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Fanion

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Mot-clé : société

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Un scandale est arrivé

Ce soir c’est une nouvelle édition du Paris-Carnet qui s’ouvrira. L’heure est grave et pour faire bonne figure et avoir un sujet de conversation universel et fédérateur[1] j’ai choisi de préparer à l’avance quelques informations de la plus haute importance au sujet de ce qui a été élaboré il y a quasiment cinquante ans et qui n’avait jamais fait l’objet depuis de la moindre modification. Je me souviens encore de l’envie irrépressible qui m’habitait lorsque je m’apercevais qu’un sachet tout neuf de ces merveilles avait élu domicile dans un des placards de la cuisine quand j’étais petit.

C’est du bonbon le plus vendu dans le monde — ce record a été dument enregistré par le Guinness World Records — et qui est apparu en 1961 dont je veux parler. Il est plus vieux que moi et il s’en vend environ 4000 tonnes tous les ans. Pas mal n’est-ce pas, joli succès ! Ordonque voilà-t-il pas que ces messieurs ont changé non seulement la décoration du papier qui entoure cette friandise incomparable entre toute mais également son contenu ! C’est là qu’est le scandale. Ils ont changé et dénaturé mon bonbon fétiche. Celui que j’avais goulument avalé pendant mon sevrage tabagique d’il y a quelques années. Les rustres, les sauvages, et sans prévenir qui plus est. Nulle mention de nouvelle recette sur le paquet, aucun avertissement, rien.

Pour la première fois, hier, alors que j’avais goûté les différents parfums présents dans le sachet j’ai remis ceux qui restaient sur la table dans le paquet fraîchement arrivé dans le placard de la cuisine. Ce qui ne m’était jamais arrivé depuis que je les avais goûtés pour la première fois alors que j’étais enfant. Vous vous rendez-compte ? J’ai délibérément écarté des Régal’ad ! J’avais eu un mauvais pressentiment en voyant le changement dans l’emballage. Un papier plus cheap, moins joli, sur fond vaguement coloré. Fini le joli papier blanc glacé et les couleurs flamboyantes qui promettait le délice à venir. Et puis le goût qui n’est plus le même. J’ai pourtant essayé celui au citron, et puis celui à la cerise espérant retrouver la sensation passée, mais non. Le pire restera tout de même celui à la framboise. Une quasi abomination celui-là. Je suis dégoûté, ma vie n’aura plus la même saveur…

Tout fout le camp moi je dis. Tout fout le camp. D’ailleurs il paraît même que la carte de l’Assassin a changé depuis quelque temps ! C’est dire si tout fout le camp… J’espère qu’ils continuent tout de même à servir de la Guinness qu’on puisse débattre à loisir de ces hérésies ;-)

PS : J’ai voulu illustrer avec une photo des anciens emballages et des nouveaux mais pas moyen de mettre la main sur des photos libres de droit. De plus je n’ai plus aucun exemplaire des anciens, des précieux, ils sont perdus, à jamais — enfin j’espère que non, mais bon. Quand aux nouveaux… je préfère les oublier.

Notes

[1] C’est une coutume que j’ai repéré sur quelques blogs, lorsqu’un Paris-Carnet arrive, on voit fleurir ici et là quelques billets, publiés à point nommé, comme s’il était besoin de cela pour justifier sa présence dans ce rendez-vous historique de blogueurs ce qui est un aveu de méconnaissance de la règle qui veut que n’importe qui, non blogueur compris, puisse s’y présenter et y être accueilli à bras ouverts.

