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Le flou de la rampe

Le flou de la rampe

Le vaccin

Crédit photo : Hughes Léglise-Bataille

Crédit photo : Hughes Léglise-Bataille

Il était 7 heures du matin de ce petit jour froid d’hiver, le 6 février exactement, un premier mercredi du mois comme à l’habitude — celui-ci serait le dernier.

La cérémonie avait été organisée depuis plusieurs mois, une fois que le recensement avait été refait et vérifié. Elle serait la dernière en France. Fruit de nombreuses années de recherche et grâce à une intuition de génie du professeur Danterre qui, disait-il avec un sourire en coin, l’avait eue en relisant pour la trente-septième fois « Des fleurs pour Algernon », un traitement avait enfin été mis au point. Une savante combinaison de virus génétiquement modifiés, de bactéries sélectionnées et d’une poignée de nanobots programmés pour orienter judicieusement l’ensemble était contenu dans cette ampoule qui attendait dans l’armoire blindée.

07h05

« C’est des nichons de 14-18. »

Elle attendait depuis vingt minutes, assise sur cette chaise, derrière la vitre qui donnait sur la cour de l’immeuble. Comme d’habitude les badauds et les curieux s’étaient rassemblés et attendait le moment où l’élu du mois serait traité. C’était devenu une institution où chaque premier mercredi on assistait à la séance derrière la grille de la cour d’honneur de l’hôpital Sainte-Anne. On y trouvait pêle-mêle des gamins qui faisaient le détour avant d’aller à l’école, quelques ménagères toujours en manque de sensationnel qui allait leur donner de quoi discuter sur le marché ensuite, un ou deux poivrots qui finissaient — ou commençaient — de cuver leur blanc-sec du matin, parfois même un employé du nettoiement prenait le temps de s’appuyer sur son balai pour observer d’un œil goguenard les spectateurs amassés là.

07h10

« Moi je suis sain d’esprit[s] ! »

Petit à petit la foule s’était faite plus dense, les appareils photo avaient commencé à crépiter, rendant nerveuse la compagnie de sécurité qui avait commencé à s’approprier les lieux. Il ne fallait pas traîner, le ministre était annoncé à huit heures précises et chacun connaissait ses colères proverbiales lorsqu’il y avait du retard sur le programme. Son planning de ministre ne souffrait aucune divergence.

07h15

« L’est où Lucien ?
— Il est en Polynésie française.
— C’est où la Polynésie française ?
— C’est près de Glacière ! »

Un infirmier était passé, à la fois pour rassurer Lucienne et pour vérifier qu’elle avait correctement pris la solution préconisée par le professeur, une heure avant l’injection. Il était resté quelques minutes à observer la foule au dehors, puis avait tourné les talons en haussant les épaules.

07h20

« Essaye de traverser la cour … ils vont te tuer …
— 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10. »

L’équipe du professeur Danterre était au complet ce matin. Il ne fallait pas rater ce rendez-vous avez l’histoire. Tout ce qui comptait de sommités au sein de l’institution hospitalière était présent et se bousculait autour du professeur qui paraissait passablement agacé par ce manège de coups de coude, de petits mots acides et de haussements de ton. Il donna quelques ordres à l’infirmière qui se trouvait auprès de lui et se tourna ensuite pour se rendre près de Lucienne, s’éloignant du manège des courtisans.

07h25

« Au secours ! J’ai des mites !

— Moi j’aurais voulu épouser Henri Dunant
— Mais il est mort. »

L’infirmière passa quelques minutes à placer les électrodes sur les tempes de Lucienne, à brancher le monitoring cardiaque, à vérifier sa tension et son état de nervosité. Celle-ci se contentait d’observer les manipulations les yeux grands ouverts sans jamais ciller ou presque. Un léger air triste ne quittait pas son regard que l’infirmière tentait d’éviter.

Les journalistes présents avaient commencé à interpeller le professeur sur son traitement, sur les bénéfices attendus aujourd’hui, sur la vitesse à laquelle le produit agissait, s’il était possible qu’il y ait des rechutes, etc. Le professeur répondait lentement, en prenant le temps d’expliquer les choses une à une, ignorant l’insistance des questionneurs avides de superlatifs à mettre en titre de leurs papiers.

