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Feuilleton

TAG : nouvelle bloguesque

“Mélange savoureux de collection Harlequin, mâtiné d’un soupçon d’Agatha Christie et vaguement saupoudré de Nicolas Hulot, voici donc le futur prix Nobel de la littérature bloguesque, à n’en pas douter.

Allez, on reprend au début, avec les noms des coupables, puis on passera le relais à une prochaine victime. (comment je plains celle qui arrivera en bout de course, c’est peu de le dire)” : signé : les ménagères.

Un feuilleton construit petit à petit, en ricochant d’un blog à l’autre, qui sera le suivant ? En attendant de connaître ma victime, je rajoute une brique à la fin de l’histoire, juste après celle de Gilsoub qui m’a refilé le témoin …

Adossée contre un arbre, dans le square où elle s’est réfugiée, Suzanne rumine sa rancune. Même le soleil qui veut lui faire croire que tout va bien l’exaspère. Avec hargne, elle explose sa boîte de tic-tac sur le sol, et les points oranges et verts s’éparpillent dans mille directions.

Aude

En retard, sa meilleure amie est en retard. Comme toujours. Sa meilleure amie ? Suzanne commence à se poser la question. Pendant des années, Céline, la belle Céline l’a fascinée. Elle était son modèle, quasiment son icône. Suzanne essayait maladroitement de l’imiter en tout et en moins bien. Forcément. Céline était inimitable, elle le savait, et elle en profitait.

Manu

A l’image des deux fourmis qui s’affrontent sous ses yeux pour un tic-tac, Suzanne est consciente que l’une d’elles doit l’emporter. Et il se pourrait bien que, cette fois, ce soit elle la gagnante. Écrasant de l’index la fourmi la plus grande, elle se détend en imaginant le visage de Céline lorsqu’elle lui apprendra qu’Arnaud la quitte. Pour elle.

Virginie

Oui. Toutes ses pensées sont encore tournées vers la nuit dernière, moment magique où il la couvrait de ses baisers tendres, parcourant tout son corps, parcelle par parcelle, de sa langue langoureuse lui glissant dans le cou, de sa bouche charnue, lui mordillant les lèvres. Jamais auparavant, elle n’avait ressenti une telle sensation avec un homme, elle ne contrôlait plus son corps avec lui, elle lui appartenait. En repensant à ces moments sensuels et charnels, elle ressent un large frisson en ricochet sur l’intégralité de la surface de sa peau. Chaque minute passée à ses côté lui paraissent tellement courtes, mais l’heure n’était pas à celles des souvenirs, ni des bons moments, elle allait rentrer dans une ère de chamboulements. Son dernier tic tac rescapé fut brusquement explosé par sa mâchoire.

Gazelle

Le goût sucré de son dernier tic tac lui rappela sa folle nuit d’amour. Un frisson de plaisir parcourut son échine. Une douce torpeur l’envahit. Ses pensées furent brusquement interrompues par l’incessante vibration qu’elle sentait à l’intérieur de son jean. Son portable. Un nouveau message venait d’arriver. En voyant le nom qui apparut, son coeur se mit à battre la chamade. Jonathan, l’homme avec lequel elle vivait. A lui aussi elle devrait briser le coeur ce soir. Puis, en pensant à comment annoncer la nouvelle à celui qui venait, le matin même, de lui livrer la plus belle gerbe de roses thé, un autre message arriva. Arnaud. Elle appuya sur la touche Lire, puis ces mots apparurent : annule tout, je te quitte.

Angie

Deux ruptures dans une seule journée. Quitter et être quittée. Elle ressentait de la culpabilité à l’égard de Jonathan et du chagrin à cause d’Arnaud. Mais elle éprouvait également un vrai sentiment de libération. Elle pourrait désormais arrêter de jongler avec les emplois du temps et les mensonges. Elle pourrait exister autrement que dans le désir des autres. La liberté se paye souvent du prix de la solitude : elle le savait et était prête à payer. Cash. Elle envisageait avec volupté des journées d’insouciance et d’égoïsme, des nuits passées à apprécier le silence et à s’étendre en travers du lit. Se recentrer sur soi et ne plus se partager. Pour être, plus tard, de nouveau disponible. Pour qui ? Pour quoi ? Il était délicieux de laisser ces questions en suspens…

Madame Kévin

Soudain, elle aperçut la silhouette de Céline, dont le retard dépassait maintenant les vingt minutes. Je l’avais presque oubliée, pensa Suzanne. Qu’est-ce-que je lui dis maintenant? Que j’ai passé la nuit la plus merveilleuse avec son mec, mais que c’était purement sexuel donc no problem? Ou bien que son mec est vraiment pas un bon coup et que je le lui laisse, plus vache ça! Ou bien la gentille Suzanne va encore fermer sa gueule devant sa supposée meilleure amie, bougonna Suzanne, intérieurement, car Céline était déjà là devant elle : « Salut ma belle! » dit joyeusement Céline…

Sylvie

-”lut”, répondit Suzanne qui ne cachait pas son mécontentement. Pourtant, Céline n’y prit même pas attention, elle avait l’air ailleurs. Elle arborait un sourire béat et ses yeux pétillaient de mille feux.
Elle vint à la rencontre de Suzanne et ne s’excusa pas de son retard. Il est vrai qu’avec elle, c’était une habitude de ne pas arriver en temps et en heure, séduisante comme elle l’est, personne ne lui en tenait rigueur, il lui suffisait d’un regard pour effacer toute rancune.
-”Ben t’en fais une tête”, lança Céline.
Silence…
-”Allez, viens, allons nous promener”, dit-elle, tout en faisant demi-tour sur ses talons.
Par mégarde, en se retournant, Céline fit tomber une lettre de sa poche.
Suzanne qui lui emboîtait le pas s’abaissa pour la ramasser, et, en un coup d’oeil, elle vit l’adresse de l’expéditeur : Jonathan. SON Jonathan.