La capsule

Je me souviens d’une nuit de garde où nous n’avions pas encore trouvé la meilleure organisation pour se répartir les biberons nocturnes — on a assez vite compris qu’il valait mieux faire une nuit complète chacun et récupérer la nuit suivante que de se partager les nuits, un biberon sur deux — et qui m’est restée en mémoire. Cette nuit-là, donc, vers 2 ou 3 heures du matin, nous avons entendu le fiston s’agiter et pleurer pour réclamer une portion congrue de lait pas du tout maternel. Quelques secondes ont passé, le temps de se rappeler que cette fois-là était la mienne et je me suis levé encore à moitié endormi. C’est assez machinalement j’en conviens que j’ai préparé le nécessaire, comptant la dose idoine, etc. Je m’installe ensuite à peu près confortablement avec le minot au creux du bras gauche et lui enfourne gentiment la tétine dans le bec.

Une dizaine de minutes se sont écoulées, tranquillement, et j’observais toujours dans un semi-sommeil la descente du niveau du lait dans le biberon quand soudain j’ai réalisé que de descente point ! Pourtant le fiston aspirait comme un beau diable. C’est alors tout à fait réveillé que j’ai regardé attentivement ce qu’il se passait. Pas une seule bulle ne remontait comme il est d’usage, c’est qu’il y avait donc un problème. J’ai alors retiré le biberon de sa bouche et pendant qu’il reprenait son souffle, visiblement il y mettait fort bonne volonté, et j’ai commencé à dévisser l’embout pensant que je l’avais trop serré. Une fois fait je le lui ai redonné. Et le voilà reparti à téter de bon entrain. Quelques minutes se sont passées ainsi pendant que je m’étais replongé dans mes rêveries tout en surveillant le déroulement des opérations du coin de l’œil.

Toujours pas de changement de niveau. Bigre, c’était étrange. J’ai ressorti l’engin et ai décidé d’en avoir le cœur net. Ce n’est que lorsque j’ai eu dévissé et retiré entièrement le porte-tétine que je me suis aperçu que j’avais oublié de retirer la capsule entre le flacon et l’embout après avoir remué le mélange d’eau et de poudre. Pas étonnant que le niveau ne baissa point. Une fois le tout remis en ordre et ayant constaté le plaisir évident de la facilité avec laquelle le minot aspirait goulument son biberon j’ai fini par me dire qu’il était de bonne composition pour n’avoir point protesté face à mon incompétence passagère.

Cette anecdote me donne l’occasion de revenir sur le ou plutôt les débats qui courent en ce moment sur le net à propos des propos tenus par Élisabeth Badinter au sujet de l’allaitement, des couches lavables ou jetables et plus généralement de la situation des femmes et des mères dans notre pays. J’ai lu beaucoup de billets ici ou là, souvent complétés de longs échanges de commentaires parfois enflammés et le plus souvent très courtois. Je ne vais pas y revenir, ces dames — ce sont essentiellement des personnes de la gente féminine qui se sont exprimés ces derniers jours — l’ont très bien fait et avec bien plus de verve que je ne saurais le faire. Par contre il m’a apparu opportun d’écrire et de partager les quelques réflexions que j’ai au sujet de la place du père dans les premiers jours de la vie d’un enfant.

L’amour porté (ou donné, ou n’importe quel autre verbe qui conviendrait) à son fils ou à sa fille n’est pas inné. Je n’ai pas été touché par la grâce ou par je ne sais quel instinct paternel lorsque mon fils est né. Certes c’était le plus beau joufflu que j’ai jamais eu — le premier qui dit le contraire à un rendez-vous fixé à la prochaine récré avec moi — mais à part la fierté de l’avoir vu naître — et le soulagement de voir qu’il était en parfaite santé — je n’ai rien éprouvé qui puisse me faire penser qu’un tel lien existe de manière naturelle.

