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Coktail kit

Coktail kit

Les québécois

Nous étions dans le TGV hier à destination du grand froid Est de la France et nous avons passé presque deux heures[1] juste derrière un couple muni de cet accent si particulier et reconnaissable entre tous[2].

Ils étaient installés côte à côte au centre de la voiture, là ou quatre sièges se font face autour d’une grande table, le « club 4 » il me semble. Les kilomètres passant nous les avons vu prendre de plus en plus leurs aises et au bout d’une petite demi-heure commencer à sortir deux jeux de cartes à jouer. Lui les distribuait bruyamment en claquant les cartes sur la table, elle, j’imagine parce que je ne la voyais pas, les prenait au fur et à mesure dans ses mains. Une fois la distribution effectuée, il se passait quelques secondes, deux ou trois minutes peut-être et elle commençait à compter. Cinquante, soixante-quinze, etc, parfois en allant jusqu’à cent cinquante.

J’ai passé de longues minutes à me demander à quoi ils pouvaient bien jouer[3]. Pas d’autres indices que cette distribution rapide et ce comptage quasi immédiat ensuite. Aucun des jeux de cartes que je connais n’avait de règles compatibles avec ce manège. J’ai également pensé à quelques tours de magie ou alors une sorte de jeu divinatoire, ou alors qu’ils étaient des joueurs professionnels de poker ou de bridge qui parcouraient l’Europe de tournoi en tournoi. Je ne saurais pas. J’ai pendant un temps imaginé leur poser la question mais à les écouter parler avec leur accent je me sentais incapable de leur parler sans prendre aussitôt le même ! Imaginez l’embarras. « C’est-tu quoi le jeu à quoi vous jouez vous z’autr’ lô ? » ou quelque chose d’approchant… Bref, j’ai préféré me taire et continuer à faire des hypothèses.

Le plus curieux est que pendant le temps qu’ils ont passé à jouer à leur jeu curieux, ils entretenaient une conversation assez fournie sur des sujets aussi variés qu’une recette de cuisine ou sur telle ou telle partie du paysage qu’ils observaient de temps en temps par la vitre. « C’est bô ! Regaaarde et pis lô aussi… » disait-elle avec entrain. Et lui de son côté parlait tout autant, en même temps que sa compagne de voyage, à tel point que je me suis demandé comment ils faisaient pour se comprendre !

Finalement ce petit épisode m’a redonné l’envie de vous narrer — comme je l’avais fait pendant quelques mois il y a de ça quelques années avec mes petits épisodes de « Vos billets s’il vous plaît. » — par le menu les petites singularités de nos contemporains dans les transports en commun.

Notes

[1] Le TGV ne pouvait rouler à plus de 220km/h nous a-t-on appris au début du voyage en raison des conditions météorologiques.

[2] Il est issu du français parlé à Paris au XVIIe et XVIIIe siècles ai-je appris sur Wikipédia.

[3] D’ailleurs si quelqu’un a une petite idée sur ce que ça peut bien être, je suis preneur !

Merci quand même…

« Merci quand même… et bonne journée. »

Voilà ce que nous avons entendu ce midi alors nous avions rendu les clés de la chambre et que nous venions de régler la note. Nous avions remarqué sur celle-ci une légère erreur — d’une ridicule somme de trois euros cinquante — en notre faveur, erreur pour laquelle l’employé nous a demandé d’un ton très suspicieux si nous en étions sûrs. Bref, voilà comment s’est terminé notre séjour dans cet hôtel de Privas — je tairai son nom pour ne pas lui faire de la publicité involontaire, il ne le mérite pas.

Nous avions choisi cet établissement en fonction d’un certain nombre de critères dont l’accès à internet via un wifi gratuit — ou plutôt compris avec le prix de la chambre — ainsi qu’un confort et une décoration de bon goût dont nul ne saurait se priver lors d’un cours séjour dans une belle ville du sud de la France. Nous avions consulté et admiré les magnifiques photos des chambres — et non pas les photos des magnifiques chambres, l’ordre des mots à son importance — et porté notre choix sur la chambre « chinoise », toute en décoration asiatique dans des tons de vernis rouges et profonds et autres tableaux de calligraphie exotique.