07h30

« Il est parti en vacances ?
– Non il est mort avant ! »

Le traitement de cette pathologie avait été déclarée grande cause nationale dix ans auparavant et depuis on traitait un à un chacun des patients susceptibles de le recevoir. C’était un traitement unique, dont les secrets de fabrication étaient jalousement conservés par le laboratoire qui le vendait à prix d’or. Le processus d’élaboration était long, compliqué et extrêmement délicat disaient-ils, probablement pour justifier son coût.

08h00

« Il a 98 ans !
– Il marche sur les mains. »

Le ministre et son aréopage étaient arrivés à huit heures pile, comme prévu. Aussitôt le professeur avait salué celui-ci et était retourné près du petit chariot à roulette qui trônait près de Lucienne. Celle-ci avait été attachée au siège afin de prévenir tout geste involontaire de sa part. Il ne fallait pas qu’un aléa vienne gâcher le bon déroulement des opérations. Le garde en faction près du chariot s’était alors retiré, plus loin dans le couloir, tout en gardant un œil curieux sur les gestes du professeur.

Le piston était descendu doucement dans la seringue et le liquide ambré avait maintenant complètement disparu. Le professeur avait alors retiré l’aiguille, l’avait placée dans le réceptacle idoine et s’était redressé pour observer Lucienne.

Le ministre impatient avait alors tendu la main vers le professeur pour le remercier et s’était tourné vers les journalistes présents : « C’est un grand jour à marquer d’une pierre blanche. Pierre blanche qui nous rappelle la première de cet édifice, pierre posée il y a presque un siècle et demi par le grand spécialiste des pathologies … » avait-t-il continué à déclamer pendant quelques minutes.

08h15

« On est normal au départ…
– C’est les gens qui nous rendent maboules ! »

Il avait fallu quinze minutes pour que le ministre lise son discours sous le crépitement des flashs, réponde ensuite aux journalistes et reparte enfin en trombe maintenant suivi du préfet arrivé essoufflé quelques minutes plus tôt, de son escorte de secrétaires, d’assistants et de gardes du corps. Pas un regard pour Lucienne qui l’avait observé partir sans un mot. Elle n’existait pas, seul comptait le jour historique dans le planning du ministre.

Pendant ce temps le produit continuait d’agir. Le monitoring n’indiquait rien d’inquiétant, à part une légère augmentation de l’activité cardiaque. Il fallait une heure pour que l’effet final soit complet. Pendant quarante minutes encore Lucienne serait la vedette du jour, du mois, de l’année. Et puis elle irait finalement se fondre dans la foule des communs, des quidams, des normaux… Elle hochait doucement la tête, le regard toujours un peu triste, comme si elle regrettait de perdre peu à peu son statut. Statut dont elle n’avait visiblement pas la moindre idée, personne n’ayant eu l’idée — ou l’intelligence — de lui expliquer pourquoi elle était attachée à cette chaise, ce matin là, dans ce hall un peu sinistre.

Le professeur était resté un peu puis était reparti ailleurs, l’air affairé, pas plus ému que toutes les fois précédentes. Ça faisait longtemps que l’excitation des premiers cas avait disparu. De la routine, rien que de la routine c’était devenu et si le ministre n’avait pas tenu à être présent il aurait bien volontiers laissé sa place à un des internes qui l’accompagnait aujourd’hui.

09h00

« Il est méchant parce qu’il a peur de sa bite. »

Je m’étais alors demandé à qui elle pensait. Au professeur, au ministre, à un inconnu ? peu importe, peut-être à tous.

Nous sommes le 5 mars. Nous sommes le premier mercredi du mois. Il n’y a personne dans le couloir, sauf moi qui erre ici et là. L’équipe ne viendra pas, ne viendra plus. Je suis content. Je n’ai pas été détecté. Je suis le dernier…


Texte écrit pour la première session du Dyptique 5 d’Akynou.

Achtung

Je me souviens d’une semaine un peu particulière vécue il y a de ça quelques années. L’endroit était sombre, plutôt chaud et moite, avec une poussière sombre flottant dans l’air qui donnait une impression étrange, presque angoissante.

L’homme présent là vaquait à ses occupations sans s’occuper de moi. Il avait aménagé un coin de la grande salle à l’aide de vieux casiers et ainsi s’était reconstitué un petit salon-cuisine et une chambre. Un vieux lit de camp, une malle en fer, une table et deux chaises constituaient les seuls meubles visibles. Tout le reste était posé à même le sol, gazinière, bouilloire électrique, une pile de vieux magazines en allemand…

Une faible lampe nue luisait vaguement au dessus de nos têtes alors que j’étais entré. Il était vingt heures. Je me tenais un peu en retrait de la table en attendant qu’il me dise quoi faire. Pas un signe, pas un geste, rien qui puisse m’indiquer qu’il m’avait vu arriver. Quelques minutes avaient passé. Il s’était ensuite levé, avait rempli sa bouilloire et mise à chauffer.