Enfant et jeune adolescent ma mère avait pris l’habitude de me charger de m’occuper de ma sœur avec laquelle j’ai presque dix ans d’écart. J’avais de fait une bonne idée de ce qu’il convenait de faire et surtout de ne pas faire avec un bambin. C’est ainsi que très rapidement j’ai pris l’habitude, dès que je le pouvais, c’est à dire le soir en rentrant du boulot et le week-end, de m’occuper de lui. Bains, biberons, change, etc jusqu’au coucher. J’ai passé ainsi pas mal de temps avec lui, en tête à tête le plus souvent, mais curieusement ce ne sont pas ces moments là qui m’ont le plus profondément marqué et je crois permis de tisser un lien entre nous deux. En effet, une fois repu et changé j’avais pris l’habitude, dès qu’il a été en mesure de se tenir assis, de le prendre sur mes genoux en face de moi et de lui parler doucement ou lui chanter — enfin plutôt de lui imiter vaguement — les chants diatoniques que certains esquimaux pratiquent, tout au moins chez les Inuits il me semble. Il avait alors une attention sans défaut et pendant de longues minutes il observait alternativement les mouvements de ma bouche et mes yeux. C’était à tout point étonnant et très intense, bien plus que les moments passés dans l’eau ou à manger.

Je connais des hommes qui n’ont pas eu l’envie de paterner comme j’ai pu le faire. Certains ont préféré attendre que leur enfant grandisse, atteigne un âge plus avancé, souvent celui où la parole s’installe. D’autres encore s’en sont complètement désintéressé pour des raisons diverses et variées que je ne vais pas énumérer ici. Changer les couches n’est pas ce que j’ai préféré, loin de là. Se lever au beau milieu de la nuit pour le nourrir non plus. Je l’ai fait parce que j’estimais normal de partager cela, pour autant que je puisse le faire. Je ne pense pas non plus que j’aurais été frustré que sa mère l’allaite comme elle avait émis le souhait au préalable — elle avait abandonné très rapidement s’apercevant que ça ne fonctionnait pas.

Je connais peu d’hommes qui ont eu l’envie de s’occuper de leur enfant tout petit. Ceux des générations précédentes, parents et grand-parents avaient des idées bien arrêtées sur le rôle exclusif de la mère auprès des enfants jeunes. Bien éloigné de ce que je peux moi même penser à ce sujet. Ceux de ma génération sont plus enclins à le faire, mais ce n’est pas très répandu j’ai l’impression quoique finalement je n’en connaisse pas tant que ça. Quand à ceux de la génération qui me suit, souvent ils n’en sont encore pas à se poser ce genre de questions, je crois.

Le rôle ou plutôt la place du père n’est pas chose aisée à prendre, à imaginer, à occuper. Souvent pendant les premiers jours de l’enfant, toute l’attention de l’entourage est portée vers lui et vers la mère. Je sais pour l’avoir vécu une fois qu’il est difficile de se faire valoir comme interlocuteur valable en ce qui concerne le bébé. Elle savent — probablement de façon héréditaire ou génétique j’imagine ! Ne vous méprenez pas, c’est ironique ;-) — comment s’en occuper alors que les pères sont gauches et malhabiles. J’ai entendu ça, à de nombreuses reprises. C’est dommage de se voir relégué au second plan, simplement parce qu’on pense la relation mère-enfant implicite et naturelle et pas celle qui pourra(it) exister entre le père et son bébé. Je ne suis pas sûr que la relation intra-utérine soit aussi prégnante que ce qu’on veut laisser croire. Je me demande si les échanges, sonores ou tactiles, qui peuvent avoir lieu pendant la grossesse avec le père ne jouent pas un rôle tout aussi important.

Peut-être d’ailleurs que lorsque je murmurais ou chantais à son oreille il se rappelait les sons entendus quelques mois plus tôt ?

J’aimerais entendre un peu plus les pères à ce sujet, et savoir comment les mères ont pu ou voulu leur faire une place à leurs côtés.

Il est interdit de shooter

Voilà en gros ce que m’a dit un militaire en faction dans le grand hall de la gare de Lyon alors que je m’apprêtais à faire la photo du siècle, sinon de la semaine du bel escalier qui monte vers le restaurant sis au premier étage. Lorsque je lui en ai demandé la raison après lui avoir dit que je n’étais pas au courant de cette interdiction il m’a simplement répondu ceci : « C’est Vigipirate, c’est pas grave mais on est tenu de le faire appliquer ».

