Open Time

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Success

Success

Mot-clé : éducation

Fil des billets - Fil des commentaires

Journée rencontre nationale 2010

Autrement dit JRN qui est une journée organisée par l’association Épilepsie-France tous les deux ans, alternativement à Paris et en province, pour permettre aux adhérents de se rencontrer, d’échanger et de participer à des tables rondes thématiques où interviennent des experts dans des domaines tels que la recherche sur les causes de cette maladie, les conséquences directes ou indirectes qu’elle engendre ou encore la prise en charge des personnes souffrant d’épilepsie.

Affiche de la JRN 2010

C’est tout naturellement que j’avais choisi de participer aux tables rondes des thèmes suivants[1] :

  • Épilepsie et scolarité : Comment intégrer ou orienter scolairement un enfant épileptique ?
  • Épilepsie et handicap cognitif
  • Épilepsie et établissements spécialisés

Plutôt que de faire un compte-rendu détaillé je préfère reprendre quelques témoignages ou paroles entendues ici ou là et qui illustrent assez bien ce que peut être la vie d’une famille dans laquelle se trouve un enfant souffrant d’épilepsie, car c’est en s’appuyant sur les expériences des autres que les choix, parfois douloureux, qu’on peut être amené à prendre prennent tout leur sens. Faut-il à tout prix maintenir un enfant qui a des troubles d’apprentissage dans le cursus ordinaire, quitte à le mettre en position de compétiteur pour simplement être reconnu normal comme les autres ? Faut-il au contraire trouver une structure, un dispositif, où ce stress est moins présent, où la prise en charge permet à l’enfant de retrouver son rythme ? Autant de questions que je me pose dans l’absolu et qui se heurtent souvent à des résistances humaines ou matérielles.

La loi de 2005 impose à l’éducation nationale de proposer un projet éducatif intégré dans les structures ordinaires à tout enfant porteur de handicap. C’est cette loi qui a permis la mise en place des MDPH, sorte de guichet unique qui regroupe tous les services et centralise toutes les démarches autour des personnes en difficulté. C’est une loi importante parce qu’elle a permis d’instituer un cadre légal pour la prise en charge des handicaps de toute nature, même si, comme souvent, les moyens mis en regard ne sont pas toujours suffisants — les listes d’attente où sont inscrits les gamins sont encore longues dans les structures spécialisées comme les CLIS, les SESSAD, les IME ou les ITEP.

Épilepsie = blessure narcissique

Dr. Pinard, neuropédiatre

L’épilepsie a ceci de particulier qu’elle provoque une rupture de contrôle de la personne lorsque elle est confrontée à une crise. Imaginez-vous simplement sur un quai de métro, tombant soudain sans connaissance, puis vous réveillant et passant de longues minutes à reprendre pied avec la réalité, avec votre réalité, votre corps, vos sensations. Que s’est-il passé pendant l‘absence ? Une épée de Damoclès suspendue au dessus de votre tête sans que vous sachiez si ou quand elle va s’abattre. Un des témoins présent pendant cette journée nous a expliqué qu’après chaque crise, il en faisait très régulièrement, il lui fallait un effort très important et très fatiguant pour se retrouver. Que la fatigue éprouvée à la suite d’une crise n’est pas seulement due à la dépense d’énergie physique observée pendant les convulsions, mais tout autant par l’effort intellectuel pour rassembler les morceaux épars de ce qui vous compose.

Ce même témoin, qui a maintenant un métier dans la recherche — ce qui prouve au passage qu’épilepsie n’est pas synonyme de débilité, loin s’en faut —, nous a également expliqué qu’il avait élaboré au fil du temps des palliatifs aux troubles d’apprentissages qu’il avait. Il avait essentiellement d’importants problèmes de mémoire. Avait-il pris ses médicaments ce matin ? Les avait-il pris deux fois ? Difficile de s’en souvenir quand la mémoire fait défaut. Du coup il avait adopté la procédure suivante : lorsqu’il enfile sa montre le matin, il prend aussitôt ses médicaments, lorsqu’il la quitte le soir il prend ceux du soir. Ainsi, ce geste n’étant effectué qu’une fois le matin et une fois le soir, il est sûr de ne pas manquer une prise. Plus besoin de se dire « Les ai-je pris ce matin ? », il suffisait qu’il regarde si sa montre était à son poignet. Retenir cette procédure lui était infiniment plus facile que de se souvenir, jour après jour, de ses prises de médicament.