« Ja ? » m’avait-il dit en allemand.

Je lui avais répondu que j’étais détaché ici pour la semaine conformément au planning prévu au début du mois. Je ne savais pas s’il me comprenait et alors que je terminais ma phrase il s’était retourné et avait attrapé un gros cahier corné qui était posé sur le coin de la table.

« Name ? » avait-il poursuivi, toujours en allemand. Ne comprenant pas je lui avais demandé de répéter sa question. « Nom ? Name ? » avait-il repris l’air agacé. J’avais alors décliné mon patronyme pendant qu’il le notait avec un crayon noir. Ce sont les seules paroles que je lui avais entendu prononcer ce soir. Il m’avait montré un coin, au fond de la grande salle, juste après un renflement du mur et était retourné à sa lecture.

J’avais repris mon sac que j’avais posé à mes pieds et m’étais alors dirigé vers l’endroit désigné. Un lit en fer finissait de rouiller dans un coin. Un vieux matelas, une couverture élimée, un traversin complètement défoncé étaient les seuls objets présents. J’avais glissé mon sac sous le lit après en avoir extrait mon sac de couchage. Rien d’autre à faire que d’observer, à dix mètres de là au moins, l’homme affairé à sa lecture.

La nuit avait passé jusqu’à tôt le matin où j’avais senti quelqu’un me secouer l’épaule. « Achtung ! » répétait-il. Je m’étais relevé, encore à moitié endormi et l’avais observé. Il tenait une tasse fumante dans la main. Une fois extrait de mon sac de couchage il m’avait tendu la tasse et était reparti aussitôt en me disant « Gut, gut, … und kommen … », ou quelque chose d’approchant. Mes deux ans d’allemand que j’avais vaguement suivis à l’école ne me suffisait pas à comprendre tout ce qu’il disait. Il était cinq heures du matin.

Il était plutôt petit et bien enrobé, plutôt âgé. Quelques cheveux grisâtres voire jaunâtres dépassaient de la casquette informe qu’il portait sur le crâne. Comme la veille il était vêtu d’un bleu de chauffe et d’un cardigan gris. De grosses chaussures délacées qu’il portait comme des mules martelaient le sol à chacun de ses pas.

J’ai commencé à boire ce qui ressemblait à un vague café très chaud et pas sucré tout en l’observant se rassoir à sa table. Il notait laborieusement quelques mots sur son cahier lorsque je m’étais enfin approché. Une fois sa tâche finie il s’était levé et m’avait fait signe de le suivre…

J’ai sué quelques litres d’eau pendant les deux heures durant lesquelles j’ai trimé dans le tas qui trônait au milieu de la réserve. La pelle était facile à plonger mais c’était plus compliqué de conserver son contenu à l’intérieur le temps de la verser dans la brouette. Une fois pleine il fallait que je l’amène juste à côté de l’endroit où je dormais, que j’ouvre l’une des deux portes et que je vide le contenu dedans, tout en prenant garde de ne pas me brûler. Elle était gourmande le matin, la chaudière de la garnison qui ronflait derrière les vitres épaisses et fumées.

J’ai passé deux heures le matin, deux heures en début d’après-midi et deux heures en début de soirée, tous les jours de cette semaine, à la nourrir, pendant que le vieux chauffagiste se livrait à son occupation favorite. Il ne quittait ses magazines que pour venir, une fois de temps en temps, vérifier que je faisais correctement mon boulot et après une série de « Gut, gut ! » il finissait en disant un « Achtung ! » curieux et dont je n’ai jamais compris la raison.

Je ne sais pas combien de tonnes de charbon j’ai trimbalé entre la remise où il était stocké et la chaudière où il était consommé, j’exagère probablement en parlant de tonnes. Je ne sais pas combien de milliers de pages le vieil Allemand a lu pendant mes journées passées dans ce sous-sol, j’exagère probablement en parlant de milliers. Je sais pour avoir eu le temps de les compter, les secondes et les minutes et les heures écoulées à attendre l’heure du repas suivant, celui au menu unique et récurrent des boulettes noires, j’exagère probablement en parlant de… Qu’est-ce que je m’étais emmerdé pendant ces journées !

