Stagiaire, un beau métier
in Brèves - Lien permanent
2
oct.
2006
L'article 6 du décret n° 2006-1093 du 29 août 2006 est ainsi libellé :
Aucune convention de stage ne peut être conclue pour remplacer un salarié en cas d'absence, de suspension de son contrat de travail ou de licenciement, pour exécuter une tâche régulière correspondant à un poste de travail permanent, pour faire face à un accroissement temporaire de l'activité de l'entreprise, pour occuper un emploi saisonnier.
Mais qui va vérifier ? Les inspecteurs du travail ? Je n'en jamais vu un en plus de vingt-cinq ans de carrière et pourtant j'en ai vu passer des stagiaires. Encore un texte qui va rester sans effet !


Commentaires
En un mot : Enorme!
C'est un peu compliqué la réponse. La première chose, pour qu'un inspecteur vienne faire le constat, il faut l'appeler, lui signaler le cas. Ils sont si peu nombreux (et le gouvernemet ne fait rien pour leur faciliter la vie) qu'ils ne peuvent pas faire des visites non motivées dans toutes les entreprises (surtout en région parisienne, tu imagines ?). Il n'y a même pas un inspecteur par arrondissement ou par commune.
Deuxième chose, ça ne sert pas à grand chose puisque s'il n'y a pas plainte (du stagiaire ou de celui qui a été licencié et ainsi remplacé, ou d'un syndicat), l'employeur ne risque qu'une admonestation de l'inspecteur. Pas de quoi le faire trembler…
Mais c'est le même problème pour tout ce qui concerne le droit du travail. Celui-ci ne s'applique que quand il y a une demande expresse. Ainsi, un patron a le droit de licencier qui il veut de la façon qu'il veut, à condition que le salarié concerné soit d'accord… S'il n'y a pas plainte, qu'est-ce qui l'en empêche. C'est pareil quand tu fais un excès de vitesse, s'il n'y a pas de flics, si personne ne porte plainte et si tu n'a écrasé personne, tu ne cours aucun risque. Sauf que des gendarmes, il y en a maintenant à tous les coins de rue mais pas les inspecteurs du travail. Et contrôler les stagiaires c'est autrement plus compliqué que de voir si un feu a été grillé ou pas.
c'est à chacun de prendre ses responsabilités et ça, je crois que c'est le plus difficile…
Je suis conscient des problèmes que tu évoque Akynou. Ce que je voulais simplement souligner c'est que c'est encore un effet de manche politique pour se couvrir. Si on veut le mettre en pratique il faut, comme pour les excès de vitesse, mettre les moyens de contrôle nécessaires et suffisants, et ça ce n'est absolument pas la priorité du gouvernement.
C'est ce que j'appelle un texte hypocrite.
Bon mais je peux travailler quand même dans le Koz'fan Addict Club? :)
Akynou, j'allais grosso modo dire la même chose...
Alors finalement je file un lien qui en dira long sur le quotidien des insêcteurs du travail : Journal d'un inspecteur du travail
Gnouff, mais qu'est-ce tu fais là à rêvasser ? Non mais sans blague ! Je te rappelle que tu as un discours à me préparer pour l'AG de mercredi !!!
Mika, merci pour le lien sur un insêcteur du travail (j'ai eu envie de corriger, mais je trouve le terme assez joli).
Mika, j'ai commençé à lire en détail le blog de cet inspecteur du travail, c'est très intéressant, à tout point de vue !
oups, pour une fois que je n'utilise pas la prévisualisation...
Pourtant, même s'ils font un trvail de fourmis, ces fonctionnaires-là n'ont rien à voir avec les insectes !
Une petite remarque sur les stagiaires. Peut-être que l'on ne peut pas reporter le problème uniquement dans le camp des 'patrons'.
En effet l'exploitation des stagiaires et le corollaire de cette exploitation le remplacement de la main d'oeuvre payante par de la gratis, vient sans doute aussi d'une acceptation de cette esclavagisme moderne par la société.( De mon temps pour se former on faisait des jobs d'été payés au smic, maintenant il est 'normal' de bosser à l'oeil ou pour une demi carte orange le tout encouragé par les staff enseignants )
Et si je reprend l'exemple des limitations de vitesse, la peur des gendarmes contient les ardeurs de certains, mais la prise de conscience d'un grand nombre permet de voir des modifications de comportement sur la route. On peut d'ailleurs comparer les pub auto des années 80 et celles de maintenant: Là où il y avais puissance, vitesse, pouvoir, nous retrouvons convivialité, plaisir, économie, citoyenneté...
Jérôme, comment la société peut-elle accepter cet esclavagisme ? Elle n'a pas son mot à dire, ou plutôt on ne lui demande pas son avis ! Il y a un rapport de force créé par l'offre et la demande et tant qu'on sera de ce côté de la balance, il n'y aura pas de changements notables. A part une certaine éthique et une vue un peu plus éloignée des considérations purement économiques et à court-terme, je ne vois pas ce qui pourrait faire qu'un patron change de position à cet égard.
"comment la société peut-elle accepter cet esclavagisme ?" : simplement, en promulguant une vision politiquement correcte d'elle même, qui par exemple anoblie les métiers 'intellectuels' et dégrade les professions 'manuelles'. Un maçon en stage c'est un apprenti, payé et encadré. Un programmeur en apprentissage, c'est un stagiaire corvéable et non payé. Les stagiaires et la société (les parents, les profs, les m'dames michut) l'acceptent contre l'espoir d'une 'future bonne condition sociale' pour les cols blancs, alors qu'il parait 'normal' de payer un apprenti en bleu de travail (c'est manuel, c'est du travail!).
Bref tout ça pour dire qu'il est trop simpliste de dire qu'il y a d'un coté des méchants patrons profiteurs, et de l'autre une société impuissante.
PS: Ayant été à mon compte, j'ai reçu des dizaines de demandes de stagiaires qui pour certains me proposaient de participer aux frais ! ça laisse songeur.