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Fanion

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Mot-clé : épilepsie

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Amalgame

Je viens de relire pour la troisième fois le billet de Charles (aka le roncier). Il dit sa vie quotidienne, ses envies, ses espoirs, et aussi ses désillusions et ses déceptions à vivre depuis déjà longtemps en étant séropositif. J’ai relu pour réfléchir aux deux ou trois petites pensées qui m’ont traversé l’esprit ce faisant. Ça fait deux jours que j’ai envie d’écrire de mon côté ce que je pourrais ressentir si quelqu’un, comme lui l’a fait avec un autre, m’annonçait sa séropositivité ou n’importe quelle autre pathologie aussi grave. Et puis j’ai pensé aussi à la place de la maladie dans la vie quotidienne, à l’image de l’épilepsie qui envahit la vie de mon fiston quotidiennement. J’avais écrit il y a déjà trois ans un billet à ce sujet et il reste autant d’actualité aujourd’hui.

J’ai titré amalgame à dessein pour que justement nous ne fassions pas l’amalgame entre la personne et la maladie dont il souffre. La personne n’est pas qu’un porteur du Sida, malade ou pas (dans le sens des effets pathologiques). La personne n’est pas qu’un épileptique. La personne n’est pas une pathologie quelle qu’elle soit. Faire le contraire équivaut à refuser le statut d’humain à cette personne. J’ai encore en tête ce chef de service qui nommait ses patients en nommant leur pathologie et leur numéro de chambre. « Où en est le diabétique du 36 ? ». L’humain avait disparu de son discours. Mon défunt beau-père parlait souvent du serment d’hypocrite, et je crois qu’il n’avait pas tort de le faire. En tout cas pour certains…

Et puis, pour revenir aux propos de Charles, j’ai essayé d’imaginer la situation où j’entendrais l’annonce d’une maladie grave. Pour dire franchement les choses, je suis très démuni face à cela. Sans autre signal de la part de cette personne j’hésite souvent à prononcer une parole parce que je ne sais si elle souhaite simplement m’informer de son état — et dans ce cas, est-ce une provocation pour tester mon empathie, ma sympathie à son endroit ? — ou bien si elle veut en parler. Est-ce une invitation à lui poser des questions, sur sa façon de vivre avec ça, sur ce qu’elle ressent tous les jours, sur les difficultés qu’il ou elle rencontre ? Est-ce que ne rien dire ne va pas être considéré comme une indifférence ou une lâcheté à son endroit ? Difficile à dire…

Je ne sais pas ce que veut dire être dans cet état. Je ne sais pas ce que veut dire vivre avec cet épée de Damocles suspendue au dessus de la tête. Je peux comprendre, au moins intellectuellement, ce que vit cette personne, mais en aucun cas je peux savoir ce qu’il en est réellement, pas dans mon quotidien, pas dans mes tripes. Je sais pourtant la stigmatisation dont elle peut être victime. Mon fils l’a été à de nombreuses reprises, parfois au nom de la morale et souvent à cause de l’ignorance. C’est une des raisons pour lesquelles je me suis engagé aux côtés des épileptiques depuis quelques années, parce que même en agissant peu et en mettant simplement à leurs services quelques compétences techniques je peux ouvrir un espace d’échanges et de compréhensions parfois salvateur.

Souvent depuis quelque temps mon fils rechigne à prendre ses médicaments. Deux cachets à prendre tous les soirs et ça dure depuis des années. Pour ne pas faire de convulsion, pas pour guérir. Simplement pour ne pas faire de crise. Et j’imagine volontiers qu’il se demande à quoi servent ces deux molécules. Après tout, à part les effets secondaires dont on ne sait s’ils sont dus pour tout ou partie aux médicaments ou à la pathologie, il ne fait plus de convulsion. À quoi ça sert ? Difficile d’expliquer à un gamin de dix ans la potentialité de retour des crises s’il arrête.

Je crois qu’il faut que les personnes souffrantes nous aident à les aider, à leur parler. Je trouve que le dialogue est souvent difficile parce que nous ne savons pas comment faire pour que nos réactions ne soient vues et entendues comme de la curiosité d’entomologistes ou pour éviter d’être trop maladroits. Nous ne savons pas dire « que puis-je faire pour t’aider ? ».