La capsule

Je me souviens d’une nuit de garde où nous n’avions pas encore trouvé la meilleure organisation pour se répartir les biberons nocturnes — on a assez vite compris qu’il valait mieux faire une nuit complète chacun et récupérer la nuit suivante que de se partager les nuits, un biberon sur deux — et qui m’est restée en mémoire. Cette nuit-là, donc, vers 2 ou 3 heures du matin, nous avons entendu le fiston s’agiter et pleurer pour réclamer une portion congrue de lait pas du tout maternel. Quelques secondes ont passé, le temps de se rappeler que cette fois-là était la mienne et je me suis levé encore à moitié endormi. C’est assez machinalement j’en conviens que j’ai préparé le nécessaire, comptant la dose idoine, etc. Je m’installe ensuite à peu près confortablement avec le minot au creux du bras gauche et lui enfourne gentiment la tétine dans le bec.

Une dizaine de minutes se sont écoulées, tranquillement, et j’observais toujours dans un semi-sommeil la descente du niveau du lait dans le biberon quand soudain j’ai réalisé que de descente point ! Pourtant le fiston aspirait comme un beau diable. C’est alors tout à fait réveillé que j’ai regardé attentivement ce qu’il se passait. Pas une seule bulle ne remontait comme il est d’usage, c’est qu’il y avait donc un problème. J’ai alors retiré le biberon de sa bouche et pendant qu’il reprenait son souffle, visiblement il y mettait fort bonne volonté, et j’ai commencé à dévisser l’embout pensant que je l’avais trop serré. Une fois fait je le lui ai redonné. Et le voilà reparti à téter de bon entrain. Quelques minutes se sont passées ainsi pendant que je m’étais replongé dans mes rêveries tout en surveillant le déroulement des opérations du coin de l’œil.

Toujours pas de changement de niveau. Bigre, c’était étrange. J’ai ressorti l’engin et ai décidé d’en avoir le cœur net. Ce n’est que lorsque j’ai eu dévissé et retiré entièrement le porte-tétine que je me suis aperçu que j’avais oublié de retirer la capsule entre le flacon et l’embout après avoir remué le mélange d’eau et de poudre. Pas étonnant que le niveau ne baissa point. Une fois le tout remis en ordre et ayant constaté le plaisir évident de la facilité avec laquelle le minot aspirait goulument son biberon j’ai fini par me dire qu’il était de bonne composition pour n’avoir point protesté face à mon incompétence passagère.

Cette anecdote me donne l’occasion de revenir sur le ou plutôt les débats qui courent en ce moment sur le net à propos des propos tenus par Élisabeth Badinter au sujet de l’allaitement, des couches lavables ou jetables et plus généralement de la situation des femmes et des mères dans notre pays. J’ai lu beaucoup de billets ici ou là, souvent complétés de longs échanges de commentaires parfois enflammés et le plus souvent très courtois. Je ne vais pas y revenir, ces dames — ce sont essentiellement des personnes de la gente féminine qui se sont exprimés ces derniers jours — l’ont très bien fait et avec bien plus de verve que je ne saurais le faire. Par contre il m’a apparu opportun d’écrire et de partager les quelques réflexions que j’ai au sujet de la place du père dans les premiers jours de la vie d’un enfant.

L’amour porté (ou donné, ou n’importe quel autre verbe qui conviendrait) à son fils ou à sa fille n’est pas inné. Je n’ai pas été touché par la grâce ou par je ne sais quel instinct paternel lorsque mon fils est né. Certes c’était le plus beau joufflu que j’ai jamais eu — le premier qui dit le contraire à un rendez-vous fixé à la prochaine récré avec moi — mais à part la fierté de l’avoir vu naître — et le soulagement de voir qu’il était en parfaite santé — je n’ai rien éprouvé qui puisse me faire penser qu’un tel lien existe de manière naturelle.