Good Girl

Son sang ne fit qu’un tour. Elle tira le papier hors de l’enveloppe et lu son contenu. Une simple phrase, quelques mots griffonnés à la hâte: “Il faut que Suzanne sache la vérité avant qu’il ne soit trop tard”.
Tout se mit à tourner autour de Suzanne, ses oreilles se mirent à bourdonner, des points noirs dansaient devant ses yeux et mille scénarios défilaient dans sa tête. Elle couru alors derrière Céline, l’attrapa pas le bras et l’obligea violemment à se retourner. Elle brandit la lettre sous ses yeux et lui hurla :
-” Tu peux m’expliquer? TU PEUX M’EXPLIQUER?”
Le sourire de Céline s’effaça immédiatement, elle pâlit et se mit à balbutier.
-”C’est… c’est pas facile à… à te dire… Ne m’en veux pas… Je n’ai pas eu le choix… Je devais le faire… Je devais…”
Et elle se mit à sangloter comme un enfant.
Suzanne n’avait jamais vu Céline dans cet état. Perdue, elle hésita sur la conduite à adopter. Consoler son amie ou la pousser à livrer ce secret qui semblait si terrible.<

Vanessa

Elle se sentait tiraillée entre la détresse de son amie, et ses interrogations devant ces mots “Il faut que Suzanne sache la vérité avant qu’il ne soit trop tard”. Elle ne voyait pas ce qu’ils pouvaient signifier, elle ne comprenait pas. Céline était-elle déjà au courant de leur petite aventure, à Arnaud et elle? Etait-ce un jeu entre eux? Ou alors l’état de Céline n’avait rien à voir avec la nuit qu’elle, Suzanne, avait passée à la trahir, et y avait-il alors un problème bien plus grave?
Suzanne prit le parti de consoler son amie, en se disant qu’elle ne parviendrait à en apprendre plus sur cette lettre que d’une Céline calmée. “Ce n’est sûrement pas si grave, tu sais… Tu peux m’expliquer, je ne te jugerai pas”, lui dit-elle. Elle n’était pas sûre de ses paroles. Elle ne savait pas où elle mettait les pieds. En même temps, elle avait elle-même été une amie plutôt imparfaite, dans la situation, donc elle n’était pas dans la meilleure position pour porter un jugement. Cependant, les larmes de Céline ne se calmaient pas, elle était secouée de sanglots, ne parvenait plus à parler. Suzanne était de plus en plus intriguée. Elle, qui, quelques instants plus tôt se réjouissait de sa liberté retrouvée, se sentait comme prise au piège, et elle ne savait même pas expliquer pourquoi.
Comme elle ne pouvait rien tirer de Céline, elle s’éloigna un instant. Elle avait besoin d’une explication. Elle sortit son téléphone, et appela Jonathan. Il décrocha quasi instantanément.

SpaCitron

« ah… j’allais t’appeler … » lui dit-il d’une voix sombre « on peut se voir ce soir? J’ai un truc à te dire… ». « Dis-le moi maintenant, j’ai prévu de voir Agathe ce soir, j’ai eu un mail d’elle tout à l’heure» répondit sèchement Suzanne. « A vrai dire … Agathe et moi voulions te voir … » « ça veut dire quoi Agathe et moi ? » demandait Suzanne, avec moins d’assurance. « Nous voulions te voir pour t’annoncer que nous allons nous marier … nous n’avons pas voulu le faire par téléphone, mais là je pense que je n’avais pas le choix … je voulais aussi te …» Suzanne avait déjà raccroché, mais son téléphone était resté collé à son oreille, puis glissé dans son sac, en même temps qu’une larme. Elle était incapable de réfléchir, elle sentait un vide autour d’elle. La main de Céline posée sur son épaule vint la tirer de ce vide, du coup, elle se sentait moins seule, presque rassurée à l’idée que Céline aurait encore plus mal qu’elle à l’annonce de cette nouvelle qu’elle ne voulait pas garder pour elle. « Jonathan vient de m’annoncer qu’il va se marier avec Agathe ». « Oui je sais » répondit Céline en caressant les cheveux de Suzanne, comme pour la consoler. Comme électrocutée par la main de Céline, Suzanne fit un bon en arrière. Elle ne comprenait plus rien, elle avait l’impression que tout basculait. « Oui je sais … je sais » lui assénait encore une fois Céline, « Mais alors la lettre, la lettre de Jonathan, qu’est ce que ça veut dire ? », « Nous avons juste eu une aventure, et on ne voulait pas garder ça par respect pour notre amitié, maintenant qu’il se marie avec Agathe et qu’Arnaud m’a demandé en mariage ce matin même ».

M1

- Mais quelle bande de pignoufs ! S’exclame Suzanne et sur ce, elle plante là cette chignarde de Céline.
Son instinct de survie l’emporte enfin sur toute émotion. Exit Arnaud le chaudard, exit Céline le faux jeton, exit Jonathan le goéland, exit Agathe la petite joueuse.
La brise lui chatouille les jambes. Du haut de son échafaudage un ouvrier la siffle gentiment. Suzanne accepte le compliment d’un sourire. Décidément, c’est une belle journée qui commence…

M.

« Son téléphone, vibre. Revibre. Et une troisième fois. Mais Suzanne ne regarde pas le nom qui s’affiche sur l’écran de son portable dernier cri. Elle préfère sourire, simplement mais durement. Dans sa tête, seul le mot vengeance résonne, vient taper contre sa boîte crânienne, à chaque seconde plus fortement, au fur et à mesure que son plan machiavélique se met en place.
Oui, c’est une belle journée. Car Suzanne sait, que quelque part, elle en sortira « gagnante» . Son amour pour Jonathan, Arnaud ou encore Céline (et même celui pour les tic-tac) s’est transformé en haine. Et maintenant, elle sait. Elle sait. Elle va le faire.
Arrivée au coin de la rue des roses, elle aperçoit, a LEUR table, au café « le petit noir» , Arnaud. Il est là. fidèle au poste. Et c’est par lui que son plan va commencer à se mettre en place.

« Salut Arnaud!»

Noisette

Et alors qu’Arnaud, l’objet de tous les désirs, le mâle tant convoité, le Tic-Tac ultime, se retournait à l’appel de son prénom, celui que Suzanne aimait tant entre, murmurer, crier sur ou sous l’oreiller, elle réalise non seulement qu’elle aurait dû refuser le plat du jour ce midi à la cantine, la petite tomate farcie à l’ail de Garonne, mais encore qu’une jeune et jolie brunette sort du “Petit noir”, et enlace le cou d’Arnaud, avant de déposer un baiser suggestif au creux de son oreille. Elle sait qu’Arnaud ne répond plus de rien quand il a une langue fourrée jusqu’aux portes de son tympan.

zette

La scène qui s’offrait à Suzanne fut d’une jouissance extrême, puisque la première vengeance lui fut servie sur un plateau…
En effet, le barman qui venait de servir la table d’à côté, se retourne, et…
Voit sa dulcinée, qu’il croyait être sienne pour la vie, en train de ramoner l’intégralité du système otorhino-laryngologique du bel Arnaud. Le sang de ce vaillant Umberto ne fit qu’un tour, il asséna un grand coup de plateau sur la nuque de sa belle brunette Tatiana.
Sous le choc, les dents de Tatiana ont suivi le même chemin que les tic tac de Suzanne, toutes par terre, sauf une, qui se greffa, tel un percing sur le “pavillon” gauche ( ben oui, celui du coeur…) d’Arnaud.

Kalashnikole

D’un geste rapide, elle dégaina son IPhone 3GS, et en deux clics, discrètement, photographia à la fois le baiser auriculaire torride, et la riposte au plateau du barman, qu’elle se garderait au frais, pour le cas où…
Un autre clic, et la première photo fut postée sur twitter, et sur son wall Facebook, et pour être certaine de ne pas louper l’affaire, en mail à Céline.
Arnaud ne peut être à moi ? Il ne sera en tout cas pas à elle.
“je suis ta meilleure amie”, disait le mail, “tu comprendras que je ne pouvais garder sous silence que ton mec te trompe, le jour même où il te demande en mariage”.