Ordonque, nous voilà samedi midi à l’entrée de l’hôtel pour réclamer les clés de la chambre réservée un mois plus tôt. Nous étions arrivés un peu tôt et avions tenté notre chance prêt à attendre le temps nécessaire dans un des salons dont cet établissement de ce niveau ne manquerait pas d’être pourvu si celle-ci n’était pas encore prête. Saint-Picodon[1] était avec nous ce jour là car la chambre n’avait pas été louée la veille et était donc prête à nous accueillir. Nous entrons dans l’ascenceur et appuyons sur le bouton du 2e étage, intitulé « Salon Massaï », avant-goût de la décoration que nous allions trouver dans le hall et les couloirs de ce niveau. Nous cherchons le numéro et nous arrivons bientôt devant la porte. Un tour de clé et nous voilà enfin arrivés au bout de notre périple du jour.

La porte et son groom vaincus[2] — ils n’auront résisté que jusqu’au moment où nous nous sommes mis à deux pour pousser —, nous entrons dans la chambre, pressés de poser enfin nos sacs et de découvrir le lieu où nous allons passer un long week-end. La visite fut de courte durée car à part les quelques centimètres courants de chaque côté du lit, de taille tout à fait standard heureusement, nous en avions fait le tour. Bizarrement la salle de bains attenante avait une surface quasi équivalente — j’exagère mais à peine. J’avance ensuite vers la fenêtre dont le store était baissé pour admirer le point de vue. Je découvre en remontant le fin tissu une fenêtre carrée d’environ soixante centimètres de côté. Je m’attendais tout de même à un peu mieux. Une petite fenêtre donc, ouvrant bien sûr du côté le moins pratique vu l’exiguïté des lieux et agrémentée d’un store qui ne sert à rien sauf à en empêcher l’ouverture complète — zéro pointé au décorateur ou à celui qui aura conçu ce dispositif.

C’est dépités et très admiratifs du travail du photographe qui aura réussi à faire croire au visiteur virtuel que des espaces immenses l’attendaient dans ces chambres à thèmes africains, occitans ou asiatiques, que nous avons fini par douter de l’option “Confort supérieur” que nous avions sélectionnée pour quelques euros de plus lors de notre réservation.

Nous avions sur un des côtés du lit, un petit bureau et une petite chaise et c’est là que j’ai soudain compris la provenance des thèmes choisis. En effet une chaise étroite comme un tabouret de traite, à l’aspect tout à fait asiatique, était à demi glissée sous le bureau. Je l’ai tirée et me suis assis… et me suis relevé aussitôt. Impossible de mettre un postérieur occidental la dessus, ou alors il faut être très jeune, très souple ou très masochiste. Je suis quasi sûr qu’un mobilier équivalent orne les chambres africaines. Voilà tout le génie révélé du décorateur et ensuite du photographe qui aura rendu cela insoupçonnable sur ses clichés. Chapeau les artistes !

C’est donc sur le lit que nous nous sommes installés pour, comme il se doit, aller s’enquérir de la bonne santé du petit monde de l’internet qui devait se languir de ne pas avoir eu de nos nouvelles depuis si longtemps. La magie du Wifi a opéré. En passant au préalable par un petit écran publicitaire nous avions ensuite un accès illimité — pour environ une vingtaine de minutes —, renouvelable autant de fois que nous le désirions et en s’assurant bien sûr que nous repassions par la même sélection de réclames diverses et variées. Las, il fallait faire fréquemment preuve de pugnacité pour convaincre les ondes de nous accueillir et si nous laissions celles-ci sans surveillance quelques minutes de trop il fallait recommencer les mêmes incantations. Ensuite, le surf sur la vague virtuelle s’opérait à travers les soubresauts d’un DNS mal calibré ou d’un proxy un peu bancal et nous nous retrouvions souvent chez untel.commerce.com à la place de bidule.libre.net ou encore chez donne-moi-tout-ton-cpu.flash.com au lieu de dotclear.ze-best-of-ze-best.org ! Peut-être aurait-il fallu que nous choisissions l’option payante, sans publicité aucune ? J’ai comme un doute sur la qualité de ce que nous aurions pu obtenir !