Enfant et jeune adolescent ma mère avait pris l’habitude de me charger de m’occuper de ma sœur avec laquelle j’ai presque dix ans d’écart. J’avais de fait une bonne idée de ce qu’il convenait de faire et surtout de ne pas faire avec un bambin. C’est ainsi que très rapidement j’ai pris l’habitude, dès que je le pouvais, c’est à dire le soir en rentrant du boulot et le week-end, de m’occuper de lui. Bains, biberons, change, etc jusqu’au coucher. J’ai passé ainsi pas mal de temps avec lui, en tête à tête le plus souvent, mais curieusement ce ne sont pas ces moments là qui m’ont le plus profondément marqué et je crois permis de tisser un lien entre nous deux. En effet, une fois repu et changé j’avais pris l’habitude, dès qu’il a été en mesure de se tenir assis, de le prendre sur mes genoux en face de moi et de lui parler doucement ou lui chanter — enfin plutôt de lui imiter vaguement — les chants diatoniques que certains esquimaux pratiquent, tout au moins chez les Inuits il me semble. Il avait alors une attention sans défaut et pendant de longues minutes il observait alternativement les mouvements de ma bouche et mes yeux. C’était à tout point étonnant et très intense, bien plus que les moments passés dans l’eau ou à manger.

Je connais des hommes qui n’ont pas eu l’envie de paterner comme j’ai pu le faire. Certains ont préféré attendre que leur enfant grandisse, atteigne un âge plus avancé, souvent celui où la parole s’installe. D’autres encore s’en sont complètement désintéressé pour des raisons diverses et variées que je ne vais pas énumérer ici. Changer les couches n’est pas ce que j’ai préféré, loin de là. Se lever au beau milieu de la nuit pour le nourrir non plus. Je l’ai fait parce que j’estimais normal de partager cela, pour autant que je puisse le faire. Je ne pense pas non plus que j’aurais été frustré que sa mère l’allaite comme elle avait émis le souhait au préalable — elle avait abandonné très rapidement s’apercevant que ça ne fonctionnait pas.

Je connais peu d’hommes qui ont eu l’envie de s’occuper de leur enfant tout petit. Ceux des générations précédentes, parents et grand-parents avaient des idées bien arrêtées sur le rôle exclusif de la mère auprès des enfants jeunes. Bien éloigné de ce que je peux moi même penser à ce sujet. Ceux de ma génération sont plus enclins à le faire, mais ce n’est pas très répandu j’ai l’impression quoique finalement je n’en connaisse pas tant que ça. Quand à ceux de la génération qui me suit, souvent ils n’en sont encore pas à se poser ce genre de questions, je crois.

Le rôle ou plutôt la place du père n’est pas chose aisée à prendre, à imaginer, à occuper. Souvent pendant les premiers jours de l’enfant, toute l’attention de l’entourage est portée vers lui et vers la mère. Je sais pour l’avoir vécu une fois qu’il est difficile de se faire valoir comme interlocuteur valable en ce qui concerne le bébé. Elle savent — probablement de façon héréditaire ou génétique j’imagine ! Ne vous méprenez pas, c’est ironique ;-) — comment s’en occuper alors que les pères sont gauches et malhabiles. J’ai entendu ça, à de nombreuses reprises. C’est dommage de se voir relégué au second plan, simplement parce qu’on pense la relation mère-enfant implicite et naturelle et pas celle qui pourra(it) exister entre le père et son bébé. Je ne suis pas sûr que la relation intra-utérine soit aussi prégnante que ce qu’on veut laisser croire. Je me demande si les échanges, sonores ou tactiles, qui peuvent avoir lieu pendant la grossesse avec le père ne jouent pas un rôle tout aussi important.

Peut-être d’ailleurs que lorsque je murmurais ou chantais à son oreille il se rappelait les sons entendus quelques mois plus tôt ?

J’aimerais entendre un peu plus les pères à ce sujet, et savoir comment les mères ont pu ou voulu leur faire une place à leurs côtés.

La tête du client

La vie est injuste. J’en ai été témoin ce matin, à deux reprises.

Je me trouvais à peine installé dans ce bus qui avait fini par arriver après quelques minutes de patience que le chauffeur de celui-ci décidait de repartir. Il ne me semblait pourtant pas en retard par rapport à l’affichage du système SIEL mais comme j’étais le nez enfoui dans ma lecture passionnante du moment — il faudra que je vous en reparle un de ces jours — il est probable que j’ai perdu le sens du temps passé. Bref, le machiniste a démarré tout en fermant les portes de son véhicule. J’ai avisé, alors que nous commençions à rouler, une personne qui courait à notre rencontre en faisant des signes. Que nenni, le chauffeur ne s’arrêta pas comme j’aurais pu le supposer — j’ai fréquemment été témoin d’une scène équivalente et bien souvent le quidam qui court a de fortes chances d’atteindre le Graal une place chauffée. Dépité, le client s’est arrêté puis s’est dirigé vers l’abribus pour attendre le suivant. Sa vie était trop injuste avec lui ce matin.

