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Piège

Piège

Mot-clé : éducation

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Dialogue de sourd

Lundi matin, dialogue entre ma femme et la directrice de l'école de mon fiston :

– Alors que vous a dit l'institutrice référente ?
– Vu ses résultats et la manière dont ça se passe, on envisage de le garder en CE2 l'année prochaine. Sa classe actuelle a 30 élèves et l'institutrice, avec 5 cas difficiles ne s'en sort pas, elle n'a pas le temps de faire les photocopies et d'accorder plus de temps à chaque cas particulier[1], par contre la section de CE1 n'en comporte que 20.[2]
– Donc vous envisagez un redoublement, parce qu'il n'y pas assez de temps pour lui préparer un peu à l'avance les photocopies des leçons de la semaine ?
– Oui, mais ce n'est pas un redoublement, c'est un maintien (sic), une sorte de pause pour qu'il grandisse un peu, qu'il apprenne à écrire plus vite, à travailler plus vite … Et puis rien n'est encore décidé, nous verrons à la prochaine réunion pédagogique.

C'est cela oui, nous verrons à la prochaine réunion pédagogique. Un gamin qui travaille plus lentement certes, mais qui, lorsqu'il a la possibilité d'apprendre les leçons (cf. les photocopies), a régulièrement d'excellentes notes, va être amené à refaire un CE2 pour soulager l'enseignante et pour éviter à la directrice de mettre en place le soutien nécessaire pour dupliquer quelques feuilles de papier ?

C'est à se demander s'ils ont une seule seconde songé à la réaction de mon fiston qui, lorsqu'on va lui annoncer à la fin de l'année que tous ses efforts ont été vains et qu'il ne sera plus en classe avec ses copains[3] l'année prochaine, va probablement baisser les bras.

Je sais les dangers d'un redoublement pour l'avoir vécu moi-même pendant un an. Au début de l'année recommencée on s'aperçoit rapidement qu'on fait des choses déjà vues et on s'en désintéresse rapidement en se disant qu'on reprendra le fil au moment où on avait cessé de suivre l'année passée. Sauf que ce moment là, il passe s'en qu'on s'en aperçoive et alors c'est râpé.

Je n'ai rien contre le principe du redoublement. À condition toute fois que ce soit pour des raisons légitimes et pas pour de simples problèmes de logistique. Mon fiston a été reconnu handicapé. Handicapé par les conséquences de sa maladie, simplement handicapé car il prends plus de temps que d'autres. Est-ce suffisant et nécessaire pour justifier un redoublement ? Je n'en suis pas persuadé. Ceci dit il est probable qu'il profite de ce redoublement, un an de plus peut compter d'un point de vue maturité, mais je trouve que c'est tout de même cher payé et qu'on risque de le regretter.

Notes

[1] Il faut dire pour être honnête que cette classe est très dure, comportant pas mal d'éléments perturbateurs sur lesquels l'enseignante n'a que peu d'autorité.

[2] Auxquels il faudra éventuellement rajouter les 5 élèves en difficultés et probablement 1 ou 2 élèves nouveaux vu l'augmentation constatée de la population de la ville. Ce qui, au bout du compte, ne changera pas grand chose par rapport à cette année.

[3] Surtout un qui l'aide tous les jours, comme une forme de tutorat.

Enseignement

Cet après-midi, dans la classe d'une école primaire :

– Madame ? Madame, comment je fais pour la leçon [d'instruction civique] que je n'ai pas eu le temps de copier ?
– Tu te démerdes avec ton copain !

Véridique !

PS : Je vous fais bien entendu grâce du contexte et de la situation dans laquelle se trouve l'écolier porteur de handicap et qui en subit les conséquences (lenteur, …) ;-)

L'enfant n'est pas un adulte

L'enfant n'est pas un adulte. Digne de Lapalisse n'est-ce pas ? Alors pourquoi le redire ? Simplement parce que nous les adultes avons parfois — moi le premier — tendance à attendre d'eux un comportement adulte et responsable. Seulement voilà, ils n'en font parfois qu'à leur tête en se foutant royalement des conséquences.

Une question me taraude depuis quelques jours : comment faire comprendre les enjeux d'un tel comportement à un gamin de huit ans ? Comment lui mettre en perspective son attitude actuelle et ses conséquences sur son futur à plus ou moins long terme ? Alors qu'il n'a en tête que l'heure à laquelle il pourra aller jouer avec ses petites voitures ou sa console ?