Les enfants souffrant d’épilepsie présentent fréquemment des troubles de cet ordre. Lenteur d’exécution, persévérations, difficulté de concentration, parfois une combinaison de tout ceux là et d’autres encore et le plus souvent ils possèdent toutes les capacités intellectuelles — l’intelligence — pour apprendre. Ils sont lents alors souvent on fait à leur place et ils perdent confiance en eux, ils ne sentent plus capables. À cela s’ajoute le regard des autres, ceux qui ne savent pas, ceux qui savent et qui rejettent ou stigmatisent.

L’épilepsie est un symptôme parmi d’autres d’une souffrance cérébrale

Dr. Pinard, neuropédiatre

Souvent ces enfants nécessitent une prise en charge complémentaire, orthophonie souvent, psycho-motricité également, et parfois un soutien psychologique ou éducatif est nécessaire. Toutes ces aides viennent perturber et grignoter le temps scolaire. Il faut prendre en compte les trajets entre l’école et les endroits où sont proposés ces soutiens. Il est alors difficile pour l’enfant de suivre le rythme imposé par le cursus prévu. La loi prévoit un tiers-temps pour les contrôles et les examens, mais en pratique ce n’est pas toujours organisable. La loi prévoit également qu’on puisse faire appel à un AVS qui sera chargé d’accompagner et d’aider l’enfant dans ses apprentissages. En pratique ces AVS sont peu nombreux et souvent pas suffisamment bien formés à la prise en charge des troubles cognitifs liés à l’épilepsie.

Un père d’une petite fille nous a expliqué son parcours en milieu scolaire ordinaire, puis lorsque la différence a commencé à être sensible, ils se sont orientés vers une CLIS[2], CLIS pas vraiment adaptée aux spécificités d’un enfant souffrant d’épilepsie car fréquemment les seules places disponibles sont en CLIS 1 alors qu’il vaudrait mieux une CLIS 4. C’est une solution, qui peut permettre à l’enfant de retrouver un univers plus serein, à condition toutefois que les autres enfants de la classe présentent des handicaps compatibles, ce qui n’est pas toujours le cas.

Parfois il sera nécessaire d’envisager l’intégration de l’enfant dans un établissement spécialisé. Ils sont peu nombreux en France, huit à ce jour, à accueillir des enfants présentant les troubles liés à cette pathologie. Certains enfants qui s’y trouvent font des crises quotidiennement, d’autres n’en font plus depuis des années, mais tous ont ces difficultés, ces troubles, ces blessures psychologiques depuis fort longtemps et ont besoin de se reconstruire, de se renarcissiser ai-je entendu plusieurs fois.

Ce n’est pas une confiscation de l’enfant au détriment des parents. C’est un projet préparé et mis en place en commun.

Mme Guy, directrice d’un IME

Une mère présente ce jour à la table ronde sur les établissements spécialisés nous a avoué avoir le dossier d’inscription depuis longtemps sur son bureau et n’y avoir porté, pour l’instant, que le nom et le prénom de son enfant. Souvent ces établissements, compte tenu de leur faible nombre, sont des internats, y compris pour les enfants les plus jeunes. En effet, il est difficile de demander à l’enfant de faire tous les jours des trajets de plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres. C’est une déchirure disait-elle et en se tournant vers une enseignante d’un IME lui a posé cette question : « Et si ça se passe mal … qu’est-ce qui se passe ? ». L’enseignante lui a alors répondu qu’en trente ans d’activité à l’IME qu’elle représentait, cela n’était arrivé qu’une fois pour un petit garçon très jeune. Un seul exemple sur les plusieurs dizaines ou centaines d’enfant qu’elle a vus arriver et repartir.

Une autre mère nous a expliqué que lorsque sa fille avait été admise dans un ITEP, cette dernière rentrait à la maison tous les quinze jours. « C’était des larmes pour moi et pour elle, disait-elle, et puis les semaines ont passé et bientôt il n’y avait plus que moi qui pleurait », jusqu’au jour où sa fille avait arboré un large sourire à l’idée de repartir là-bas. Elle allait y retrouver son petit ami. Eh oui, la vie continue aussi dans ces établissements, de la même manière que dans tous les autres écoles, collèges et lycées de France. Cette mère a continué en insistant sur la nécessité d’aller visiter avec l’enfant le ou les établissements où l’admission est envisagée. Souvent cela ramène à sa juste proportion les craintes à propos des crises des autres enfants, du regard porté. Bien souvent l’enfant comprend alors rapidement qu’il n’est pas le seul. Elle a conclut en disant que sa fille n’avait plus jamais pleuré depuis ce retour vers son petit ami, seul son départ définitif de là-bas avait été un déchirement !