J’avoue avoir un peu tiqué. Le plan vigipirate est encore en application, je ne sais trop pour quelle raison, mais je doute fortement que la présence de trois soldats ici où là empêche vraiment quoi que ce soit. Je me souviens d’un lointain séjour en Israël, où pour le coup, il y avait tellement de militaires dans la rue et dans les bus qu’ils avaient même leurs propres files d’attente pour y monter. Leur présence n’empêchait toutefois pas qu’un attentat, en général du côté du marché, survienne quasiment tout les mois. Alors trois soldats pour toute une gare me laisse légèrement perplexe quand à leur efficacité pour prévenir ce genre de catastrophe.

Mais plus encore que le fait que ce plan — qui n’a à priori pas encore démontré son efficacité objective[1] — soit encore en application, c’est le ton avec lequel la phrase a été dite qui m’a intriguée. Le militaire s’excusait quasiment de devoir m’imposer telle restriction, « c’est pas grave » m’a-t-il dit. Qu’est-ce qui n’est pas grave ? Le fait que vigipirate soit encore d’actualité ou que j’ai eu l’intention de faire une photo somme toute bien innocente ?

Ça fait presque 5 ans que ce plan est à son niveau d’activation quasi maximum[2], depuis les attentats dans les transports en commun à Londres. Le niveau rouge en vigueur est tel que, je cite wikipédia, « Le risque d’une action terroriste est avérée. On prend les mesures nécessaires pour se protéger et riposter. Il faut accepter l’impact de ces mesures sur l’activité économique et sociale normale ».

Intrigué j’ai commencé à chercher s’il existait quelque part sur le web des informations officielles sur les mesures nécessaires prises à ce niveau. Eh bien ce n’est pas simple. Première visite sur le portail de l’administration française. Je tape le mot « vigipirate » dans le champ de recherche et j’obtiens un magnifique message[3] :

Résultats de recherche dans service-public.fr : « vigipirate »
Vous n’avez obtenu aucune réponse, nous vous invitons à renouveler votre recherche.

Soit. Peut-être que le portail, au demeurant très bien fait, n’a pas été mis à jour à ce sujet. Je décide donc de poursuivre vers la référence législative en France, le bien nommé Légifrance.

Première étape, sur la page d’accueil du site, au demeurant un peu moins bien fait, je tape le mot « vigipirate » dans le champ de recherche mis à ma disposition, m’attendant à une flopée de textes réglementaires sur la question étant donné que ce plan restreint tout de même pas mal nos libertés (déplacement, …). Résultat un laconique « aucun document trouvé ». On me propose de cocher un ou plusieurs champs de recherche parmi « Accords, conventions et traités internationaux », « Dispositions législatives et réglementaires » et « Mesures à caractère provisoire ou nominatif ». Ne soyons pas avare et cochons les trois. Le résultat de ma recherche arrive enfin — ma connexion n’est pas très vaillante — et j’obtiens le même laconique « aucun document trouvé ». Bigre, n’existe-t-il donc aucun document expliquant par le menu le contenu de ce plan et le détail des mesures à prendre en fonctions des niveaux ?

Je décide alors, sur les conseils avisés d’un spécialiste mondial de la recherche sur ce site, d’utiliser un terme plus générique. J’ose un « sécurité » qui me renvoie des dizaines de références en commençant par une liste longue comme un jour sans pain de commissions en tout genre. C’est dingue ce qu’ils peuvent mettre en place pour s’occuper de notre sécurité. Je parcours rapidement quelques pages et finis par me rendre à l’évidence. Il me faudrait une journée entière pour parcourir tout ça. Soyons un peu plus fin dans la recherche et tapons “sécurité intérieure”. Las, j’obtiens trois malheureux résultats, dont un qui à l’air prometteur et m’amène sur une longue liste de décrets en tout genre portant sur la sécurité. Tiens un truc qui me dit quelque chose apparaît en première place : Hadopi ! Sauf que moi c’est de vigipirate dont je veux entendre parler. J’abandonne donc ce site, à regrets cependant.