Il est dans une situation compliquée dont il n'appréhende pas l'étendue. Nous nous démenons depuis quelques années pour qu'il suive un cursus scolaire normal, en lui apportant tout le soutien possible et imaginable — et il faut souvent jongler avec sa capacité à être ou a vouloir être aidé — et en bousculant souvent le train-train des enseignants qui s'en occupent. Tout ça est très bien, d'ailleurs comment faire plus ? Mais tout cela n'est que de la théorie. Il s'agit d'un enfant de huit ans, qui a ses envies, ses coups de blues, sa maladie et ses conséquences à (sup)porter. À son age on a envie de jouer, d'apprendre un peu mais certainement pas dans la douleur, et nous avons tendance à l'oublier.

Depuis la rentrée il a la tête ailleurs. Pas qu'il ne comprenne pas les leçons, pas qu'il ne trouve ça difficile — j'ai plutôt l'impression du contraire quand je l'interroge, il a simplement la tête ailleurs. Bien sûr il dit qu'il a bien travaillé lorsqu'il rentre de l'école mais nous nous apercevons vite qu'il n'en est rien et bien sûr, parce que nous comprenons rapidement ce que cela signifie, nous nous mettons en rogne. Cela nous met dans une posture compliquée vis à vis des autres. Comment demander une attention particulière, un aménagement de ses temps d'apprentissage alors qu'il n'est pas là, alors qu'il n'en profite pas ? Les bonnes volontés vont rapidement s'essoufler dans ces conditions.

Se pose également le problème des alternatives à l'école où il se trouve en ce moment. Il y a bien les CLIS mais elles sont réservées en priorité aux plus lourdement handicapés, il y a bien les AVS mais on peine déjà à en avoir pour des cas beaucoup plus compliqués, il y a bien les écoles privées mais elles sont largement hors de portée d'un point de vue financier. J'ai du mal à entrevoir un début de solution à part bien sûr celle qui impliquerait qu'il décidât de se mettre au travail !

Je ne pensais décidément pas qu'il fut si difficile d'élever et d'éduquer un enfant !

Le mystère de l'île rouge

1ère et 4ème de couverture

[…] Les enfants avancent péniblement dans la chaleur torride de la forêt. Au moment où ils commencent à se décourager, ils entendent un aboiement dans le lointain.
– Écoutez ! C'est Sicou crie Tam. C'est Sicou !!! […]

C'est un extrait d'un livre écrit par les élèves de la classe de CE1 où se trouvait mon fiston l'année dernière. Admirable ! Semaine après semaine ils ont construits l'histoire, puis l'ont écrite sous la surveillance de leur institutrice. Un projet dont l'objectif est de donner l'envie de la lecture et de l'écriture aux enfants — au passage ils ont bien sûr revu quelques règles d'orthographe et de grammaire !

[…] On raconte qu'il se passe des choses étranges sur cette île… On dit aussi que personne n'en est jamais revenu… […]

Puis le livre, une fois terminé, à été imprimé en quelques dizaines d'exemplaires puis a été envoyé à chaque famille par la poste juste après la fin des classes l'été dernier. Une bonne lecture pour les vacances.

Génial !

Enfants porteurs de handicap

Le Président de la République a envoyé une lettre à tous les éducateurs — ce qui je suppose comprends tous les membres du corps enseignant et des structures amenées à recevoir des enfants. Un passage particulier, qui a également été relevé par Otir et qui en fait une analyse très juste dans ce billet, m'a donné l'envie de vous parler des enfants porteurs de handicap. Pour rappel, ce passage est celui-ci :

[…] Si je souhaite que les enfants handicapés puissent être scolarisés comme tous les autres enfants, ce n'est pas seulement pour faire le bonheur des enfants handicapés mais aussi pour que les autres enfants s'enrichissent de cette différence. […]

[ source : Lettre aux éducateurs du 4 septembre 2007, Présidence de la République ]

Je ne vais pas revenir sur le contenu de cet extrait, Otir l'a déjà fait et j'approuve totalement ce qu'elle en dit. Ce qui m'importe ici est de parler des enfants porteurs de handicap. Pourquoi porteurs de handicap et pas handicapés ? Tout simplement parce que le statut d'handicapé est en France évalué et accordé — je ne suis pas sûr qu'accordé soit le terme juste vu le contexte, mais passons — par une instance particulière. Ce statut ouvre l'accès à certaines aides, par toujours en nombre suffisant d'ailleurs[1]. D'autres enfants par contre ne seront pas admis dans cette catégorie car leur handicap n'est pas avéré ou assez handicapant.