Il faut absolument éviter l’amalgame entre ces structures et ne pas prendre ceux-ci pour des écoles pour débiles — on m’a rapporté les propos d’un homme de justice qui les avait tenus à un des ses confrères, ce qui est pour le moins édifiant ! Un passage dans un établissement de ce type peut être une chance pour l’enfant, le temps de se reconstruire une base de connaissances suffisante pour rebondir dans la filière ordinaire, il peut aussi permettre de comprendre qu’il faudra envisager une autre orientation, le succès n’étant jamais garanti.

Je n’ai pas d’a priori sur les différentes solutions qui s’offrent maintenant ou qui seront possibles plus tard pour mon fils. Si une CLIS, puis une SEGPA, éventuellement un ESAT sont ce qui lui conviendront le mieux alors ce sera bien. Je ne sais pas non plus si un établissement spécialisé, fut-il nécessaire qu’un an ou deux, soit l’idéal — j’ai tout de même de bonnes raisons de croire que c’est de loin ce qui lui conviendrait le mieux, aujourd’hui. Je sais par contre que « Sans essayer, n’aucun succès » comme il est dit dans « La Demoiselle d’Avignon », et que le moins que je puisse faire pour ne pas gâcher ses chances futures est de lui proposer tout ce qui me paraît le mieux pour lui. Y compris si cela implique de bouleverser pas mal la vie qu’il mène aujourd’hui.

Le message entendu à de nombreuses reprises pendant cette journée est le suivant : « Il faut agir le plus vite possible, ne pas attendre, le temps ne joue pas en notre faveur ». Le temps propice aux apprentissages est limité, les possibilités de réinsertion dans le cursus ordinaire sont peu nombreuses, la demande est importante et l’offre est parfois insuffisante. Les mois et les années passent, et compte-tenu des difficultés rencontrées, elle vont finir par compter double. On admet qu’un enfant puisse faire un CM1 en deux ans, voire trois dans quelques cas très spéciaux, mais pourrait-il continuer comme ça, faire un CM2 en deux ans, puis une 6e dans le même délai ? Il aura atteint sa majorité bien avant d’avoir passé le brevet des écoles, s’il devait le passer ! Je préfère tenter le coup de pouce et espérer que cela lui permette de retrouver un rythme plus propice à des études ordinaires, même si celles-ci sont adaptées.

Notes

[1] Le détail de cette journée est indiqué sur cette page.

[2] Classe spécialisée à effectif réduit, 12 élèves maximum, regroupés en fonction de leurs handicaps, mentaux, visuel, auditif ou moteur, respectivement pour les CLIS 1, 2, 3 et 4.

C'est la rentrée

Vu sur la porte d’un lycée en nous promenant dans mon quartier :

C’est un élève qui franchit cette porte, il a donc une tenue et un comportement d’élève !

- Il a la tête découverte sans capuche, casquette ou autre couvre-chef
- Il a les oreilles libres de tout écouteur ; il a laissé sa musique à la maison, il vient écouter ses profs !
- Il a fermé son portable : les copains peuvent attendre. C’est l’heure du travail
- Il s’est bien nourri avant de venir, ou il finit son sandwich ou sa canette avant de rentrer.

Cher élève, bonne journée !

Les CP sont en avance cette année

C'est une histoire de règlement de compte, entre deux garçons. Ils sont en CP cette année. L'un et l'autre ont joué ensemble jusqu'à maintenant dans la cour de l'école. Et puis il y a quelques jours, le premier a dit au second qu'il ne voulait plus jouer avec lui pendant la récréation, simplement.

Hier, pendant la classe, l'institutrice a retenu au dernier moment le couteau que le second allait planter dans le premier ! Ils sont précoces les CP cette année, non ?

Les gamins entre eux

Les gamins sont durs lorsqu'ils sont entre eux ! J'ai connaissance d'un petit garçon qui sert de tête à claques — il vaudrait mieux de cul à coups de pied dans ce cas précis — et qui est victime de racket. J'ai appris tout ça il y a quelques minutes. Cela demande confirmation mais les témoignages recueillis sont pour l'instant concordants.