Direction Google finalement et je tape le mot dans le champ de recherche idoine. Je clique sur le bouton « J’ai de la chance » et j’arrive immédiatement sur la page wikipédia, page qui référence d’ailleurs une page d’archive du Ministère de l’Intérieur qui renvoit un magnifique 404[4]. Une autre du Ministère de la Défense n’indique que quelques généralités sur ce plan. Ce n’est donc pas par là que j’en saurais plus. Seul un billet et la série de commentaires qui le suit sur un blog de droit me donnera quelques informations et surtout posera beaucoup de questions. Une dernière référence trouvée dans les dits commentaires — parmi une flopée qui ne pointe plus sur rien — pointe sur ce site, pas très bavard non plus.

D’après ce que j’ai pu lire ici et là il semble que le contenu de ce plan soit classé « confidentiel défense » et par conséquent pas à la libre disposition du citoyen. C’est secret. Tellement secret que personne n’est en mesure de dire publiquement la liste des restrictions imposées. Ou alors il faudrait que tous ceux qui un jour se sont entendu dire que telle action ou telle attitude était interdite par le plan en fasse mention ici en commentaire et qu’on finisse par obtenir une liste exhaustive de ce qui est interdit. Sauf que je me demande si on a le droit de le faire, après tout la divulgation d’information classée secret défense est interdite. Peut-être même que le simple fait de parler de ce plan est interdit ? Comment savoir sans savoir ce qui est interdit ?

Le plan vigipirate, de son petit nom « plan gouvernemental de vigilance, de prévention et de protection face aux menaces d’actions terroristes » est donc un plan, dont le contenu n’est pas accessible ce qui je trouve rend pour le moins arbitraires toutes les mesures prises en son nom. Comment peut-on ne pas se mettre hors-la-loi, je dirais plutôt hors-plan-vigipirate si l’on ne connait pas la liste et l’étendue des interdictions ? Comment s’assurer que tel contrôle, tel restriction appliqués en son nom s’appuie réellement sur une base légale ? Mon propos n’est pas de remettre en cause l’existence de ce plan, même si on peut se poser légitimement la question de son efficacité en regard du coût qu’il implique — et je ne parle pas seulement du coût économique mais également au niveau de nos libertés personnelles et collectives — mais plutôt de pointer du doigt un sérieux manque de transparence et d’information vis à vis des citoyens que nous sommes. On nous demande une vigilance accrue, une collaboration dans notre protection collective, mais sans nous en fournir toutes les clés. C’est dommage je trouve et peut-être même assez inquiétant…

Notes

[1] On pourra arguer qu’il n’y a pas eu d’attentat en France depuis longtemps, ce qui est vrai, mais est-ce vraiment la mise en place de ce plan qui aura prévenu toute tentative ? Personne n’est en mesure de le dire aujourd’hui.

[2] Voir pour plus d’information la page de wikipédia.

[3] Cliquez sur ce lien pour vérifier le résultat.

[4] Page inexistante

Le donneur de leçons

Un soir de cet hiver, alors que je sortais du métro Glacière, j’ai assisté à une scène pour le moins ubuesque. Jugez plutôt. J’ai donc descendu ce soir-là les quelques escaliers qui donnent juste sous le métro — aérien à cet endroit de la ligne 6 — et me suis rendu vers ma gauche pour traverser le boulevard Auguste Blanqui afin de retrouver derechef mes pénates, sises quelques hectomètres plus loin. Le feu était au vert et un léger flot de voitures s’écoulait tranquillement en direction de la place d’Italie. Le petit bonhomme au rouge, j’attendais tranquillement en compagnie d’une demi-douzaine de personnes ayant visiblement le même dessein que moi. En face, idem. Une demi-poignée, au moins, de quidams attendait de faire la traversée dans le sens inverse, qui pour attraper le métro, qui pour … aller ailleurs.