Pour conclure, je dirai monsieur Charles que je suis admiratif du courage que vous nous montrez et de la liberté de votre parole !

Journée rencontre nationale 2010

Autrement dit JRN qui est une journée organisée par l’association Épilepsie-France tous les deux ans, alternativement à Paris et en province, pour permettre aux adhérents de se rencontrer, d’échanger et de participer à des tables rondes thématiques où interviennent des experts dans des domaines tels que la recherche sur les causes de cette maladie, les conséquences directes ou indirectes qu’elle engendre ou encore la prise en charge des personnes souffrant d’épilepsie.

Affiche de la JRN 2010

C’est tout naturellement que j’avais choisi de participer aux tables rondes des thèmes suivants[1] :

  • Épilepsie et scolarité : Comment intégrer ou orienter scolairement un enfant épileptique ?
  • Épilepsie et handicap cognitif
  • Épilepsie et établissements spécialisés

Plutôt que de faire un compte-rendu détaillé je préfère reprendre quelques témoignages ou paroles entendues ici ou là et qui illustrent assez bien ce que peut être la vie d’une famille dans laquelle se trouve un enfant souffrant d’épilepsie, car c’est en s’appuyant sur les expériences des autres que les choix, parfois douloureux, qu’on peut être amené à prendre prennent tout leur sens. Faut-il à tout prix maintenir un enfant qui a des troubles d’apprentissage dans le cursus ordinaire, quitte à le mettre en position de compétiteur pour simplement être reconnu normal comme les autres ? Faut-il au contraire trouver une structure, un dispositif, où ce stress est moins présent, où la prise en charge permet à l’enfant de retrouver son rythme ? Autant de questions que je me pose dans l’absolu et qui se heurtent souvent à des résistances humaines ou matérielles.

La loi de 2005 impose à l’éducation nationale de proposer un projet éducatif intégré dans les structures ordinaires à tout enfant porteur de handicap. C’est cette loi qui a permis la mise en place des MDPH, sorte de guichet unique qui regroupe tous les services et centralise toutes les démarches autour des personnes en difficulté. C’est une loi importante parce qu’elle a permis d’instituer un cadre légal pour la prise en charge des handicaps de toute nature, même si, comme souvent, les moyens mis en regard ne sont pas toujours suffisants — les listes d’attente où sont inscrits les gamins sont encore longues dans les structures spécialisées comme les CLIS, les SESSAD, les IME ou les ITEP.

Épilepsie = blessure narcissique

Dr. Pinard, neuropédiatre

L’épilepsie a ceci de particulier qu’elle provoque une rupture de contrôle de la personne lorsque elle est confrontée à une crise. Imaginez-vous simplement sur un quai de métro, tombant soudain sans connaissance, puis vous réveillant et passant de longues minutes à reprendre pied avec la réalité, avec votre réalité, votre corps, vos sensations. Que s’est-il passé pendant l‘absence ? Une épée de Damoclès suspendue au dessus de votre tête sans que vous sachiez si ou quand elle va s’abattre. Un des témoins présent pendant cette journée nous a expliqué qu’après chaque crise, il en faisait très régulièrement, il lui fallait un effort très important et très fatiguant pour se retrouver. Que la fatigue éprouvée à la suite d’une crise n’est pas seulement due à la dépense d’énergie physique observée pendant les convulsions, mais tout autant par l’effort intellectuel pour rassembler les morceaux épars de ce qui vous compose.

Ce même témoin, qui a maintenant un métier dans la recherche — ce qui prouve au passage qu’épilepsie n’est pas synonyme de débilité, loin s’en faut —, nous a également expliqué qu’il avait élaboré au fil du temps des palliatifs aux troubles d’apprentissages qu’il avait. Il avait essentiellement d’importants problèmes de mémoire. Avait-il pris ses médicaments ce matin ? Les avait-il pris deux fois ? Difficile de s’en souvenir quand la mémoire fait défaut. Du coup il avait adopté la procédure suivante : lorsqu’il enfile sa montre le matin, il prend aussitôt ses médicaments, lorsqu’il la quitte le soir il prend ceux du soir. Ainsi, ce geste n’étant effectué qu’une fois le matin et une fois le soir, il est sûr de ne pas manquer une prise. Plus besoin de se dire « Les ai-je pris ce matin ? », il suffisait qu’il regarde si sa montre était à son poignet. Retenir cette procédure lui était infiniment plus facile que de se souvenir, jour après jour, de ses prises de médicament.