Ah ! Qu’elle était retorse, pensa t’elle.
Et complètement salope, aussi.

Dom des Ménagères

Juste à côté de la table ou Arnaud se massait désormais l’oreille gauche, cherchant à en extraire la dent, l’homme brun réprima un petit sourire.
Bel homme, un peu trop bien habillé quoique décontracté, il ne laissait pas les femmes indifférentes et croisa le regard de Suzanne qui venait de commettre son forfait et qui rougit légèrement. Elle lui plaisait décidément bien cette petite… Dommage… ou bien ?

Car Dimitri n’était pas n’importe qui : membre de la mafia russe, il avait pour habitude de régler les problèmes des autres à coup de révolver ou d’accidents fâcheux, avec une nette préférence pour le décrochage de l’ascenseur, ce qui l’ennuyait bien dans la résidence pavillonnaire où il sévissait actuellement en situation de pré-opération commandée.
On le payait fort bien pour son job et il vivait plus qu’à l’aise.
En tous cas, la mère d’Arnaud qui voulait garder son fils pour elle toute seule, et uniquement toute seule, payait très très très bien…
Et c’était une femme qui avait le bon goût d’avoir un compte en banque aux Iles Caïman ! Comme lui…

Gentille sorcière

Et personne ne pouvait soupçonner combien Mme Mère, la mère d’Arnaud avait un esprit machiavélique. Dimitri n’était pas seulement payé pour faire un éventuel “ménage” !
Elle le payait aussi pour espionner Arnaud, travail facile pour Dimitri, puisque qu’Arnaud ne savait pas résister à la tentation, mais elle passait également son temps à lui envoyer des “tentations” à son fiston !
Il y avait les “vraies”, Céline, Suzanne. Puis les fausses comme Tatiana, des petites minettes payées par Mme Mère pour allumer Arnaud, ce qui n’était pas bien difficile. Dimitri prenait des photos, montait des dossiers.

Mais ça ne s’arrêtait pas là : Mme Mère comptait bien sur autre chose, son rêve était que toutes ces femmes qui voulaient lui voler son fils, finissent par s’entretuer entre elles, bon débarras ! Et elle en sortirait blanche comme neige, gardant son fiston sous sa coupe. Et qui plus est, elle ferait l’économie du tueur à gages, le fameux Dimitri, radine quand même, la vioque !

Dimitri était chargé de surveiller tout ça, et d’intervenir au cas où les demoiselles ne faisaient pas bien le ménage entre elles. Et il connait la vie Dimitri, il sait bien que Mme Mère rêve un peu trop, qu’il faudra bien qu’elle en passe par lui et ses ascenseurs, et qu’elle s’occupe de remplir son compte aux iles Caïmans !

Pauvre Mme Mère !

Elle ignorait que ce petit jeu allait se retourner contre elle !

Louisianne

Le visage de M. Jean était fermé, le regard fixe. Il était en colère, froide la colère, calme, la pire. Fidèle à sa réputation, il allait y avoir du grabuge. Le ministre lui avait tapé sur les doigts, et ça, il n’aimait pas. Pas moins de trois chefs de service convoqués, et là-bas, dans un coin, M. Paul, dit l’Ange Gabriel, accidentologue de profession, responsable des opérations spécial. Son boulot ? Prouver que le SAMU arrive toujours trop tard ! Et quand M. Paul est convoqué, certains peuvent préparer leurs testaments.

M. Jean se tourna vers la pulpeuse Angélique et la regarda dans les yeux, non sans avoir d’abord détaillé son avantageux décolleté. Déformation professionnelle.

« Faites les entrées… »

La jolie blonde se leva et d’un joli balancement de hanche alla ouvris la porte. Tatiana, lèvre tuméfiée, nez explosé, avait perdu beaucoup de sa superbe. Elle s’avança, suivie de prêt par Arnaud, un pansement sur l’oreille qui lui valut le surnom de Van Gogh. Dans ce métier tout le monde avait un surnom !

M. jean regarda son monde et commença :

« Ce matin, j’allume mon ordinateur, et voici ce que je vois… »

Il appuya sur une télécommande, et une image apparut sur le mur. La qualité n’était pas très bonne, certes, mais l’on reconnaissait sans erreur Arnaud et ce qui fut la belle Tatiana, le coup de plateau fatal, et une dent qui volait. Pas très long, mais suffisant pour être embarrassant.

« Comme vous pouvez le voir, nous comptons des amis toujours prompts à nous renseigner sur notre personnel. Cette petite vidéo est un envoi spécial de Monsieur le premier Ministre ! Messieurs, Madame, je pense que depuis le Rainbow Warrior, les services secrets français n’ont jamais été aussi ridicules ! M. Arnaud, je vous envoie enquêter sur un russe mafieux, pour voir si par hasard ce ne serait un agent ennemi à la cause de la France, et vous vous prenez pour James Bond en mettant chaque soir une femme différente dans votre lit… »

Tatiana regarda Arnaud d’un air surpris, il esquissa un petit sourire en haussant les épaules d’un air gêné. La claque lui arriva droit sur ce qui lui restait d’oreille. « Salaud » murmura-t-elle sèchement .

« Calmez-vous, Tatiana, j’en arrive à vous. Alors là j’avoue que c’est très fort. On vous demandait juste de découvrir qui était cette nouvelle madame Claude qui commençait à sévir dans la haute société, et là, le nom que vous me donnez ne cesse de m’interpeller. Et je viens de comprendre. Il s’agit de votre mère, Arnaud ! Pire, il semblerait que cette dernière vous fournisse du bétail à votre insu, puisque que je vous retrouve dans les bras, ou plutôt dans la tête de la charmante Tatiana, elle-même petite amie de notre mafieux que vous êtes censé surveiller. D’où le coup de plateau salvateur ! Pour finir, ce cher Dimitri, puisque tel est son nom est en rapport régulier avec votre mère »

Décrire la tête d’Arnaud est quelque chose d’impossible, malgré sa richesse, la langue française ne possède pas l’adjectif adéquat ! Une espèce de statue de sel, figé la bouche ouverte…

« Ah oui ! je comprends, cela fait un choc… M. Paul ! Dimitri, nous à faits cadeau de cette petite vidéo, va donc le remercier » ce faisant, M. Jean passa son doigt sous son menton. M. Paul acquiesça…

« Quant à nous, nous allons nous intéresser au cas de Madame Arnaud mère, d’une certaine Suzanne qui a pris la vidéo et d’une Céline dont je voudrais bien savoir qu’elle est son rôle… »

Gilsoub

Tout le monde était en train de ressortir lorsque le téléphone posé sur le bureau du Premier ministre sonna. « Oui, … bien sûr Monsieur le Président, …, je m’en occupe immédiatement, mes respects Monsieur le Président. » dit-il avant de raccrocher. « Attendez ! Il y a du changement. » cria-t-il à ceux qui étaient en train de passer devant l’huissier qui tenait la porte ouverte. Chacun repris plus ou moins la place qu’il avait avant d’être renvoyé et curieux de connaître la raison de ce revirement observait avec attention le ministre qui fouillait dans ses tiroirs. « Mais où ai-je bien pu mettre cette foutue note ? » répétait-il sans cesse. « Ah ! La voilà, alors… » et il commença à lire celle-ci après avoir chaussé ses lunettes qui lui donnait un regard de taupe.