Alerter l'institutrice — qui est apparemment déjà plus ou moins au courant, au moins pour les coups[1] — puis la directrice car c'est de son ressort — au moins pour les problèmes de racket entre gamins dans la cour d'école. Ensuite peut-être organiser une réunion avec les parents des gamins incriminés pour leur faire comprendre que la vie n'a pas épargné ce garçon, qu'il en bave déjà suffisamment comme ça avec ses difficultés.

J'aimerais que tout cela n'existât pas, pour qu'il puisse grandir sereinement, mais la réalité est là et demande encore de l'énergie pour combattre les injustices.

Je ne vous ai pas dit ? Il s'agit de mon fils !

Notes

[1] Elle va même jusqu'à le faire travailler seul dans le couloir pour qu'il puisse être tranquille !

Peine perdue

Il y a quelques temps j'évoquais la difficulté de la prise en charge de mon fiston à l'école où il se trouve en ce moment. Je disais entre autre que je ne trouvais pas légitime de la part du corps enseignant de déjà prévoir un redoublement alors qu'il n'offrait pas toutes les possibilités pour qu'on pallie les manques dénoncés (photocopies, …).

Lundi matin nous avons une nouvelle réunion pédagogique au cours de laquelle la directrice et l'institutrice de mon fils vont appuyer leur demande de redoublement afin qu'il acquiert de la maturité et qu'il apprenne à travailler plus vite. Cette fois elles auront probablement gain de cause car depuis quelques semaines il refuse tout travail à l'école et les devoirs plus le rattrapage du travail en retard est devenu un calvaire à la maison.

Ma femme s'épuise à essayer de lui demander un effort de quelques minutes et bien entendu cela se termine fréquemment par des cris et des punitions vu le peu d'enthousiasme qu'il met à la tâche. Nous nous sommes battus pour obtenir autre chose qu'un désintéressement de la part de l'école — et il a fallu remettre ça chaque année, convaincre, briser les réticences, assurer qu'il ferait un effort de son côté. Résultat nous nous trouvons dans une situation très inconfortable.

Je reste persuadé qu'il a les capacités d'apprendre s'il est accompagné correctement — et quand je dis ça je parle du cursus normal car les alternatives ne sont pas du tout adaptées à son état ou s'il elles le sont, les places y sont extrêmement rares. Il a besoin d'être un peu plus stimulé que d'autres mais possède l'intelligence suffisante à cela, on a pu le constater à de nombreuses reprises. Je ne suis pas persuadé qu'une année où il va refaire ce qu'il a déjà vu lui permette de prendre la maturité attendue. Je ne suis pas persuadé, le connaissant, qu'il accepte de refaire ce qu'il a déjà appris sans éprouver rapidement une lassitude. Je ne suis pas persuadé que ce ne soit pas une année perdue.

J'ai le sentiment d'un gâchis formidable mais je suis conscient du peu de moyens à notre disposition pour faire évoluer les choses. Je me suis engagé dans le domaine associatif pour essayer de faire un peu évoluer la manière dont ceux qui souffrent de cette pathologie sont intégrés et acceptés dans notre société. Là aussi il faut beaucoup d'énergie pour vaincre les inerties et peu de gens sont prêts à offrir spontanément du temps pour aider, y compris parmi ceux qui sont membres des associations. J'ai vu le fonctionnement de l'intérieur et la plupart des actions menées ne sont le fait que de quelques uns, toujours les mêmes d'ailleurs.

Je suis devant un choix difficile à faire, n'ayant que peu d'éléments pour décider, ne sachant pas ce que mon fils souhaite (ou ne souhaite pas) réellement. Nous lui offrons toute l'aide possible mais cela ne suffit pas et nous goûtons la limite de notre pouvoir dans ce domaine. Dois-je parier sur cette année, une sorte de pause pour lui permettre de souffler, avec les risques que cela comporte ? Dois-je au contraire refuser absolument le redoublement, sachant que cela ne sert généralement pas à grand chose ?

Quel avenir est-il en train de se construire, quel avenir est-il en train de se gâcher, quel avenir aura-t-il ?

Spartiate ou pas ?