Curieux hôtel, curieuses manière de faire du commerce. Ils ferment tout le dimanche en milieu d’après-midi pour ne revenir que le lundi matin vers 7 heures. Entre-temps les clients sont livrés à eux-mêmes et gare à celui qui aurait oublié le code magique à composer sur le clavier du digicode digne d’un hôtel à prix discount. J’ai d’ailleurs le souvenir d’une chambre de ce genre d’hôtel qui était presque aussi grande que la notre ce week-end. C’est dire le peu de différence, hormis la note finale. D’ailleurs, à l’heure où j’écris ces lignes, je me demande encore quel peut-être la taille d’une chambre au confort ordinaire dont il est question sur leur site ! Peut-être faut-il enjamber le lit pour passer de l’autre côté, si autre côté il y a.

Nous avons vérifié le nombre de cheminée de cet endroit référencé par les Logis de France et avons constaté qu’il en avait eu trois en 2009. Est-ce la piscine, fort belle il est vrai, ou bien le restaurant — chérot à mon avis mais que je n’ai pas goûté — qui leur auront permis d’en avoir autant ? Je trouve qu’un hôtel prétendant à un tel niveau de prestations bien léger compte tenu de l’absence quasi systématique de personnel quand vous cherchez un renseignement ou même lorsque vous souhaitez petit-déjeuner comme ce matin, ou bien encore si vous avez le malheur comme ce midi d’interrompre ceux-ci alors qu’ils sont en train de déjeuner dans la cuisine, juste à l’heure où les clients sont censés rendre les clés de leurs chambre.

Eh bien je préfère de loin le petit hôtel un peu désuet mais plein de charmes que j’ai eu à Vichy au début du mois et qui m’a coûté exactement le tiers de celui que nous avons réglé aujourd’hui. Fichtre, on ne m’y reprendra pas deux fois et si vous décidiez d’y aller malgré mes mises en garde surtout ne dites pas que vous venez de ma part, je le nierai haut et fort, tenez-le vous pour dit !

Je veux tout de même terminer sur une une note agréable alors sachez que j’ai passé un formidable week-end avec des gens merveilleux et visiblement heureux, ça fait un bien fou, vous pouvez pas imaginer… En fait si, vous pouvez certainement l’imaginer, je vous fait une entière et totale confiance pour ça ;-)

Notes

[1] Le Picodon est, comme chacun sait, un excellent petit fromage de chèvre, spécialité de la région.

[2] Le patron doit être un fana de musculation car quelques appareils de torture étaient à la disposition des clients de l’hôtel sur le palier de l’étage, juste en face des chaises longues en osier placées devant un écran plat, et il doit être persuadé que sa clientèle doit avoir besoin d’exercice pour avoir serré si fort le mécanisme du groom des portes des chambres.

Vacances imaginaires

J’aurais pu conter par le menu et avec force détail chacune des journées passées pendant les deux dernières semaines. Villégiature dans un joli coin de notre pays avec quelques belles personnes, etc. Et je me suis dit qu’à part une demi-douzaine de personne, ça n’intéresserait pas grand-monde ! Qui voudrait savoir notre emploi du temps, qui voudrait se farcir le compte-rendu de chacune des balades faites dans la lande environnante ou le long des côtes de sable et de rocher ? J’ai alors réfléchi à ce que je pourrais vous dire, qui ne soit pas un banal rapport de gendarmerie façon carte postale et évidemment émaillé ici et là de quelques photos souvenirs mal cadrées, forcément, dont l’intérêt ne saute aux yeux que du photographe lui-même. Vous avez déjà envie d’arrêter la lecture et de repartir vers d’autres cyber-lieux, et je vous comprends…

Alors, alors j’ai choisi d’en raconter d’autres. Celles que j’imagine avant de partir, au moment de faire les bagages, de vérifier que rien ne manque dans la valise, lorsqu’on vérifie que les billets sont à portée de main. Voyons un peu de quoi sont constituées ses vacances imaginaires, celles que j’aurais aimé vivre.