Les enfants souffrant d’épilepsie présentent fréquemment des troubles de cet ordre. Lenteur d’exécution, persévérations, difficulté de concentration, parfois une combinaison de tout ceux là et d’autres encore et le plus souvent ils possèdent toutes les capacités intellectuelles — l’intelligence — pour apprendre. Ils sont lents alors souvent on fait à leur place et ils perdent confiance en eux, ils ne sentent plus capables. À cela s’ajoute le regard des autres, ceux qui ne savent pas, ceux qui savent et qui rejettent ou stigmatisent.

L’épilepsie est un symptôme parmi d’autres d’une souffrance cérébrale

Dr. Pinard, neuropédiatre

Souvent ces enfants nécessitent une prise en charge complémentaire, orthophonie souvent, psycho-motricité également, et parfois un soutien psychologique ou éducatif est nécessaire. Toutes ces aides viennent perturber et grignoter le temps scolaire. Il faut prendre en compte les trajets entre l’école et les endroits où sont proposés ces soutiens. Il est alors difficile pour l’enfant de suivre le rythme imposé par le cursus prévu. La loi prévoit un tiers-temps pour les contrôles et les examens, mais en pratique ce n’est pas toujours organisable. La loi prévoit également qu’on puisse faire appel à un AVS qui sera chargé d’accompagner et d’aider l’enfant dans ses apprentissages. En pratique ces AVS sont peu nombreux et souvent pas suffisamment bien formés à la prise en charge des troubles cognitifs liés à l’épilepsie.

Un père d’une petite fille nous a expliqué son parcours en milieu scolaire ordinaire, puis lorsque la différence a commencé à être sensible, ils se sont orientés vers une CLIS[2], CLIS pas vraiment adaptée aux spécificités d’un enfant souffrant d’épilepsie car fréquemment les seules places disponibles sont en CLIS 1 alors qu’il vaudrait mieux une CLIS 4. C’est une solution, qui peut permettre à l’enfant de retrouver un univers plus serein, à condition toutefois que les autres enfants de la classe présentent des handicaps compatibles, ce qui n’est pas toujours le cas.

Parfois il sera nécessaire d’envisager l’intégration de l’enfant dans un établissement spécialisé. Ils sont peu nombreux en France, huit à ce jour, à accueillir des enfants présentant les troubles liés à cette pathologie. Certains enfants qui s’y trouvent font des crises quotidiennement, d’autres n’en font plus depuis des années, mais tous ont ces difficultés, ces troubles, ces blessures psychologiques depuis fort longtemps et ont besoin de se reconstruire, de se renarcissiser ai-je entendu plusieurs fois.

Ce n’est pas une confiscation de l’enfant au détriment des parents. C’est un projet préparé et mis en place en commun.

Mme Guy, directrice d’un IME

Une mère présente ce jour à la table ronde sur les établissements spécialisés nous a avoué avoir le dossier d’inscription depuis longtemps sur son bureau et n’y avoir porté, pour l’instant, que le nom et le prénom de son enfant. Souvent ces établissements, compte tenu de leur faible nombre, sont des internats, y compris pour les enfants les plus jeunes. En effet, il est difficile de demander à l’enfant de faire tous les jours des trajets de plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres. C’est une déchirure disait-elle et en se tournant vers une enseignante d’un IME lui a posé cette question : « Et si ça se passe mal … qu’est-ce qui se passe ? ». L’enseignante lui a alors répondu qu’en trente ans d’activité à l’IME qu’elle représentait, cela n’était arrivé qu’une fois pour un petit garçon très jeune. Un seul exemple sur les plusieurs dizaines ou centaines d’enfant qu’elle a vus arriver et repartir.