Il y a quelques semaines je suis allé voir le défilé du nouvel an chinois dans le 15ème arrondissement de Paris, d'ailleurs quelques photos prises là-bas sont en cours de publication par ici. Je suis resté environ deux heures et après avoir observé ce qui était possible de l'être j'ai décidé de rentrer à la maison. J'avais décidé de garer ma voiture à Saint-Germain en Laye et d'y prendre le RER puis le métro pour venir et c'est donc à pied que je suis retourné à la station de métro la plus proche de l'endroit où je me trouvais.

Au cours du trajet — quasiment arrivé en vue de la bouche de métro — je croise une famille. Le père pilote la poussette dans laquelle gesticule une petite fille. Le grand frère marche un peu à l'avant comme pour échapper à la surveillance ou à la zone d'influence des adultes restés derrière. Il doit avoir environ neuf ou dix ans et paraît plutôt distrait par son environnement. Soudain il s'arrête sans crier gare. Le père, qui ne l'a pas vu, fonce sur lui sans s'en rendre compte. Le temps de réagir, c'est trop tard. La poussette heurte violemment le garçon qui fait un vol plané et atterrit plutôt lourdement sur le trottoir.

Aussitôt le père réagit : « Ce n'est rien ! Il n'a rien ! » pendant qu'un homme qui passait à côté prenait le temps de relever l'enfant qui commençait à pleurer. L'homme, plutôt interloqué, s'est accroupi et a demandé au garçon s'il n'avait pas trop mal et visiblement rassuré s'est relevé et est reparti. Ni le père, ni la mère — qui n'avait pas à un seul instant cessé de discuter avec un autre membre de la famille, sœur ou cousine probablement vu la ressemblance — se sont inquiété de l'état du gamin. Ils sont repartis aussitôt alors qu'il séchait ses larmes et se frottait le genou.

C'est à ce moment que je me suis souvenu d'un film vu récemment, 300, un film sur un épisode de résistance célèbre dont les héros sont trois cents spartiates face à une armée de plusieurs milliers d'hommes. Tout le monde connaît ou a entendu parlé du mode d'éducation alors appliqué à Sparte et qui ne laissait guère de place au handicap ou à la faiblesse. Est-ce que le père souhaitait ce type d'éducation pour son fils, ou craignait-il plutôt d'être pris pour le géniteur d'un pleutre ?

J'ai souvent entendu dire, enfant, qu'un homme ne devait pas pleurer !, parfois même dans la bouche de mon père, mais jamais personne n'a pu me dire pourquoi ! Pourquoi pleurer pour un homme est-il — peut-être devrais-je écrire était-il au lieu d'est-il — considéré comme un signe de faiblesse ?[1]

Notes

[1] Sauf bien sûr dans le cas de l'épluchage viril d'un oignon ou de l'affrontement d'un blizzard cinglant où les larmes sont réputées être tout à fait indépendantes de la volonté du bonhomme, bien que ce dernier éprouve souvent le besoin d'en justifier à haute voix la présence !

Prise en charge des épilepsies de l'enfant

À propos de la prise en charge des enfants épileptiques (l'emphase est de moi) :

[…] Une fois les crises maîtrisées, une partie des enfants épileptiques vont pouvoir mener une vie quasiment normale. « Ces enfants doivent acquérir le maximum d'autonomie, insiste Claire Cachera, secrétaire générale de la FFRE. Car un des risques qui les guettent est d'être surprotégé par leurs parents anxieux. Une attention excessive peut amplifier les troubles de l'estime de soi, voire les dépressions que peut occasionner une maladie très mal connotée dans l'esprit des gens. » […]

[Le Monde.fr, édition du 20/02/2008 : « Les carences de la prise en charge de l'épilepsie chez l'enfant ».]

Il est en effet extrêmement délicat de trouver un équilibre entre ce qu'il faut absolument apporter à l'enfant et la part d'autonomie qu'il revendique ou qu'il nécessite, y compris si cela induit une évolution plus lente du point de vue des parents. Je suis le premier à me poser ce genre de question et très régulièrement. Un enfant évolue, ses demandes varient, il peut passer par des phases de découragement lorsqu'il se compare aux enfants de son âge. Beaucoup d'efforts et de fatigues pour parfois pas beaucoup de résultat. Il peut aussi passer par des périodes de fulgurances où il n'exprimera alors plus aucune nécessité de soutien.