Sur ce rebondissement je propose à Jathénaïs de poursuivre …

Ma voisine

J’ai une voisine, je vous ai pas dit ? Une voisine un peu spéciale. Elle a pas l’air d’être méchante, non, juste elle est un peu spéciale. Comment dire, elle a une drôle d’habitude, à quelques moments de la journée où elle ouvre en grand ses fenêtres, et, alors qu’elle doit probablement regarder la télé — mais ceci n’est qu’une supposition gratuite de ma part et sans guère de fondement — elle se met à commenter largement ce qu’elle y entend. Tout est prétexte à déblatérer, crier, hurler, à tout le quartier, car non contente d’avoir une gouaille particulièrement prononcée — son accent typiquement parisien y joue probablement pour pas mal — elle possède ce que d’aucun appellerait un joli coffre !

Voyez plutôt ces quelques exemples tirés un peu au hasard car elle a du stock :

« T’as de la cellulite ?
— Oui, derrière l’oreille ! »

« Il a trouvé une blondasse avec un gros cul. »

« T’as mis ta culotte ? »

Jamais ordurier, parfois grossier. Elle a l’air de posséder une culture très ancrée dans le passé — je l’ai entre-aperçue une fois et je lui avais donné entre quarante et cinquante ans, la fois suivante plutôt la soixantaine bien tassée —, connaît les classiques d’une autre époque, ceux de l’entre-deux guerres ou juste après la grande dernière. Il me semble l’avoir entendue chanter du Piaf ou bien encore quelques refrains de chansons de Jacques Brel.

Mais ce n’est pas tout. Alors qu’une célèbre chanson d’Alain Bashung passait à la radio poussée à fond pour que l’immeuble en profitât aussi elle a eu ce dialogue à deux voix en prenant soin de changer légèrement d’intonation entre les répliques, à tel point que je me suis demandé si elle était seule ou pas — en fait elles ont l’air de bien s’entendre elle et sa copine schyzo :
« Il est mort ?
— Qui ?
— Bashung !
— Oui. »

Encore très récemment on a entendu très distinctement le slogan suivant, slogan qui était un des best-of du défilé du 1er mai dernier[1] :
« Tous ensemble, tous ensemble ! »

Et c’est comme ça, tous les jours ou presque lorsqu’elle peut ouvrir ses fenêtres. Ça peut durer une heure, une heure et demie. Pendant un temps je me suis demandé si elle n’était pas une ancienne habituée de l’hôpital situé tout près de chez moi, celui spécialisé dans les pathologies mentales, le bien connu hôpital Sainte-Anne. Peut-être que son état ne nécessitait plus qu’elle soit à demeure là-bas et qu’elle pouvait dorénavant loger ailleurs. Évidemment je me suis dit qu’une personne devait passer la voir tous les matins et que c’était la raison pour laquelle son spectacle s’arrêtait, mais comment être sûr ?

Comme je disais au début elle n’a pas l’air d’être méchante, juste un peu intrusive dans nos calmes silences, mais que faire sachant qu’elle ne doit même pas se rendre compte de la nuisance dont elle est l’origine. Un jour, un voisin excédé lui a crié « Ça suffit ! Tu n’es pas chez ta mère ! ». Curieuse phrase qui a pourtant eu l’effet escompté. On ne l’a plus entendue de la journée. Ce n’est que le lendemain matin qu’elle a repris son rituel.

Finalement elle met un peu d’animation dans mon quartier et je ne lui en voudrais pas plus que ça si elle ne commençait pas sa représentation à cinq heures trente tous les matins !

Notes

[1] On me glisse à mon oreille que ce slogan est en fait particulièrement vieux, presque quinze ans ! Mazette, moi qui pensait qu’il était tout neuf.

Marabout

Il était assis là, sur ce banc de bois vert qui longe la résidence, par loin de chez moi, juste au droit de l’arrêt du bus. Grand, les cheveux crépus, un grand boubou vert foncé et largement brodé d’où sortent deux interminables jambes drapées de blanc. Une paire de chaussure de ville bon marché, des chaussettes noires, presque aussi noires que sa peau qu’on distingue sur quelques centimètres. Étrange camaïeu de noirs.

Il parlait avec animation, le téléphone portable vissé à l’oreille. Une affaire urgente à en juger d’après les quelques mots français qui émaillait sa discussion dans un dialecte inconnu de moi, probablement africain mais qui sait. « C’est garanti, je vous assure ! » disait-il avec un accent prononcé. « En premier ou en deuxième position, pas plus, sinon vous ne me devez rien, juste les frais de dossier. » insistait-il d’une voix forte. Visiblement son interlocuteur se faisait prier pour conclure l’affaire.

Satisfait ou remboursé, c’était marqué sur les flyers qu’il avait posés à côté de lui, dans une veille mallette ouverte. Accompagné bien sûr de la petite étoile de rigueur. J’étais placé trop loin pour vérifier la mention écrite en minuscules caractères tout en bas, mais ce devait être probablement une formule du genre : « Une somme forfaitaire de 1000 euros par dossier sera retenue sur toute prestation pour frais de gestion. » ou quelque chose d’approchant.

J’ai failli m’approcher pour lui poser ma question, la question qui me taraude depuis longtemps déjà et puis je me suis ravisé, à quoi bon. Lui non plus n’aurait pas la réponse, qui pourrait bien l’avoir sachant que j’étais le seul susceptible de la découvrir. Le bus est arrivé pendant que je reculais de quelques pas. J’ai observé le manège des montées et des descentes distraitement et le bus est reparti, sans moi. Il n’a pas jeté un œil autour de lui pendant tout ce temps. Il manipulait un collier constitué de grossières billes de verre de couleur. La tête baissée, le téléphone toujours coincé entre l’oreille et son épaule.

J’avais un problème. Comment lui faire lâcher prise. Comment faire en sorte qu’il redresse la tête mais sans la retourner vers moi qui me tenais à quelques mètres derrière lui. Un cri d’enfant m’avait sorti de cet épineux problème. Il avait tourné la tête pour voir d’où venait ce bruit et le téléphone était tombé entre ses deux jambes, sur le tissu quasiment tendu de son boubou. Il avait observé un moment la scène puis s’était retourné, avait fouillé un peu dans sa mallette pleine de papier et avait repris sa position d’origine, le dos droit, appuyé sur le dossier du banc, les jambes écartées et tendues vers le caniveau. Le téléphone était toujours au même endroit.