Une autre mère nous a expliqué que lorsque sa fille avait été admise dans un ITEP, cette dernière rentrait à la maison tous les quinze jours. « C’était des larmes pour moi et pour elle, disait-elle, et puis les semaines ont passé et bientôt il n’y avait plus que moi qui pleurait », jusqu’au jour où sa fille avait arboré un large sourire à l’idée de repartir là-bas. Elle allait y retrouver son petit ami. Eh oui, la vie continue aussi dans ces établissements, de la même manière que dans tous les autres écoles, collèges et lycées de France. Cette mère a continué en insistant sur la nécessité d’aller visiter avec l’enfant le ou les établissements où l’admission est envisagée. Souvent cela ramène à sa juste proportion les craintes à propos des crises des autres enfants, du regard porté. Bien souvent l’enfant comprend alors rapidement qu’il n’est pas le seul. Elle a conclut en disant que sa fille n’avait plus jamais pleuré depuis ce retour vers son petit ami, seul son départ définitif de là-bas avait été un déchirement !

Il faut absolument éviter l’amalgame entre ces structures et ne pas prendre ceux-ci pour des écoles pour débiles — on m’a rapporté les propos d’un homme de justice qui les avait tenus à un des ses confrères, ce qui est pour le moins édifiant ! Un passage dans un établissement de ce type peut être une chance pour l’enfant, le temps de se reconstruire une base de connaissances suffisante pour rebondir dans la filière ordinaire, il peut aussi permettre de comprendre qu’il faudra envisager une autre orientation, le succès n’étant jamais garanti.

Je n’ai pas d’a priori sur les différentes solutions qui s’offrent maintenant ou qui seront possibles plus tard pour mon fils. Si une CLIS, puis une SEGPA, éventuellement un ESAT sont ce qui lui conviendront le mieux alors ce sera bien. Je ne sais pas non plus si un établissement spécialisé, fut-il nécessaire qu’un an ou deux, soit l’idéal — j’ai tout de même de bonnes raisons de croire que c’est de loin ce qui lui conviendrait le mieux, aujourd’hui. Je sais par contre que « Sans essayer, n’aucun succès » comme il est dit dans « La Demoiselle d’Avignon », et que le moins que je puisse faire pour ne pas gâcher ses chances futures est de lui proposer tout ce qui me paraît le mieux pour lui. Y compris si cela implique de bouleverser pas mal la vie qu’il mène aujourd’hui.

Le message entendu à de nombreuses reprises pendant cette journée est le suivant : « Il faut agir le plus vite possible, ne pas attendre, le temps ne joue pas en notre faveur ». Le temps propice aux apprentissages est limité, les possibilités de réinsertion dans le cursus ordinaire sont peu nombreuses, la demande est importante et l’offre est parfois insuffisante. Les mois et les années passent, et compte-tenu des difficultés rencontrées, elle vont finir par compter double. On admet qu’un enfant puisse faire un CM1 en deux ans, voire trois dans quelques cas très spéciaux, mais pourrait-il continuer comme ça, faire un CM2 en deux ans, puis une 6e dans le même délai ? Il aura atteint sa majorité bien avant d’avoir passé le brevet des écoles, s’il devait le passer ! Je préfère tenter le coup de pouce et espérer que cela lui permette de retrouver un rythme plus propice à des études ordinaires, même si celles-ci sont adaptées.

Notes

[1] Le détail de cette journée est indiqué sur cette page.

[2] Classe spécialisée à effectif réduit, 12 élèves maximum, regroupés en fonction de leurs handicaps, mentaux, visuel, auditif ou moteur, respectivement pour les CLIS 1, 2, 3 et 4.

Le spot télé d'Épilepsie-France

Je vous ai signalé la diffusion de ce spot il y a quelques jours ici-même. Maintenant qu’il a été vu et apprécié par des milliards de gens ébahis devant leur petit écran, je vous propose de faire de même sans quitter vos lecteurs de flux[1] ou vos navigateurs :

J’aimerais assez savoir comment vous l’aurez perçu, les uns et les autres.

Notes

[1] Il se peut qu’il n’apparaisse pas correctement dans votre agrégateur. Si c’est le cas, rendez vous sur le blog où vous pourrez le visionner.