Quelques hectomètres plus loin, et alors que le bus repartait de l’arrêt suivant, j’ai aperçu une deuxième personne qui courait vers nous tout en traversant la rue — au péril de sa vie vu la circulation ambiante. Là, le chauffeur pila net et ouvrit les portes avant pour permettre à l’essoufflé de monter. Ah ! Visiblement le machiniste devait avoir des têtes qui lui reviennent et d’autres pas ce matin. Curieux, à moins qu’il ait voulu, dans un élan de solidarité citoyenne, sauver la vie de cette personne alors qu’elle était sur le point de se faire renverser ou pire encore ? Bref, nous repartîmes, cinquante environ, toujours bien assis compressés dans ce bus heureusement bien chauffé.

Quelques hectomètres plus loin, rebelote. À peine les portes de l’engin refermées et alors qu’il s’ébranlait à la poursuite de l’arrêt suivant, un autre quidam utilisa à peu près le même stratagème pour caresser l’espoir de monter lui aussi dans notre boîte à sardines vitrée. Que nenni une nouvelle fois ! Notre compère cocher décida cette fois de ne pas céder à ses appels bruyants et aux nombreux coups portés sur la carlingue par ce client plein d’espoir. Il accéléra plutôt pendant que le dépité retournait vers le poteau indicateur qui lui ne portait aucun affichage SIEL, quelques travaux ayant visiblement dérangé l’installation normale de la régie à cet endroit. La vie était décidément injuste avec ce citoyen ce matin.

J’ai alors refermé mon ouvrage pour réfléchir aux raisons qui avaient poussé le chauffeur du bus a refuser l’accès au premier et au troisième client alors qu’il l’avait volontiers fait et ce malgré la position du bus à cet instant — nous étions en train de traverser un carrefour — avec le deuxième. Était-il raciste ? Je ne pense pas car les trois personnes avaient un type caucasien — comme disent nos cousins d’Amérique — tout à fait courant, blancs. Connaissait-il la deuxième personne ce qui aurait pu expliquer son arrêt exceptionnel pour celle-ci et pas pour les autres ? Pas plus si j’en juge par l’absence de conversation, à part un « merci » de l’un et un « …» (quelque chose que je n’ai pas entendu) en retour. C’est finalement avec regrets et quelques déceptions que j’ai fini par admettre que le fait d’être blonde et mince pouvait faire pencher la balance d’un jeune chauffeur taciturne alors qu’être petite et plutôt enrobée comme la première cliente ou grand et brun comme le deuxième ne le pouvait pas.

Voilà donc un chauffeur qui accepte tous les clients aux arrêts de bus — bien obligé — ET les menues blondes en dehors. Les autres sont priés de porter réclamation à la régie, bien que je doute que celle-ci fasse quoi que ce soit pour changer l’attitude de ses employés dans ce domaine — règlement, règlement —, ou de porter une perruque et de faire un régime. Je me suis laissé dire que quelques uns avait déjà commencé à maigrir ;-)

Le donneur de leçons

Un soir de cet hiver, alors que je sortais du métro Glacière, j’ai assisté à une scène pour le moins ubuesque. Jugez plutôt. J’ai donc descendu ce soir-là les quelques escaliers qui donnent juste sous le métro — aérien à cet endroit de la ligne 6 — et me suis rendu vers ma gauche pour traverser le boulevard Auguste Blanqui afin de retrouver derechef mes pénates, sises quelques hectomètres plus loin. Le feu était au vert et un léger flot de voitures s’écoulait tranquillement en direction de la place d’Italie. Le petit bonhomme au rouge, j’attendais tranquillement en compagnie d’une demi-douzaine de personnes ayant visiblement le même dessein que moi. En face, idem. Une demi-poignée, au moins, de quidams attendait de faire la traversée dans le sens inverse, qui pour attraper le métro, qui pour … aller ailleurs.

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que les gens, des deux côtés, s’étant aperçu qu’enfin plus un seul véhicule ne faisait mine de passer, avaient entrepris le franchissement de la chaussée. Soudain, un bus de la régie parisienne s’est annoncé à grand renfort d’appels de phare et de tintements de cloche — celle que bus et tramway utilisent à tout va dès qu’un obstacle bipède ou à roues gêne leur route. Tout le monde s’est aussitôt arrêté, préférant laisser passer le bolide monstrueux et tonitruant avant de reprendre tranquillement et en sécurité leur périple. Ce n’était pas un soir à rentrer tard, vu le froid de canard ou le temps de chien — me rappelle plus trop — qu’il faisait. Certainement pas un soir à se retrouver aux urgences ou pire encore.