Jusqu'où aider ? Jusqu'où faut-il parfois affronter le peu de soutien — voire même l'indifférence ou encore le déni — des personnes accueillant et encadrant ces enfants ? Et surtout jusqu'où l'enfant peut-il supporter d'être à ce point sollicité. Faut-il pallier toutes les déficiences lorsqu'elles existent ? Ou uniquement les plus importantes ? Et comment choisir en fonction de ses besoins, des impératifs de l'école, du peu de degrés de liberté qui existent pour adapter l'enseignement, de l'implication des adultes et des moyens disponibles ?

De nombreuses questions auxquelles nous nous efforçons de répondre jour après jour comme beaucoup de parents confrontés à ces problèmes — d'ailleurs pas uniquement posés par cette pathologie — et qui doivent trancher du mieux qu'ils peuvent. Notre société demande beaucoup et admet difficilement les écarts par rapport à la norme. Il est très compliqué d'améliorer durablement cette prise en charge. Cela demande des moyens, pas toujours accessibles. Cela demande de l'attention, cela demande des efforts qui viennent rompre parfois une routine confortable. Un sacré boulot que celui de parent, et quelle satisfaction d'être capable de ça !

PS : Merci à KaG de m'avoir signalé l'article.

Dialogue de sourd

Lundi matin, dialogue entre ma femme et la directrice de l'école de mon fiston :

– Alors que vous a dit l'institutrice référente ?
– Vu ses résultats et la manière dont ça se passe, on envisage de le garder en CE2 l'année prochaine. Sa classe actuelle a 30 élèves et l'institutrice, avec 5 cas difficiles ne s'en sort pas, elle n'a pas le temps de faire les photocopies et d'accorder plus de temps à chaque cas particulier[1], par contre la section de CE1 n'en comporte que 20.[2]
– Donc vous envisagez un redoublement, parce qu'il n'y pas assez de temps pour lui préparer un peu à l'avance les photocopies des leçons de la semaine ?
– Oui, mais ce n'est pas un redoublement, c'est un maintien (sic), une sorte de pause pour qu'il grandisse un peu, qu'il apprenne à écrire plus vite, à travailler plus vite … Et puis rien n'est encore décidé, nous verrons à la prochaine réunion pédagogique.

C'est cela oui, nous verrons à la prochaine réunion pédagogique. Un gamin qui travaille plus lentement certes, mais qui, lorsqu'il a la possibilité d'apprendre les leçons (cf. les photocopies), a régulièrement d'excellentes notes, va être amené à refaire un CE2 pour soulager l'enseignante et pour éviter à la directrice de mettre en place le soutien nécessaire pour dupliquer quelques feuilles de papier ?

C'est à se demander s'ils ont une seule seconde songé à la réaction de mon fiston qui, lorsqu'on va lui annoncer à la fin de l'année que tous ses efforts ont été vains et qu'il ne sera plus en classe avec ses copains[3] l'année prochaine, va probablement baisser les bras.

Je sais les dangers d'un redoublement pour l'avoir vécu moi-même pendant un an. Au début de l'année recommencée on s'aperçoit rapidement qu'on fait des choses déjà vues et on s'en désintéresse rapidement en se disant qu'on reprendra le fil au moment où on avait cessé de suivre l'année passée. Sauf que ce moment là, il passe s'en qu'on s'en aperçoive et alors c'est râpé.

Je n'ai rien contre le principe du redoublement. À condition toute fois que ce soit pour des raisons légitimes et pas pour de simples problèmes de logistique. Mon fiston a été reconnu handicapé. Handicapé par les conséquences de sa maladie, simplement handicapé car il prends plus de temps que d'autres. Est-ce suffisant et nécessaire pour justifier un redoublement ? Je n'en suis pas persuadé. Ceci dit il est probable qu'il profite de ce redoublement, un an de plus peut compter d'un point de vue maturité, mais je trouve que c'est tout de même cher payé et qu'on risque de le regretter.

Notes

[1] Il faut dire pour être honnête que cette classe est très dure, comportant pas mal d'éléments perturbateurs sur lesquels l'enseignante n'a que peu d'autorité.

[2] Auxquels il faudra éventuellement rajouter les 5 élèves en difficultés et probablement 1 ou 2 élèves nouveaux vu l'augmentation constatée de la population de la ville. Ce qui, au bout du compte, ne changera pas grand chose par rapport à cette année.

[3] Surtout un qui l'aide tous les jours, comme une forme de tutorat.

- page 1 de 4