Spot télé

Certains le savent, je fais partie d’une association qui milite pour améliorer le quotidien des personnes souffrant d’épilepsie et de leur entourage, Épilepsie-France. Un de nos adhérents a imaginé apporter une contribution et un soutien en tournant un spot télé et en obtenant de le faire diffuser par certaines grandes chaînes nationales. Ce spot est maintenant prêt, les autorisations idoines ont été obtenues — c’est un sacré challenge pour obtenir tout ça —, des créneaux de diffusion ont été accordés gracieusement par quelques chaînes[1] et la première diffusion aura lieu jeudi matin, le 17 décembre, sur i<TELE, quelques minutes avant 8h.

Affiche du spot télé d'Épilepsie-France

Personnellement je trouve ce spot assez marquant pour “frapper” les esprits même si je regrette que la voix féminine qui parle pendant quelques secondes en fin de spot soit un peu trop pathos. Je pense qu’un peu plus d’optimisme et d’énergie n’aurait pas nui au message. Je vous en laisse juges si jamais vous avez l’occasion de le voir[2].

Pour être plus précis, l’association dont je suis un des co-administrateurs n’a pas tant besoin d’argent[3] que de bonnes volontés et finalement de temps et de talents pour accomplir toutes les missions qu’elle souhaite engager, poursuivre et mener à bien. Comme il est dit dans le spot, c’est plus d’un demi-million de personnes qui sont directement touchées par cette maladie et on imagine facilement que cela doit bouleverser la vie de bien plus si l’on songe à la famille proche, à leurs amis, etc.

Je ne cherche pas à faire de ce billet un appel à don, adhésion ou bonne volonté. Je sais pertinemment que l’engagement de la plupart des gens que je côtoie au sein de cette association n’existe que parce qu’ils sont directement confrontés à cette maladie, que ce soit à titre professionnel ou personnel, ou par soutien vis-à-vis d’un des membres de leur famille ou de leur entourage. Je souhaite simplement profiter du peu d’audience que j’ai ici pour faire passer le message.

Notes

[1] Des pourparlers sont en cours pour obtenir sa diffusion sur d’autres canaux.

[2] Dans quelques jours, une fois que le spot aura été diffusé sur les ondes, je le publierai ici.

[3] Ceci dit, nous acceptons bien volontiers tout ce que vous voudrez bien nous donner ou nous léguer !

La maladie invisible

Je m'interroge depuis longtemps sur la place prise par toutes les œuvres et actions en faveur des affections graves, surtout celles des enfants. Qui n'a entendu parler du Téléthon, des myopathies, des scléroses en plaque ? Qui n'a entendu parler de la Leucodystrophie soutenue avec force par un célèbre footballeur ? Autant pour ces enfants-lunes qui ne peuvent supporter un rayon de soleil, autant pour les enfants autistes dont le comportement nous interpelle[1], ou bien encore pour ceux qui souffrent d'infirmité motrice cérébrale[2] ? Toutes ces maladies ont un impact immédiat car elles sont visibles, physiquement ou par le comportement. Toutes ces affections ont ceci de particulier qu'on peut les montrer et par conséquent susciter la compassion, l'empathie ou l'interrogation.

Il y en a d'autres, plus insidieuses parce qu'invisibles, qui ne profitent pas de ces médias. Je pense au Sida qui a perdu son aspect spectaculaire depuis que les thérapies — je ne suis pas sûr qu'on puisse les nommer de cette manière, plutôt les palliatifs — ont rendu ses effets moins sensibles ou en tout cas plus lents à se manifester. Qui ne se souvient de ces corps décharnés des premiers malades lorsque les médicaments n'existaient pas encore ? Depuis que les tri-thérapies sont là, depuis qu'on en meure — je me limite volontairement à nos régions car il n'en est pas de même partout sur la planète, loin de là — beaucoup moins ou disons plus lentement pour être exact, cette maladie a perdu son statut médiatique et il faut pour s'en convaincre regarder le faible engagement remarqué lors du dernier Sidaction.