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que les gens, des deux côtés, s’étant aperçu qu’enfin plus un seul véhicule ne faisait mine de passer, avaient entrepris le franchissement de la chaussée. Soudain, un bus de la régie parisienne s’est annoncé à grand renfort d’appels de phare et de tintements de cloche — celle que bus et tramway utilisent à tout va dès qu’un obstacle bipède ou à roues gêne leur route. Tout le monde s’est aussitôt arrêté, préférant laisser passer le bolide monstrueux et tonitruant avant de reprendre tranquillement et en sécurité leur périple. Ce n’était pas un soir à rentrer tard, vu le froid de canard ou le temps de chien — me rappelle plus trop — qu’il faisait. Certainement pas un soir à se retrouver aux urgences ou pire encore.

Soudain, alors que le bus allait franchir le passage piéton juste après le feu, son chauffeur a freiné brusquement et une fois son véhicule immobilisé a commencé à faire de grands gestes avec les bras, montrant successivement les indicateurs lumineux qui permettent ou interdisent la traversée de la chaussée par les piétons et les dits piétons qui avaient eu l’audace de braver le règlement. Il parlait fort visiblement et paraissait très contrarié. Il invectivait — c’est tout au moins ce que j’ai supposé — les piétons côté métro et aussitôt tournait la tête et faisait de même avec ceux d’en face. Tout le monde a fini par s’arrêter pour l’observer. Quelques dizaines de secondes plus tard, après que chacun se soit probablement demandé si le chauffeur était fou ou largement alcoolisé, un fou rire a retenti juste à côté de moi. De personne en personne, le rire s’est propagé et toute l’assemblée à fini par s’esclaffer. Voyant le résultat qu’il escomptait très certainement le chauffeur s’est arrêté de parler, puis a hoché la tête de contentement et a alors applaudi des deux mains pendant que les passants reculaient sur leurs trottoirs respectifs. Une fois tout le monde revenu à son point de départ il a arboré un large sourire et a repris son chemin.

J’ai beaucoup aimé cette façon, courtoise et policée, de nous prodiguer une bonne leçon du code de la route et des devoirs des usagers d’icelle.

Le spot télé d'Épilepsie-France

Je vous ai signalé la diffusion de ce spot il y a quelques jours ici-même. Maintenant qu’il a été vu et apprécié par des milliards de gens ébahis devant leur petit écran, je vous propose de faire de même sans quitter vos lecteurs de flux[1] ou vos navigateurs :

J’aimerais assez savoir comment vous l’aurez perçu, les uns et les autres.

Notes

[1] Il se peut qu’il n’apparaisse pas correctement dans votre agrégateur. Si c’est le cas, rendez vous sur le blog où vous pourrez le visionner.

Spot télé

Certains le savent, je fais partie d’une association qui milite pour améliorer le quotidien des personnes souffrant d’épilepsie et de leur entourage, Épilepsie-France. Un de nos adhérents a imaginé apporter une contribution et un soutien en tournant un spot télé et en obtenant de le faire diffuser par certaines grandes chaînes nationales. Ce spot est maintenant prêt, les autorisations idoines ont été obtenues — c’est un sacré challenge pour obtenir tout ça —, des créneaux de diffusion ont été accordés gracieusement par quelques chaînes[1] et la première diffusion aura lieu jeudi matin, le 17 décembre, sur i<TELE, quelques minutes avant 8h.

Affiche du spot télé d'Épilepsie-France

Personnellement je trouve ce spot assez marquant pour “frapper” les esprits même si je regrette que la voix féminine qui parle pendant quelques secondes en fin de spot soit un peu trop pathos. Je pense qu’un peu plus d’optimisme et d’énergie n’aurait pas nui au message. Je vous en laisse juges si jamais vous avez l’occasion de le voir[2].

