé puis ensuite redonné, parents et enfants mettent leur mouchoir dessus et pensent à autre chose.

Bien évidemment ils trouvent cette méthode à peu près satisfaisante, après tout, ignorer un malheur c’est peut-être le faire disparaître un peu, et considèrent qu’il y a lieu d’en faire tout autant si jamais un ou plusieurs de vos enfants venaient à être séparés durablement de vous. Oui oui. Mettre un mouchoir dessus et attendre que celui-ci veuille bien reprendre contact avec vous.

Deux remarques me viennent à l’esprit à ce sujet. La première est que jamais je ne me résignerai à ne plus voir mon fiston. La seconde est que je trouve un peu étrange cette manière d’élever des gosses chiots et surtout de faire l’amalgame entre ceux-ci et les enfants que nous avons. Je veux juste rappeler à cet individu qu’un enfant ne s’achète pas ni ne se donne à une autre famille, qu’un enfant parti ne peut être remplacé par un nouveau à élever — non ce n’est pas de l’élevage de lapins ou de chiens —, et qu’enfin c’est sans compter sur le sentiment d’abandon certain que peut développer cette pratique chez l’enfant qui serait éloigné.

Donc sachez madame ou monsieur que je respecte votre avis sur cette question, après tout la liberté d’expression est de mise dans notre pays, que vous auriez tout aussi bien pu le déposer ici ou ailleurs, le débat qui aurait suivi aurait été fort instructif il me semble, que je ne répondrai pas autrement que par ce billet — et éventuellement via les commentaires qui suivront — à votre courrier électronique.

Pour la petite histoire, il m’a fallu relire deux fois votre lettre pour me persuader qu’il n’était nulle part question de religion. Curieux je trouve, ce doit être un effet pervers de mon cerveau un tantinet dérangé… Pourquoi diable ai-je cru voir le mot catholique ? C’est grand mystère.

Sur ce, Madame ou Monsieur, je vous souhaite le bonjour chez vous.

mardi 28 octobre 2008

Construire des rêves

Paris, le mardi 28 octobre 2008

Cher A.,

Plus les jours passent plus ton absence devient pressante, plus elle prend de la place. Ce matin encore, alors que je m’éveillais j’ai pensé à toi, à ce que tu allais bien pouvoir faire de ta journée. Jouer dehors si le temps le permet, ou bien dans la maison, regarder les émissions enfantines ou bien visionner en boucle telle ou telle séquence d’une vidéo que tu apprécies particulièrement. Nous n’avons probablement pas la même notion de ce temps qui passe, celui que tu occupes à ta convenance et celui que je regarde passer en pensant à nos joies partagées.

J’ai quelques images qui me reviennent spontanément. Une après-midi sur la terrasse la plus haute de Paris, sacré point de vue n’est-ce-pas ? Et même sans longue-vue nous avions alors pris plaisir à contempler cette ville où j’habite maintenant. Une journée que nous avons passée tous les deux à recevoir mes amis à la maison, et puis ce week-end passé à Cognac, le train, l’hôtel, tout t’avait ravi alors, y compris la promesse faite à ta mère que ce week-end serait exempt de tous devoirs scolaires, quand bien même il aurait fallu, quand bien même. C’était un week-end pour se promener et souffler, pas pour autre chose.

Je garde en réserve quelques idées que j’ai glanées ici et là pour te faire découvrir des choses nouvelles. Je garde en réserve une surprise ou deux, qui t’étonneront, pour te montrer que la routine n’est pas toujours au bout de l’attente. Un jour, j’espère, alors que tu seras remonté dans la voiture, je prendrai la direction de l’ouest ou du nord ou même du sud pourquoi pas, et nous irons directement là-bas, un là-bas nouveau simplement pour le plaisir. Et puis je te ramènerai après ces voyages bien sûr, en espérant avoir rempli tes yeux d’images, la tête de moments heureux, pour tous les rêves qui suivront et nous recommencerons.

C’est une période difficile que nous traversons, pour toi, pour moi, et je suis sûr qu’elle l’est tout autant pour ta mère, et je fais en sorte — du mieux que je peux là où je peux agir — pour que cela se finisse rapidement. C’est une période difficile dont je suis un des responsables, parce que j’ai décidé de vivre autrement, parce que j’ai décidé de vivre tout simplement. Je crois qu’il vaut mieux un père vivant qu’un père transparent à la maison.

Parce que je ne peux pas te voir et t’embrasser j’ai choisi de t’envoyer de temps à autre, au gré de mes envies et des occasions, une carte postale ou une lettre. Parce que je ne peux pas te parler j’ai aussi choisi d’écrire ici des lettres que j’aimerais te faire lire un jour. Plus tard, j’espère, dans quelques jours, quelques mois ou dans quelques années, simplement pour te témoigner la place que tu as toujours eue dans mon cœur.

Ton père qui t’aime.

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