Enfin, il y en a aussi, de moins sévères dans bien des cas, mais toutes aussi handicapantes, dont on ne parle pas. Le diabète, très peu, l'épilepsie quasiment pas, etc. Ces maladies n'ont pas la cote, et ne l'auront probablement jamais. Pas d'images spectaculaires à montrer, pas de sensationnel pour faire un sujet dans un journal, sauf bien sûr lorsqu'il s'agit d'expliquer un accident ou un comportement particulier. Jamais pour la maladie en tant que tel. Il y a bien quelques associations qui tentent d'organiser des actions, à minima pour faire connaître ces affections. Il y a quelques traces sur internet, ici ou là. Mais toujours rien de très marquant. Connaissez-vous une vedette, un personnage célèbre, quelqu'un qui ait une parole écoutée et respectée dans les médias, pour parler de diabète ou d'épilepsie ? Non, évidemment pas, ça n'est pas vendeur. Pas la peine de s'investir si il n'y a pas de retour sur investissement, pas assez de buzz dans le plan comm'.

C'est invisible donc on n'en parle pas. Il ne faut pas s'étonner du peu d'engagement des parties prenantes et du public dans ce cas. On préfère ignorer. On sait que ça existe mais on ne vendra pas du papier avec ça. D'ailleurs ce billet ne servira pas, ce n'est que quelques électrons bientôt transformés en photons sur quelques écrans et puis pffuitt, plus rien. Ni plus ni moins …

Notes

[1] Otir, à ce propos, nous en parle régulièrement.

[2] Je vous conseille d'aller faire un tour sur le blog de la très dynamique Catherine à ce sujet.

Les cons

[…] This go 'round, a group of griefers (assuming to be members of Anonymous) managed to invade a support forum established by the nonprofit Epilepsy Foundation and use JavaScript code and messages littered with flashing animations to effectively assault dozens of visitors who suffer from the disorder. […]

[Darren Murph (engadget.com) : « Hackers embed flashing animations on epilepsy support forum ».]

Pour les non anglophiles : un groupe de hackers a piraté un forum de discussion consacré à l'épilepsie pour y faire apparaître des animations très perturbantes et à même de provoquer des crises d'épilepsie à ceux qui sont photosensibles. Ce qui n'a pas manqué d'arriver !

C'est petit, c'est bas, et c'est dangereux car on ne sait jamais jusqu'où peut se prolonger un état de mal (coma, …) ! Ils n'ont vraiment pas mieux à faire ces connards ? Mais pourquoi ils ne s'attaquent pas entre eux ? Après tout, s'ils sont si forts qu'ils le prétendent le défi que cela représente est bien plus glorieux que cette attaque minable. J'espère — mais je ne me fait pas trop d'illusion la dessus — qu'ils seront repérés et traduits en justice.

Peine perdue

Il y a quelques temps j'évoquais la difficulté de la prise en charge de mon fiston à l'école où il se trouve en ce moment. Je disais entre autre que je ne trouvais pas légitime de la part du corps enseignant de déjà prévoir un redoublement alors qu'il n'offrait pas toutes les possibilités pour qu'on pallie les manques dénoncés (photocopies, …).

Lundi matin nous avons une nouvelle réunion pédagogique au cours de laquelle la directrice et l'institutrice de mon fils vont appuyer leur demande de redoublement afin qu'il acquiert de la maturité et qu'il apprenne à travailler plus vite. Cette fois elles auront probablement gain de cause car depuis quelques semaines il refuse tout travail à l'école et les devoirs plus le rattrapage du travail en retard est devenu un calvaire à la maison.

Ma femme s'épuise à essayer de lui demander un effort de quelques minutes et bien entendu cela se termine fréquemment par des cris et des punitions vu le peu d'enthousiasme qu'il met à la tâche. Nous nous sommes battus pour obtenir autre chose qu'un désintéressement de la part de l'école — et il a fallu remettre ça chaque année, convaincre, briser les réticences, assurer qu'il ferait un effort de son côté. Résultat nous nous trouvons dans une situation très inconfortable.

Je reste persuadé qu'il a les capacités d'apprendre s'il est accompagné correctement — et quand je dis ça je parle du cursus normal car les alternatives ne sont pas du tout adaptées à son état ou s'il elles le sont, les places y sont extrêmement rares. Il a besoin d'être un peu plus stimulé que d'autres mais possède l'intelligence suffisante à cela, on a pu le constater à de nombreuses reprises. Je ne suis pas persuadé qu'une année où il va refaire ce qu'il a déjà vu lui permette de prendre la maturité attendue. Je ne suis pas persuadé, le connaissant, qu'il accepte de refaire ce qu'il a déjà appris sans éprouver rapidement une lassitude. Je ne suis pas persuadé que ce ne soit pas une année perdue.