Pour être plus précis, l’association dont je suis un des co-administrateurs n’a pas tant besoin d’argent[3] que de bonnes volontés et finalement de temps et de talents pour accomplir toutes les missions qu’elle souhaite engager, poursuivre et mener à bien. Comme il est dit dans le spot, c’est plus d’un demi-million de personnes qui sont directement touchées par cette maladie et on imagine facilement que cela doit bouleverser la vie de bien plus si l’on songe à la famille proche, à leurs amis, etc.

Je ne cherche pas à faire de ce billet un appel à don, adhésion ou bonne volonté. Je sais pertinemment que l’engagement de la plupart des gens que je côtoie au sein de cette association n’existe que parce qu’ils sont directement confrontés à cette maladie, que ce soit à titre professionnel ou personnel, ou par soutien vis-à-vis d’un des membres de leur famille ou de leur entourage. Je souhaite simplement profiter du peu d’audience que j’ai ici pour faire passer le message.

Notes

[1] Des pourparlers sont en cours pour obtenir sa diffusion sur d’autres canaux.

[2] Dans quelques jours, une fois que le spot aura été diffusé sur les ondes, je le publierai ici.

[3] Ceci dit, nous acceptons bien volontiers tout ce que vous voudrez bien nous donner ou nous léguer !

C'est la rentrée

Vu sur la porte d’un lycée en nous promenant dans mon quartier :

C’est un élève qui franchit cette porte, il a donc une tenue et un comportement d’élève !

- Il a la tête découverte sans capuche, casquette ou autre couvre-chef
- Il a les oreilles libres de tout écouteur ; il a laissé sa musique à la maison, il vient écouter ses profs !
- Il a fermé son portable : les copains peuvent attendre. C’est l’heure du travail
- Il s’est bien nourri avant de venir, ou il finit son sandwich ou sa canette avant de rentrer.

Cher élève, bonne journée !

Motard

J’ai cru pendant longtemps que les signes de salut ou de reconnaissance entre motards qui se croisent ou qui se doublent n’étaient pas soumis à critères. Peu importe que vous ayez une sportive ou une routière, une petite ou une grosse cylindrée, vous aviez droit aux signes et vous étiez par conséquent encouragés à faire de même.

En fait, depuis que je roule en scooter — ça fait environ un an —, je m’aperçois qu’il y a bien plus de clans que la seule grande famille des motards que je croyais unie. Les motards sportifs se saluent volontiers entre eux mais rarement avec les autres. Ceux qui roulent en grosse routière le font beaucoup moins, presque rarement et quel que soit celui qui est en face. Les scooters sont superbement ignorés des premiers et des seconds, bien qu’il m’arrive parfois, lorsque le motard que je salue s’aperçoit de la cylindrée de mon scooter, que je reçoive un écho en retour. J’ai le permis, j’ai donc droit à un petit signe. Quand aux scooteux, point de familiarité, c’est une superbe ignorance sauf pour le petit coup d’œil sur la cylindrée ou la marque.

J’avais également remarqué, et depuis quelques années déjà, qu’un motard en panne ou même simplement arrêté sur le bord de la route ne suscitait presque plus d’attention vis-à-vis de ses congénères. J’assiste à une forme de retranchement sur soi de ceux que je pensais solidaires, malgré les manifestations bruyantes auxquelles on peut assister du côté de Bastille de temps en temps.

Est-ce du au nombre grandissant des deux-roues sur les routes urbaines. Est-ce simplement du à un stress plus élevé lorsqu’on roule — bien que je trouve que les automobilistes soient beaucoup plus attentifs aux deux-roues depuis quelques années. C’est dommage je trouve de perdre ce genre de coutumes qui nous faisait se sentir un peu moins seul au milieu du trafic.

Appels de phare … à tous !

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