Soudain, alors que le bus allait franchir le passage piéton juste après le feu, son chauffeur a freiné brusquement et une fois son véhicule immobilisé a commencé à faire de grands gestes avec les bras, montrant successivement les indicateurs lumineux qui permettent ou interdisent la traversée de la chaussée par les piétons et les dits piétons qui avaient eu l’audace de braver le règlement. Il parlait fort visiblement et paraissait très contrarié. Il invectivait — c’est tout au moins ce que j’ai supposé — les piétons côté métro et aussitôt tournait la tête et faisait de même avec ceux d’en face. Tout le monde a fini par s’arrêter pour l’observer. Quelques dizaines de secondes plus tard, après que chacun se soit probablement demandé si le chauffeur était fou ou largement alcoolisé, un fou rire a retenti juste à côté de moi. De personne en personne, le rire s’est propagé et toute l’assemblée à fini par s’esclaffer. Voyant le résultat qu’il escomptait très certainement le chauffeur s’est arrêté de parler, puis a hoché la tête de contentement et a alors applaudi des deux mains pendant que les passants reculaient sur leurs trottoirs respectifs. Une fois tout le monde revenu à son point de départ il a arboré un large sourire et a repris son chemin.

J’ai beaucoup aimé cette façon, courtoise et policée, de nous prodiguer une bonne leçon du code de la route et des devoirs des usagers d’icelle.

Good karma

Finalement les nouveaux casques sont drôlement plus confortables et jolis que les anciens. Les gants d’hiver sont plus chauds que les mi-saisons que j’avais jusqu’à maintenant — et que je complétais de sous-gants en soie pour tenter de garder un peu de chaleur. Le nouveau top-case que je vais acquérir sous peu sera tout neuf et rutilant, pas comme l’ancien qui était moins neuf et moins rutilant.

Si je reprends le billet d’avant-hier à l’envers je dirais que mon scooter est encore en bas de l’immeuble, qu’il continue à très bien rouler, à très bien chauffer les mains et les fesses, à ne pas faire un bruit de casseroles comme l’ancien — j’avais peur qu’il ne tombe en morceaux dès que j’accélérais un peu trop —, etc, etc. Côté arrivée à Paris, vendredi soir, nous n’avons pas eu à faire la queue pour avoir une voiture (le métro est arrivé pile-poil lorsque nous nous sommes présentés sur le quai). Good karma !

Par contre toujours pas moyen d’avoir mon agent d’assurance au bout du fil et pourtant je pense qu’ils étaient ouverts aujourd’hui, j’ai remarqué que le message de leur répondeur avait été modifié. Heureusement — good karma inside — que j’ai pu enregistrer mon sinistre sur internet dès le samedi. Va tout de même falloir que je vérifie qu’ils ne me charcutent pas dans mon bonus juste parce que j’ai déclaré ça, même s’ils ne remboursent finalement rien.

Je viens d’installer un petit plugin qui va me sauver la vie plus d’une fois je le sens, avec ma manie d’écrire et d’écrire sans prendre le temps de sauvegarder. Maintenant, grâce à l’ami Biou un petit javascript se charge de ça à ma place — dès que le billet a été enregistré au moins une fois — et c’est très pratique ! Là, par exemple, je fais exprès de ne pas sauvegarder juste pour le voir fonctionner ;-)

Je me demande si cette série de bonaventures — le contraire de mésaventure n’existe pas, c’est un comble ! — va continuer encore longtemps. Pas que je sois superstitieux mais je m’habituerais bien à ce que ça continue jusqu’au 31 décembre de l’année.

Bad karma

Premier janvier, accident de personne alors que nous étions dans le TGV, arrêtés en gare de Bordeaux Saint-Jean. Résultat, une heure trente de retard à l’arrivée. Nous étions content d’enlever les godillots une fois rentrés. J’ai trouvé les gens plutôt agressifs dans la voiture bar alors que nous faisions la queue comme une bonne dizaine de nos congénères afin d’acquérir à vil prix un croque-monsieur, un yaourt à boire et une bouteille d’eau gazeuse.