Je me suis approché doucement en sortant de ma poche le mince cordon en nylon que j’avais préparé. Les deux extrémités recouvertes de ruban adhésif pour éviter de se couper. J’ai entouré mes mains et j’ai tendu le fil. Tour du cou, serrer, fort, tenir, attendre et compter. Jusqu’à trois fois soixante au moins. C’est long surtout en plein jour, avec du passage aux alentours, les voitures, les passants. Mais finalement on est mieux cachés dans la pleine lumière de la ville anonyme qu’au coin d’un porche sombre. Il a rendu son âme, ses secrets, ses formules magiques, ses incantations qui ne servaient qu’à plumer le pigeon. Je le sais de source sûre, il m’avait promis le retour de l’être aimé. Ceci dit il avait eu raison, elle était revenue, mais simplement pour venir chercher les affaires qui lui restait. Ensuite elle était partie, définitivement partie.

Marabout. Bout de ficelle… au suivant !

Oliv et le bateau - Épilogue

La petite histoire d'Oliv et le bateau est finie depuis quelques jours et j'aimerais aujourd'hui savoir si vous y avez remarqué quelque chose de particulier ?

Pour vous aider, je remets ici la liste des épisodes successifs :

Oliv et le bateau - Retour

Lire le chapitre précédent


Les travaux d'agrandissement avancèrent à grands pas comme Pépin, Anda sa femme ainsi que Bi et Xa leurs deux garçons étaient venus tous les matins très tôt pour aider à la tâche. Trois semaines plus tard, tout était fin prêt. Prenant exemple sur une autre légende de pirate et de flibuste racontée par le sage, ils avaient choisi de transformer le bateau en un catamaran dont chacun des flotteurs contenait suffisamment de place pour toute une famille. Dix personnes au moins pouvaient y tenir à l'aise, sans compter la place disponible dans la cale pour les provisions, les voiles et le reste du matériel.

Pépin avait proposé un endroit près du port des murènes pour stocker le matériel, juste à côté de la petite maison qu'il louait depuis leur arrivée. Il avait aussitôt trouvé du travail comme aide-forgeron et Anda servait et cuisinait depuis peu dans une auberge du vieux port. À eux deux, ils avaient commencé à mettre un peu d'argent de côté pour payer le voyage du retour, sitôt qu'ils auraient trouvé un navire marchand en partance pour chez eux. Ils avaient rapidement eu le mal du pays et leurs enfants n'avaient de cesse de se plaindre des cousins et des amis perdus. Leur maison était accolée à une vieille grange pleine de poussière qui appartenait au forgeron qui la leur prêtait bien volontiers.

Quelques jours auparavant, Pépin avait décidé de reconstruire un bateau à peu près identique au premier d'Oliv — il en avait gardé une bonne mémoire des plans et de sa construction — lorsqu'il avait entendu parler de leur arrivée dans le village au pied de la montagne. À la description faite par le marchand de potions qui venait justement de là-bas , il avait compris qu'il ne pouvait s'agir que d'Oliv et de ses compagnons. Comprenant qu'il avait trouvé une occasion de retourner vers chez eux en bonne compagnie, il avait décidé que ce n'était que partie remise et qu'il construirait alors ce nouveau bateau, une fois revenu, et qu'il le donnerait à ses deux enfants pour qu'ils puissent commencer à travailler en pêchant ou en plongeant ramasser des éponges, des coquillages ou des perles.

Enfin, le grand jour du départ était arrivé ! La maison avait été rendue au forgeron, qui, pour leur souhaiter un bon voyage, avait tenu à leur fabriquer une belle ancre munie d'une longue chaine. Celle-ci étincelait au soleil levant sur le pont alors que Lo venait juste de la remonter. Tous les habitants du quartier étaient venus les saluer avant le départ pendant que tous les elfes s'occupaient aux derniers préparatifs. Soudain, la foule se fendit et apparut alors le vieux sage qui s'avança jusqu'au bord du quai. Quelques murmures jaillirent ici et là et puis finalement le silence s'installa.
« Soyez prudents ! L'océan recèle bien des dangers dont vous n'avez pas idée, mais je vois que votre embarcation est taillée pour les affronter.
– Pas d'inquiétude, répondit Oliv, nous ferons attention et nous ne forcerons pas l'allure au delà de ce qui est raisonnable.
– Oui oui, je sais … rétorqua finalement le vieux nain tout en hochant la tête en se retournant après avoir salué l'équipage d'un signe de la main. »
Oliv le regarda traverser la foule dans le sens inverse avec un petit pincement au cœur car il avait fini par se prendre d'affection pour ce vieillard un peu bourru qui savait tant de choses. Il était temps de partir, enfin. Les amarres furent libérées et le bateau commença à s'éloigner du quai doucement sous l'effet de la légère brise qui soufflait ce matin. Il voguèrent ainsi, jusqu'au passage après la jetée, suivis de loin en loin par quelques enfants qui s'amusaient à les accompagner.

La traversée se passa sans encombre, sous l'effet des vents réguliers présents à cette époque de l'année. Il ne croisèrent qu'un navire de haute mer, qui faisait commerce d'huiles et d'épices et qui se rendait visiblement vers l'île qu'ils venaient de quitter. Au bout de quelques jours, ils arrivèrent enfin en vue de la plage de leur village. Le bateau dont les voiles avait été amenées finit de glisser sur son erre jusqu'au moment où les deux coques s'enfoncèrent doucement dans le sable et stoppèrent alors l'équipage. Ils étaient enfin de retour en cette belle fin d'après-midi ensoleillée !

Petit à petit ils débarquèrent leurs bagages, les quelques vivres qui leur restaient encore et les nombreuses caisses et tonneaux de produits rares qu'ils comptaient bien négocier à leur justes valeurs dès le lendemain. Ils avaient imaginé de faire la traversée plusieurs fois dans l'année pour organiser un échange entre leur village et l'île des nains. Ils pensaient avoir de quoi faire vivre largement tous les compagnons de cette aventure. Peu de temps après avoir fini, une silhouette s'avança vers eux dans le contrejour formé par le soleil couchant. Soudain, alors qu'elle n'était qu'à quelques pas, Oliv la reconnut :
« Zébulon ! C'est toi Zébulon ! Comme je suis heureux de te revoir, enfin !
– Alors ? Ce voyage ? Ce trésor ? Raconte-moi Oliv ! Répondit Zébulon en donnant l'accolade au petit elfe. »
Oliv lui fit le récit en détail de son périple, complété quand il le fallait par Pépin lorsqu'il s'agissait d'expliquer telle ou telle partie de son propre voyage et ils passèrent ainsi quelques heures à discuter. Oliv lui parla du vieux sage rencontré là-bas, de la grotte et du tunnel, des légendes qu'il avait apprises et qu'il lui raconterait bientôt.