Prenons l'exemple de mon fiston, épileptique depuis l'age de deux ans, qui prends des médicaments qui permettent de contrôler l'épilepsie — ce qui veut dire que les crises sont arrêtées avant qu'elles ne se déclenchent — et qui ont pour résultat qu'il n'a pas fait une seule crise depuis plus de deux ans et demi. Remarquable bonne nouvelle n'est-ce pas ? Oui bien sûr car une crise n'est jamais anodine, elle perturbe, elle fatigue, elle fait perdre le cours des choses pendant une demi-journée ou plus. Pas facile de suivre des cours dans ces cas là. D'un autre côté les médicaments ou la maladie — il est extrêmement difficile de dire ce qu'il en est exactement — ont des effets secondaires. Parmi ceux-ci on trouve une fatigabilité importante, une difficulté pour se concentrer pendant longtemps. Pas facile de suivre des cours dans ces cas là. Pas de différence, les conséquences sont les mêmes, sauf que dans le cas ou l'épilepsie est contrôlée, l'enfant n'est pas considéré comme handicapé[2] et c'est pourquoi je préfère parler d'enfant porteur de handicap.

Dans ce contexte particulier, dans cette zone un peu vague où l'enfant navigue, une sorte de no man's land entre les enfants normaux et les enfants handicapés, entre normalité et handicap, il est difficile d'amener les éducateurs à prendre en compte leurs problèmes. Beaucoup, par manque de formation ou d'information, auront tendance en première intention à demander qu'ils soient mis dans une structure adaptée. Seulement il n'y a pas de structures adaptées pour ces cas là. Les structures existantes sont peu nombreuses et réservées en priorité aux handicapés les plus lourds ! D'autres préféreront ne leur demander que peu ou pas d'effort, pour ne pas les fatiguer, ne pas risquer la crise, sans s'en préoccuper plus que cela, ce qui revient à les exclure de fait. D'autres encore iront jusqu'à demander qu'on leur réduise les médicaments, pour diminuer les effets secondaires, parce qu'ils n'ont pas compris qu'on a aucune garantie d'obtenir un résultat satisfaisant[3]. Et pour être tout à fait honnête, il y en a qui tentent de s'investir, d'accompagner, d'adapter leur métier pour tenir compte des spécificités de ces enfants.

Le cas de mon fils n'est pas isolé. Ils sont beaucoup dans ce cas là. Pas handicapés mais presque, pas normaux mais presque. N'importe quel élève peut se retrouver du jour au lendemain dans cette situation. D'ailleurs cela arrive souvent. Il suffit d'une maladie qui cloue au lit, une jambe cassée au ski ou que sais-je encore pour que nous nous retrouvions dans cette zone. Bien sûr on s'arrange, un camarade copiera les devoirs et les leçons, un autre lui amènera tout ça à la maison, un troisième encore l'aidera lorsqu'il reviendra. Cela existe depuis longtemps et cela se passe très bien[4]. Seulement c'est pour quelques jours, quelques semaines, pas plus. Ça ne perturbera pas trop le programme. Avec un enfant constamment dans cette situation il devient difficile d'adapter l'enseignement. Une classe de trente élèves ou plus n'offre pas beaucoup de degrés de liberté pour s'arranger.

Je ne vais pas faire le procès des éducateurs. Ils ont pour la plupart envie de bien faire, de faire en sorte que les gamins deviennent plus intelligents, plus savants, mieux armés pour les années à venir. Il est aussi illusoire d'espérer, par je ne sais quel miracle, qu'on puisse apporter une solution à chaque cas. On peut tendre vers ce but et je sais qu'il y a des initiatives en cours jusque dans les ministères pour tenter de prendre en compte ce genre de problèmes. La priorité est donnée bien sûr à la formation des enseignants vis à vis de l'accueil des enfants handicapés, et ce qui est valable pour eux l'est forcément pour les autres y compris les normaux. C'est un premier pas nécessaire mais certainement pas suffisant.

Je sais qu'il est difficile de faire une école à la carte, fonction des capacités et des possibilités de chaque élève. Cela demanderait des moyens dont on ne disposera pas sauf à changer radicalement notre façon de concevoir l'éducation des enfants et à être prêt à y consacrer une part importante de nos richesses. Je sais qu'il est difficile de partager, d'admettre que ses enfants avanceront un peu moins vite parce qu'un autre freinera la classe. Je sais aussi que la structure familiale change et souvent pas à l'avantage des plus petits. Je sais surtout qu'il y a beaucoup de bonnes volontés qui font des merveilles avec peu de moyens. Il faut juste un peu d'envie !

Notes

[1] Le gouvernement a promis plusieurs centaines de postes d'aide à la vie scolaire par exemple, une louable intention à condition qu'elle soit suivie d'effets rapides car les enfants en ont besoin aujourd'hui et pas dans plusieurs mois.