Deux janvier, alors que nous nous apprêtions à récupérer le scooter garé en bas de chez moi, je m’aperçois qu’il manque quelque chose. Le top-case et tout son contenu a disparu. Exit les deux casques, les gants, la ceinture spéciale pour le fiston, les cagoules, etc. Peu à peu je commence à me rendre compte de la collection de contrariétés que cela va apporter. Porter plainte au commissariat — pour un résultat nul il va sans dire, n’ayant aucune illusion sur les pouvoirs de la marée-chaussée dans ce domaine — ce qui va m’occuper plusieurs dizaines de minutes, voire quelques heures, tout dépendra de l’urgence qu’ils accorderont à mon cas. Tenter d’avoir un conseiller de l’assurance au bout du fil, ce qui s’avèrera impossible toute l’après-midi que j’appelle l’antenne dont je dépends qui m’annonce que tout le monde est occupé ou bien au service d’assistance prévu par mon contrat — je pense que mon téléphone sonnerait encore à cette heure là si je n’avais pas fini par laisser tomber, quasiment à bout de batterie.

Alors en attendant, nous nous sommes mis en quête d’un magasin d’accessoires moto. Deux d’entre eux s’avèreront fermés pour cause de trêve des confiseurs et ce n’est qu’après avoir été jusqu’à Bastille que nous finirons par trouver ce qu’il faudra, casques et gants. Pour le top-case, je verrai plus tard. De retour je m’enquiers de ce que l’assurance couvrira, une fois déduite la franchise et probablement un gros coefficient de vétusté, à condition bien sûr de retrouver les factures des objets dérobés. Résultat nul de ce côté. Les accessoires ne sont pas couverts par la formule que j’ai choisie à l’époque. De toute façon cet assureur n’assure pas ce genre de risque, ce que j’apprends aujourd’hui à mes dépens. C’est donc pour ma pomme, à moins qu’on me tienne un autre discours lundi lorsque je les aurai au téléphone, mais connaissant leurs goûts pour les petites lignes en bas des contrats, j’ai appris à me méfier. Quoiqu’il en soit, il faudra environ 800 euros de dépenses pour remplacer tout ça. Une paille !

Deux janvier toujours, j’ai un peu gâché son plaisir de déballer son tout nouvel appareil avec ma manie de très mal vivre ces contretemps moi qui souhaitais démarrer ce début d’année paisiblement. Pourtant on avait passé beaucoup de temps à étudier les modèles, à évaluer s’il fallait plutôt tel ou tel genre, avec ou sans objectifs interchangeables, s’il allait suffire pour une grande partie de ce qu’elle aime photographier — macro et portrait essentiellement —, si son poids et son encombrement valait la peine, etc. Bref, elle a tout de même fini par obtenir celui qu’elle lorgnait, un Lumix GF1 et son petit 20mm — qui ouvre à f/1.7 s’il vous plait ! —, et a commencé à jouer avec. J’ai eu l’occasion d’explorer un peu le bijou, et j’aurais bien aimé l’avoir à la place de mon bridge avant que j’achète mon reflex. Il a l’air vraiment très sympathique et les premières photos affichées sur l’écran du mac ont une toute autre gueule que celles que permettait l’Olympus.

En attendant je lutte pour me dire que je n’ai pas été marabouté, que je n’ai pas la poisse, mais quand même, ça fait beaucoup je trouve. Vous y croyez vous, à la loi des séries ? Parce que je voudrais bien que ce ne soit qu’un hic d’après agapes et pas le début d’une série d’emmerdements et de déconfitures.

On efface rien et on continue !

C’est à peu près le mot d’ordre qui (me) convient pour l’année qui commence et la photo qui accompagnera ce billet tout au long de la journée illustre bien cela. Une nouvelle année est mise à l’eau, il n’y a plus qu’à barrer ferme, tenir bon les voiles pour aller là où l’on souhaite, même si parfois il faut tirer quelques bords qui donnent l’impression de faire demi-tour. Finalement on arrivera au bout ! Hissez haut !

J’ai encore cinquante zilliard de photos à trier pour en sélectionner quelques unes à publier ici et ailleurs. J’ai encore cinquante zillion d’idées à mettre en chantier pour en publier quelques unes ici et peut-être ailleurs. J’ai encore cinquante bises à faire (au moins) à tous ceux à qui je n’ai pas encore souhaité la bonne année. Ça va être un feu d’artifice de poutous baveux au prochain Paris-Carnet !

J’ai l’impression que les gens autour de moi sont visiblement plus heureux qu’il y a un an et ça spa mal du tout je dirais ! Continuez, j’aime bien ça :-)

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