Au bout d'un moment, Oliv se tut et Zébulon reprit la parole :
« Tu ne m'as rien dit sur ce trésor Oliv ! As-tu découvert ce que tu cherchais ?
– Non ! Répondit Oliv, mais j'ai trouvé bien plus que ça et je l'ai ramené avec moi ! Les voilà tous autour, leur amitié est la plus belle des récompenses que je pouvais trouver !
– Hé hé, dit Zébulon avec un large sourire, je suis heureux de voir que tu as finalement grandi un peu ! Je savais que Vigo saurait te montrer un peu la voie !
– Vigo ? Demanda Oliv.
– Oui ! Un très vieil ami, qui se trouve être le chef du village des nains, là où tu étais ! Vigo le pirate est son nom, et sa sagesse est bien plus vaste que la mienne ! »

Sur ces mots, le vieil elfe les salua et repartit dans sa maison pour profiter enfin d'un repos bien mérité après cette mission que lui avait confiée, avant de disparaitre, le père d'Oliv.

Oliv et le bateau - Légende

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Les quatre jeunes amis purent se restaurer à volonté dès qu'ils furent installés sur la longue table qui se trouvait à l'angle de la petite auberge. Visiblement le vieux sage devait être une personne importante car dès qu'il fût entré dans la pièce, un silence religieux s'installa et le patron, un vieil homme tout ridé et encore plus petit que lui se présenta avec déférence :
« Maître ? Si vous voulez bien prendre place à cette table, c'est la meilleure de ma modeste maison !
– Venez les amis, dit le nain en se tournant vers les garçons qui passaient à peine par la porte d'entrée tellement celle-ci était petite et étroite, venez vous restaurer !
– J'apporte à boire et à manger sans délais, continua le patron de l'estancot avant de repartir à vive allure vers sa cuisine.»

Ils burent et mangèrent tous autant qu'ils purent, tellement que l'assistance qui avait fini par reprendre ses discussions les observait maintenant sans dire mot. On entendait parfois un murmure qui disait « Vous avez vu comme ils sont grands et forts ? », ou bien encore « Mais à ce train là ils vont épuiser les réserves de ce pauvre Agmar ! ». Agmar, le propriétaire de l'endroit, s'affairait sans relâche pour fournir de quoi boire et manger à la tablée. Pendant ce temps, ayant bu une gorgée d'un liquide ambré servi dans un petit verre étroit, le vieux sage les observait en silence. Soudain il prit la parole de la même voix grave qu'auparavant :
« Alors dites-moi ! Pourquoi êtes-vous venus dans cette île ?
– Et bien on nous avait parlé d'un trésor caché que personne n'avait encore trouvé et un vieil elfe nous a indiqué l'endroit ! Répondit Oliv qui venait de terminer son assiette et qui était en train de replonger la louche dans la marmite fumante qui se trouvait devant lui.
– C'est un long et périlleux voyage, l'océan recèle quelques dangers, surtout à cette saison, mais surtout la montagne n'est pas sûre, depuis longtemps, personne ne vous a donc mis en garde auparavant ?
– Non, continua Oliv, et puis je voulais vraiment découvrir ce pays qu'on disait étrange ! »

Le vieux nain hocha alors doucement la tête puis commença à leur raconter l'histoire de la grotte et du tunnel :

C'était il y a bien longtemps, beaucoup plus longtemps que les anciens peuvent se souvenir, beaucoup plus ancien que les anciens des anciens ont pu leur raconter. Une époque si éloignée que les pierres l'ont oubliée. En ce temps là, cette île était inhabitée, pourtant elle ressemblait à ce que vous avez pu rencontrer en venant par ici. Seuls de nombreux animaux, certains très étranges et qui ont disparu depuis, occupaient la partie centrale à l'abri des nombreuses tempêtes qui venaient frapper la côte.

Un jour de grande tempête, un bateau échoua sur la grève. C'était une sorte de grande galère, munie de rames et d'un mât imposant mais qui n'avait pas résisté à la violence des vents. Les rames, qui avaient été rangées en soute au début de la tempête, flottaient maintenant dans le fond. Seuls deux couples de nains, de la région de Muldhryn — les grandes montagnes du nord —, étaient encore vivants sur le pont lorsque le bateau s'enfonça finalement dans le sable. Ils récupérèrent ce qu'ils purent dans le bateau et s'enfoncèrent alors dans la forêt pour se trouver un abri. Peu à peu, il finirent par construire une maison, puis une seconde, eurent beaucoup d'enfants et la vie s'installa alors au centre de cette île, sur le versant nord de la montagne Mordrée.

Un jour, bien plus tard, alors que les premiers naufragés avaient depuis longtemps disparus, un autre bateau quasiment identique à la première galère, s'échoua de la même façon après une violente tempête. Dans celui-ci, deux nains seulement avaient réussi à survivre en buvant un peu d'eau de mer et en économisant le rare poisson séché qu'ils avaient emporté. Ils trouvèrent rapidement le village qui avait grandi peu à peu depuis la première maison qui servait maintenant de salle commune et de spectacle. Seulement ces deux gaillards — ils dépassaient largement d'une tête le plus grand des habitants de l'île — ne voulaient pas se soumettre aux règles et coutumes de l'endroit. Au bout de quelques mois, ils décidèrent de partir s'installer ailleurs accompagnés de quelques malheureux crédules qui avaient la boisson facile. C'est ainsi qu'un deuxième village fut bâti de l'autre côté de la montagne Mordrée, sur son flanc sud.

Les années passèrent ainsi, et chaque village fini par ne plus penser à celui qui se trouvait de l'autre côté. Jusqu'au jour où Loïc-le-Noir, un des plus forts nain du sud qui était devenu naturellement leur chef, décida de faire la guerre à l'autre village pour s'accaparer leurs femmes et leurs enfants pour en faire des esclaves et pour dérober tous leurs trésors. La bataille dura des années, pendant lesquelles les chefs se succédèrent et ou tantôt l'un, tantôt l'autre village gagnait terrain et avantage. Nombreux furent les morts et les blessés et tous les métaux finirent par être fondu pour fabriquer lances, épées, boucliers et grenades. C'est pendant ces sombres temps que la grotte de Mont-Quatre fut creusée pour abriter des munitions et des armes. C'est aussi à ce moment là qu'un des chefs du village du nord prit la décision de creuser un tunnel à travers la montagne pour surprendre le village ennemi. Il ne fut jamais terminé car des évènements étranges s'y produisirent, provoquant paniques et grandes peurs dans tout le wallon proche. On l'appelle depuis le tunnel du Wallon-Peureux.