[2] Le taux d'incapacité calculé pour l'épilepsie est directement proportionnel au nombre de crises. Pas de crises ? Pas de handicap !

[3] Diminuer un traitement, souvent composé de plusieurs molécules et dont la posologie a été difficilement ajustée pour obtenir un bénéfice (pas de crises) supérieur aux inconvénients (fatigue, irritabilité, difficulté de concentration, …), peut provoquer un éventail très large d'effets. De celui escompté jusqu'à la modification de la forme de la maladie avec fréquemment une reprise plus fréquente des crises. Il n'y a pas de méthode scientifique qui permette d'évaluer à l'avance l'effet de cette diminution (ou de la suppression d'ailleurs). C'est donc à chaque fois de manière empirique et une prise de risque à la fois pour l'enfant, le soignant et pour la famille.

[4] Certaines assurances ou mutuelles offrent même ce genre de service ce qui est très bien sauf que j'estime que c'est à la collectivité de prendre en charge ses situations et que cela ne devrait pas faire l'objet d'un commerce d'assurance.

La maladie à sa place

Jusqu'où faut-il soutenir et aider, jusqu'où faut-il s'arrêter ? Délicate question que de définir cette frontière ténue entre tous les soins et le support que nous pouvons apporter à un malade et le moment où il faut laisser faire les choses.

Deux ans. Cela fait deux ans que l'épilepsie de mon fiston est stabilisée[1]. Après quatre années pendant lesquelles les crises se sont enchainées plus ou moins régulièrement. Ce qui veut dire que depuis l'age de 2 ans il prend consciencieusement ses médicaments tous les soirs de l'année, sans en manquer un seul sous peine de voir revenir ce qui fout par terre, qui annule d'un coup les espoirs d'un éloignement de la maladie, voire d'une guérison.

Six ans. Cela fait six ans qu'il en supporte les effets, la fatigue, la difficulté de se concentrer.

Huit ans. C'est l'âge qu'il a. Cela veut dire qu'il a vécu avec cette maladie pendant les trois quarts de sa jeune existence. C'est long et ça prend de la place. Bien sûr nous sommes là, présents. Nous lui apportons tout l'amour et le soutien dont il a besoin. D'autres aussi apportent leurs aides, orthophoniste pendant un temps puis une psycho-motricienne. Mais à la longue cela devient plus envahissant encore. Cela devient toute sa vie, rien que sa vie et c'est trop.

Il nous a fallu du temps pour parvenir à ce constat car on ne sait pas évaluer objectivement ce que toutes ces aides ont apporté. Fallait-il le faire ou pas ? Pouvions-nous ne rien faire ? Était-ce conforme à ce que nous pensions être notre rôle de parents ? C'est extrêmement difficile à dire. Lui de son côté commence à saturer. Enchainer l'école, les devoirs à la maison pour qu'il ne perde pas pied vis-à-vis du reste de sa classe, le soutien externe. Ca ne laisse pas beaucoup de temps pour vivre une vie de garçon.

Nous nous posions beaucoup de questions à propos de ses capacités, diminuées qu'elles étaient par le traitement ou par la maladie. Et puis nous avons décidé de lui faire faire un bilan psycho-métrique qui a montré sans équivoque qu'il était capable, lent mais capable, avec des difficultés de concentration mais capable. Capable comme ses camarades de classe. Nous avions eu raison de vouloir l'intégrer dans une classe normale, quitte à passer beaucoup de temps pour l'aider à suivre, quitte à vaincre les préjugés, à convaincre qu'il fallait le traiter — autant que faire se peut — comme les autres. Bien sûr il faut tenir compte de sa lenteur mais il n'y a aucune raison de ne pas l'instruire comme tout le monde. Il ne faut pas le mettre à l'écart sous prétexte qu'il se dit fatigué — car il en joue parfois — ce qui a été souvent le cas jusqu'au début de l'année.

Cette maladie qui prend trop de place est une contrainte. Il doit apprendre, nous devons apprendre, à n'en faire qu'une contrainte comme une autre, un aléas de la vie, mais qui n'empêche pas, qui n'empêche rien. Je crois que nous avions oublié l'essentiel. Il peut, il faut, il va vivre et grandir, avec ou sans.

Et puis aussi … je l'aime.

Notes

[1] Stabilisée veut dire qu'il ne fait plus de crises et que les médicaments qu'il prend en empêchent la venue. Cela peut aussi vouloir dire qu'il est guéri.