J'ai le sentiment d'un gâchis formidable mais je suis conscient du peu de moyens à notre disposition pour faire évoluer les choses. Je me suis engagé dans le domaine associatif pour essayer de faire un peu évoluer la manière dont ceux qui souffrent de cette pathologie sont intégrés et acceptés dans notre société. Là aussi il faut beaucoup d'énergie pour vaincre les inerties et peu de gens sont prêts à offrir spontanément du temps pour aider, y compris parmi ceux qui sont membres des associations. J'ai vu le fonctionnement de l'intérieur et la plupart des actions menées ne sont le fait que de quelques uns, toujours les mêmes d'ailleurs.

Je suis devant un choix difficile à faire, n'ayant que peu d'éléments pour décider, ne sachant pas ce que mon fils souhaite (ou ne souhaite pas) réellement. Nous lui offrons toute l'aide possible mais cela ne suffit pas et nous goûtons la limite de notre pouvoir dans ce domaine. Dois-je parier sur cette année, une sorte de pause pour lui permettre de souffler, avec les risques que cela comporte ? Dois-je au contraire refuser absolument le redoublement, sachant que cela ne sert généralement pas à grand chose ?

Quel avenir est-il en train de se construire, quel avenir est-il en train de se gâcher, quel avenir aura-t-il ?

Prise en charge des épilepsies de l'enfant

À propos de la prise en charge des enfants épileptiques (l'emphase est de moi) :

[…] Une fois les crises maîtrisées, une partie des enfants épileptiques vont pouvoir mener une vie quasiment normale. « Ces enfants doivent acquérir le maximum d'autonomie, insiste Claire Cachera, secrétaire générale de la FFRE. Car un des risques qui les guettent est d'être surprotégé par leurs parents anxieux. Une attention excessive peut amplifier les troubles de l'estime de soi, voire les dépressions que peut occasionner une maladie très mal connotée dans l'esprit des gens. » […]

[Le Monde.fr, édition du 20/02/2008 : « Les carences de la prise en charge de l'épilepsie chez l'enfant ».]

Il est en effet extrêmement délicat de trouver un équilibre entre ce qu'il faut absolument apporter à l'enfant et la part d'autonomie qu'il revendique ou qu'il nécessite, y compris si cela induit une évolution plus lente du point de vue des parents. Je suis le premier à me poser ce genre de question et très régulièrement. Un enfant évolue, ses demandes varient, il peut passer par des phases de découragement lorsqu'il se compare aux enfants de son âge. Beaucoup d'efforts et de fatigues pour parfois pas beaucoup de résultat. Il peut aussi passer par des périodes de fulgurances où il n'exprimera alors plus aucune nécessité de soutien.

Jusqu'où aider ? Jusqu'où faut-il parfois affronter le peu de soutien — voire même l'indifférence ou encore le déni — des personnes accueillant et encadrant ces enfants ? Et surtout jusqu'où l'enfant peut-il supporter d'être à ce point sollicité. Faut-il pallier toutes les déficiences lorsqu'elles existent ? Ou uniquement les plus importantes ? Et comment choisir en fonction de ses besoins, des impératifs de l'école, du peu de degrés de liberté qui existent pour adapter l'enseignement, de l'implication des adultes et des moyens disponibles ?

De nombreuses questions auxquelles nous nous efforçons de répondre jour après jour comme beaucoup de parents confrontés à ces problèmes — d'ailleurs pas uniquement posés par cette pathologie — et qui doivent trancher du mieux qu'ils peuvent. Notre société demande beaucoup et admet difficilement les écarts par rapport à la norme. Il est très compliqué d'améliorer durablement cette prise en charge. Cela demande des moyens, pas toujours accessibles. Cela demande de l'attention, cela demande des efforts qui viennent rompre parfois une routine confortable. Un sacré boulot que celui de parent, et quelle satisfaction d'être capable de ça !

PS : Merci à KaG de m'avoir signalé l'article.

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