Finalement, il y a quelques siècles, les nains du sud et du nord finirent par oublier la raison de leur conflit et découvrirent qu'ils n'avaient aucune raison de s'en prendre aux autres, et deux sages de chaque village furent désignés pour négocier la paix. Les débats ne durèrent pas une minute car à peine s'étaient-ils assis qu'ils partirent tout les deux dans un grand fou rire qui se propagea à toute l'assemblée. Les armes, les boucliers, les munitions et les fortifications furent détruites — on n'en trouve quasiment plus aucune trace de nos jours — et un grand commerce s'installa entre les deux contrées.

Voilà l'histoire qui s'est propagée d'oreille de nain à celle de marin, de celle de marin à celles des elfes et qui a probablement été beaucoup enjolivée au passage. S'il n'y a qu'une leçon à retenir de cette légende — car on ne sait plus aujourd'hui si tout cela s'est réellement passé — c'est qu'il vaut mieux se garder des envies trop pressantes et prendre plutôt soin de ses amis !

Sur ces mots le vieux nain se leva, les observa tous un après l'autre, hocha la tête doucement et ressorti de la taverne. Les quatre garçons le regardèrent partir en silence. Quelques minutes passèrent ainsi, pendant que chacun se remémorait ce que venait de dire le vieux sage.

Soudain Oliv attrapa son verre, le vida d'un trait, le reposa et dit à ses compagnons :
« Vous savez ? Je ne crois pas que je vais rester sur cette île. Je vais rassembler qui voudra et nous armerons de nouveau le bateau qui nous a emmené jusqu'ici. Je veux retourner chez moi, au pays des elfes.
— Je viens avec toi, dit aussitôt Tor qui venait lui aussi de vider son verre.
— Alors dans ce cas, donnes-nous tes ordres, nous te suivrons, dit Lo en tendant sa main à Oliv, aussitôt imité par Bul …
— Et nous alors ? Pouvons-nous nous joindre à vous pour le voyage du retour ? Tonna une voix à l'entrée de l'auberge … »
Oliv se retourna d'un bond et reconnut son ancien compagnon de sa première tentative, Pépin lui-même, qui arborait un grand et large sourire.

Les deux hommes s'embrassèrent, heureux de se retrouver enfin et passèrent ensuite un long moment à raconter leurs aventures. Après plusieurs heures animées, où ils burent encore et mangèrent comme des ogres, ils finirent par tomber d'accord sur la meilleure façon de rentrer chez eux. Rendez-vous était pris dès le lendemain, à l'aube, pour commencer les travaux nécessaires à l'agrandissement du bateau. Il y avait du travail pour tous pour en faire un navire suffisamment grand et solide pour emporter tous les amis et ce qu'ils souhaitaient ramener dans leur pays.


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Oliv et le bateau - La grotte et le sage

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La nuit fut agitée pour les quatre compères et c'est avec quelques courbatures qu'ils se réveillèrent à l'aube le lendemain matin. Ils s'étirèrent en silence autant qu'il purent pour masquer leur embarras puis rangèrent silencieusement leur affaires. Oliv prit alors la parole :
« Nous allons marcher un peu, pour trouver un point haut un peu plus loin et nous nous restaurerons à cette occasion !
– Quelqu'un veut un peu d'eau avant que je la range ? Reprit Bul, affairé auprès de ses affaires.»
Personne ne répondit et Bul finit par ranger son outre puis décrocha la provision de poisson pêchée la veille et s'engagea derrière ses trois autres compagnons qui avaient pris le chemin vers la montagne.

Ils marchèrent ainsi pendant deux heures avant qu'Oliv finisse par s'arrêter en montrant un éperon rocheux un peu plus loin. « Nous allons nous reposer là-bas. » dit-il en le montrant du bout du bâton qu'il s'était confectionné avant de partir. Nul ne dit mot et ils se dirigèrent vers l'endroit en écoutant seulement les bruits étranges des animaux de la forêt. Peu à peu la végétation se clairsemait et il finirent par sortir en terrain complètement découvert. Ils stoppèrent alors et posèrent enfin leurs sacs. Sur leur gauche on pouvait observer une longue vallée étroite au bout de laquelle on distinguait vaguement quelques constructions. Comme de grands silos à grains surmontés d'une étrange tour étroite. De la droite, une rivière descendait doucement alimentée par une chute d'eau assez haute. Devant eux, enfin, les premiers contreforts de cette montagne qu'ils voulaient atteindre. On voyait très distinctement, à quelques centaines de mètres de haut, une ouverture plutôt étroite. Ils avaient devant eux l'entrée de la grotte tant cherchée et redoutée à la fois !

Lo regarda l'entrée, en haut, puis se retourna vers ses compagnons :
« Vous ne pensez pas montez là haut j'espère ? On devrait se diriger vers les grandes constructions là bas au fond de la vallée. On y trouvera certainement quelqu'un pour nous renseigner.
– Pourquoi perdre tout ce temps ? Répondit Oliv, il nous suffit d'aller voir de près de quoi il retourne. Il suffira que nous soyons sur nos gardes, c'est tout !
– Moi, je préfèrerai aller au village boire une bière, pour réfléchir et puis discuter un peu avec les gens du pays ! Dit soudain Tor qui n'avait dit mot de toute la matinée.
– Je sais que tu as soif ! Rétorqua Bul, tiens ! Prends cette outre et bois pendant qu'on réfléchit un peu …
– Écoutez ! Dit Oliv a ses amis, nous allons nous approcher doucement et prudemment et si nous voyons quelque chose d'étrange nous irons alors vers le village. Et puis rien ne dit que ce qu'a vu Lo hier n'était pas une illusion d'optique ! »
Sur ces mots, il remis son sac sur son épaule et repris le chemin qui montait vers la grotte. Aussitôt les trois compères se mirent en file indienne derrière lui, bien contents qu'il prenne l'avant-garde de cette expédition.

Ils grimpèrent peu à peu le flanc de la montagne qui devenait de plus en plus escarpé, jusqu'au moment où il atteignirent un espace plutôt plat et lisse — comme si des milliers de gens avaient piétiné cet endroit — et au fond duquel se trouvait l'entrée. Ils se regardèrent puis reprirent leur marche à pas comptés. Quelques minutes plus tard ils étaient devant l'ouverture et scrutaient avec application pour essayer de découvrir quelque chose dans la noirceur de l'endroit. Pas un seul son, même pas un oiseau ou un cri d'animal sauvage. Même le vent s'était arrêté et les rares herbes folles qui restaient encore sur l'esplanade ne bougeaient plus du tout. Comme si le temps s'était soudain arrêté !

« Vous ne trouverez ici bas rien de plus que vous n'ayez déjà ! » rugit soudain une voix derrière eux.

Effrayés les quatres amis se retournèrent d'un bond pour découvrir d'où venait cette terrible voix. Un petit homme, qui avait l'air très vieux, plus que râblé, haut comme la moitié du plus petit d'entre eux, se tenait les jambes écartées en s'appuyant sur un bâton noueux. Une longue barbe grise, un chapeau de feutre pointu, un long manteau gris-vert et des yeux dorés qui étincelaient. Voyant qu'ils n'avaient finalement pas à craindre grand mal, les quatres elfes s'approchèrent doucement du nain.