Fair game

Il y a quelques jours je me trouvais dans le train qui m'emmenait vers le centre de la France pour y prendre quelques vacances. J'étais assis en face d'une petite fille d'environ dix ans accompagnée de sa mère. D'après leurs conversations, j'en ai déduit qu'elle allait en villégiature chez grand-mère.

Peu de temps après le départ, la petite fille a commencé à parler à sa mère des cadeaux qu'elle souhaitait avoir pour son futur anniversaire, en particulier cette console de jeu portable qui est trop cool ! Le modèle qu'elle espérait, une PSP, était bien sûr indispensable parce que sa copine Julie … et parce que son copain Damien … etc.

Je sentais bien la mère un peu réticente à l'idée de laisser une machine de ce genre dans les pattes d'une petite fille. D'ailleurs elle a commencé à argumenter que les jeux disponibles étaient plutôt destinés aux adultes et … Aussitôt sa fille lui a coupé la parole en lui rétorquant qu'au contraire, elle connaissait un jeu génial et a commencer à lui expliquer ce qu'il en était :

– Alors tu vois, à un moment, tu marches dans la rue et puis il y a une voiture au feu rouge qui attend.
– …
– Et puis par exemple, tu ouvres la portière, tu tire le bonhomme par terre et tu lui voles sa voiture.
– …???

Et comme ça elle a commenté avec force détail, les différentes actions possibles, en parlant de vols, de cambriolages, de courses poursuites et je crois bien de meurtres. Tout ça dans la bouche d'une ravissante petite fille aux cheveux blonds et bouclés à qui on aurait donné le bon Dieu sans confession (ou presque) ! À dix ans ! Le plus surprenant dans tout cela a été la réponse de sa mère :

– On verra, hein ? On verra !

Ces gamins là, ils vont jouer à quoi une fois majeurs ?

De la politesse dans les bus

Ce matin nous étions une demi-douzaine à attendre le bus. Celui-ci avait pris pas loin de dix minutes de retard. Il arrive enfin, stoppe devant l'arrêt et nous commençons à monter en validant nos cartes navigo ou nos billets ou en présentant une carte orange au chauffeur qui nous regardait monter. Je lui dis bonjour comme à l'accoutumée, je suis quelqu'un de bien élevé et poli, et me dirige vers le fond du bus où j'aime bien me mettre.

Derrière moi est montée une jeune femme qui s'est rapidement dirigée vers le centre du bus. Habillée d'un tailleur de bonne facture, équipée d'un sac à main et d'un cartable de marque, une jeune femme bien comme il faut aurait pu dire ma grand-mère. Le chauffeur l'a appelée à trois reprises pour lui demander de valider son titre de transport. Un passager qui la suivait, se disant surement que cette dernière ne devait pas avoir compris que le message s'adressait à elle, lui a signalé l'appel. J'ai entendu la jeune femme dire au passager qu'elle ne souhaitait pas répondre au chauffeur et qu'il fallait la laisser tranquille. Le passager a alors repris son chemin vers le fond du bus où je m'étais déjà placé.

Le chauffeur, s'est alors tourné vers la jeune femme qui s'était assise et lui a redemandé de lui présenter ou de valider un titre de transport ou bien alors de quitter le bus séance tenante. Celle-ci lui a alors répondu que ça la faisait chier (je cite ses propres termes) et a tourné sa tête vers l'extérieur. Le chauffeur ne s'est pas démonté et lui a rétorqué que si elle ne se soumettait pas à sa requête, il ne repartirait pas, il déclencherait le signal d'alarme et qu'elle aurait alors à s'expliquer devant les forces de l'ordre de son comportement et de sa grossièreté à son égard. Visiblement la femme a compris qu'elle n'aurait pas gain de cause et à contre-coeur s'est dirigée vers le validateur navigo pour y présenter sa carte. Le signal d'approbation a retenti et le bus a enfin pu repartir.

Pendant le trajet je me suis demandé pourquoi elle avait agi ainsi. Avait-elle décidé de marquer sa désapprobation vis à vis du retard pris par le bus ? Mais visiblement, après l'avoir vu se diriger vers un tabac une fois descendue, elle ne devait pas être tellement en retard. Avait-elle une si haute opinion d'elle-même qu'elle ne voulût point s'abaisser à s'adresser à un simple employé des transports en commun ? Avait-elle passé une mauvaise nuit et en rendait responsable le premier quidam venu ? Avait-elle été éconduite par ce même chauffeur de bus dans d'autres circonstances ?

L'habit ne fait le moine, le tailleur et le sac à main de marque n'implique pas la bonne éducation, la politesse ou la courtoisie. Tout fout le camp, moi je vous le dis, tout fout le camp !

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