« Ne cherchez pas à entrer ou vous vous y perdrez sans espoir de retour. Pas d'or, pas de pierres précieuses, aucun trésor n'y est caché. La grotte de Mont-Quatre n'est qu'un piège pour les curieux, autant d'ailleurs que le tunnel du Wallon Peureux que vous aurez pu découvrir plus loin en allant vers les chutes d'eau.
– Mais … voulut dire Oliv ayant repris un peu ses esprits.
– Ne posez pas de questions, ce n'est ni l'heure ni l'endroit. Venez ! Suivez-moi jusqu'au village, je vais vous y guider … »

Sur ces mots le nain bondit d'une manière très agile de l'autre côté du petit groupe et se mit à gambader sur le chemin qui longeait le flanc de la montagne. Les compères durent se mettre à presque courir pour suivre le train imposé par le vieux nain qui leur avait parlé. Ils trottèrent longtemps comme cela, alors que le nain chantait gaiement des chansons dans une langue qu'ils ne connaissaient pas. Enfin ils arrivèrent à l'entrée d'un grand village animé où s'affairaient une multitude de nains de même stature que leur guide.

« Venez, venez, allons dans cette auberge nous rafraichir. Cette petite promenade m'a ouvert l'appétit et j'ai un peu soif » dit le nain avant de rentrer dans l'auberge devant laquelle ils étaient arrivés. Complètement épuisés, les quatre jeunes gaillards ne purent que suivre le mouvement, obnubilés par l'idée de manger et de boire.


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Oliv et le bateau - Bivouac

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Bul, Tor, Lo et Oliv traversèrent la plage et s'engagèrent dans la forêt de palmier. Petit à petit la végétation se faisait de plus en plus dense et ils avaient du mal à suivre la route indiquée par Oliv. Il avait décidé d'aller plein nord, persuadé de trouver un village au pied de la montagne qui se profilait à l'horizon. Au bout de trois heures, la nuit était complètement tombée et ils n'y voyaient guère plus loin qu'au delà des prochains arbres. Tor et Lo avaient fabriqué deux torches à l'aide d'écorce de palmier et imbibée d'un peu d'huile mais celles-ci faisaient plus de fumée qu'elles n'éclairaient.

Arrivés au bord d'un ruisseau, Oliv leur proposa alors de s'arrêter ici :
« Je crois qu'il vaut mieux qu'on bivouaque ici pour la nuit. On ne trouvera jamais un chemin vers la montagne avec cette nuit noire !
– Crois-tu que nous trouverons la grotte dont tu nous as parlé sur la bateau ? Demanda Bul.
– À condition que les indications du vieux marin que j'ai rencontré sur le port avant de partir soient justes ! Rétorqua Oliv.
– Nous, du moment qu'on trouve un toit et de la bière, peut importe ! Répliqua Tor pendant que Lo acquiesçait derrière lui.
– Voilà un endroit qui devrait convenir, reprit Oliv, posons nos affaires ici et voyons si nous pouvons pêcher quelque chose … »

Ils posèrent leurs affaires au pied d'un arbre, construisirent un abri de fortune pour la nuit à l'aide de branches et de branchages puis fabriquèrent deux cannes à pêches sommaires pour essayer d'attraper le repas du soir. Ils avaient un peu de viande séchée dans leurs sacs, mais préféraient la conserver au cas où ils seraient perdus. Bul et Tor mirent les cannes à l'eau après avoir garni le petit hameçon d'un ver de terre trouvé dans la vase au bord du ruisseau tandis qu'Oliv et Lo allaient chercher quelques fruits comestibles.

« Tu crois qu'on va arriver à pêcher avec cette nuit noire ? Demanda Tor à Bul qui avait l'air très concentré sur sa canne.
– Chut, moins de bruit, chuchota Bul, je viens de voir passer une belle pièce, mais il ne faut pas l'effrayer ! Ce ruisseau est plus poissonneux qu'il n'y parait, nous mangerons à notre faim ce soir ! »
Sur ces mots, Bul tira d'un coup sec la canne vers le haut et sortit un poisson arc-en-ciel dont les écailles brillaient à la lumière de la torche fixée à côté. Il relança aussitôt qu'il eut mis un autre appât sur l'hameçon et passa une demi-heure à sortir des poissons. Le voyant faire, Tor décida de poser sa canne et de le regarder faire. De temps à autre, lorsque le tas menaçait de s'effondrer, il attrapait un poisson au dessus de la pile, le vidait au pied de l'arbre et le posait sur deux grandes feuilles de bananier qu'ils avaient posées à terre. Oliv et Lo revinrent une petite heure plus tard, les bras chargés de fruits en tout genre.
« Voilà tout ce qu'on a trouvé, montra Oliv en posant les fruits qu'il portait. Vous avez fait une belle pêche dites-donc !
– Oui, nous devrions avoir suffisamment pour ce soir et pour demain matin, répondit Bul, il faudra simplement attacher ce qui restera à un arbre pour ne pas se le faire voler cette nuit. »

Les quatre compères allumèrent alors un feu et commencèrent à faire griller le poisson. Une fois cuits, ils les mangèrent en silence et avec satisfaction en se disant que finalement cela n'allait peut-être pas être si compliqué que ça. Après le repas, au moment où ils allaient s'endormir sous l'abri, Lo se retourna et dit aux trois autres :
« Je crois que je sais où se trouve la grotte, dit-il, j'ai vu une forme sombre entrer dans le flan de la montagne pendant qu'on cherchait des fruits avec Oliv.
– Ah bon ? Rétorqua Oliv. Mais où exactement ?
– Tout droit en allant vers le grand chêne dont on voit le sommet dépasser, en remontant la rivière, puis il suffit de lever la tête on ne peut pas le manquer.
– Tu aurais pu nous le dire avant quand même, c'est important ! Lui rétorqua Oliv. »
Lo ne dit mot pendant quelques instants, puis repris doucement :
« J'ai eu peur. La silhouette dont je vous ai parlé, je l'ai vu se tourner dans notre direction et nous pointer du doigt …
– Peut-être un habitant du village voisin, lança Tor.
– Peut-être ou peut-être pas, répondit Lo, car ses yeux brillaient comme le feu de l'enfer lorsqu'il nous a désigné ! »

Sur ses mots, Lo se retourna et se recouvrit avec la couverture, pendant que les trois autres se regardaient interloqués. Oliv leur dit alors : « Nous verrons bien demain, au jour, nous sommes quatre, il ne peut pas nous arriver grand chose ». Puis il se tourna à son tour, imité aussitôt par les deux gaillards et tous les quatre sombrèrent dans une nuit agitée et remplie de rêves mystérieux.


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