Tout d’abord il y a une maison, point focal d’une rencontre d’un cyber-monde. Les débuts et fins de phases ne sont pas synchrones. Et il vaut mieux car l’hébergement n’est pas très grand bien que multi-niveaux avec support externe pour goûter un peu le délicat frisson de la fraicheur de l’espace environnant. Les ondes sont atténuées à l’intérieur, un rare filet arrose très légèrement le coin extrême, à condition d’avoir un peu de chance. Le plus souvent il faut s’équiper et s’armer pour sortir affronter les éléments et profiter d’un faisceau plus important.

Les cyber-jumelles sont là, qui vaquent à leurs occupations, parfois s’arrêtant le temps de commenter telle nouvelle apparue sur la toile, avant qu’une autre prenne le relais. Il faut aller vite, il y en a beaucoup, beaucoup trop à lire, et les vacances ne sont pas propices pour encaisser un tel flux. L’apprenti petit sujet s’affaire dans son coin. Jouant encore sur le mode temps-réel avec des représentations physiques et solides. Bientôt, lorsqu’il aura pris un peu d’assurance, il pourra s’engager sur les voies virtuelles. Il faudra l’accompagner un peu, le guider, puis le laisser trébucher et l’aider si besoin à se relever.

Chaque jour, le choix des activités est fait selon la méthode l’arrache, au gré de l’humeur et de l’envie des uns et des autres. Il n’est pas rare d’ailleurs que les présents se scindent en plusieurs groupes, voire même s’isolent. Parfois le mode d’ordre est rien. Ne rien faire, voilà une activité surprenante. J’essaye quelques fois, en laissant seulement le mode veille léger dans la tête, les pensées vagabondent, avec une queue et des têtes — les miennes sont souvent cerbères, qui m’empêchent de passer —, et j’observe ceux qui sont encore connectés.

Je n’ai pas oublié mon matériel lorsque j’ai préparé mes bagages. Tout le nécessaire est là, à portée de main. L’appareil de prise de vue, les éléments de transfert, l’unité de traitement et de stockage, tout a été vérifié et retesté. Plusieurs fois par jour, je pars en quête. L’image. Celle qui le plus souvent est faite à la volée, sans préparation, celle qui ne nécessitera pas de retouche, celle qui sera cyber-diffusable telle qu’enregistrée. J’ai fait le bilan à la fin du séjour. J’ai, je crois, une candidate que je posterai bientôt, sans dire bien sûr qu’elle a ma préférence, juste pour voir si mon goût s’accorde avec mes visiteurs.

Parfois nous avons le plaisir de rencontrer d’autres cyber-connectés, bien que beaucoup moins présents que nous sur les réseaux. Un après-midi me marque particulièrement alors que nous abordons une vive discussion sur nos identités réelles et virtuelles. Comment s’accordent-elles. Choisir ou pas un pseudonyme qui nous suivra longtemps ou simplement quelques mois, le temps d’un passage à une autre dimension, autre compréhension. Échanges constituants. Ils le sont pour moi.

Mon petit cyber-apprenti marche vers plus d’autonomie, une fois les quelques digues étrangères rompues. Il découvre le plaisir d’essayer et de parfois réussir. Il découvre aussi le mal qu’il faut se donner pour apprendre et s’améliorer. Il ne surfe pas encore, mais il nage, y compris en eau profonde. Victoire.

Des plaisirs, chaque jour, différents. De l’imprévu légèrement prévu. Des moments savourés entourés. Des lumières partout, de toutes les couleurs. Parfois un peu d’ombre, triste, où nous nous serrons pour faire corps, pour réconforter. La chaleur nous entoure. C’est trop court, comme souvent, comme tous les moments importants. Trop court et si vivant.

Des vacances extraordinaires que j’ai réellement vécu cet été.

La Déesse

La Déesse bien connue des païens bretons — vous en trouverez une représentation ci-dessous — , Ker Traou Meteo a bien voulu tenir compte de mes implorations ! Il fait beau, chaud, le sable est fin, les galets bien ronds — comme les chapeaux des autochtones d’ailleurs — les bateaux rentrent bien alignés les uns derrière les autres et sont bien rangés au port, les poissons ont l’œil vif, même mourrus ! Je passe sous silence le délicat parfum du bouquet que nous avons dégusté hier accompagné comme il se doit de quelques tartines beurrées salées. Finalement, les vacances, spa mal du tout !

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Encore quelques jours à profiter de ce beau pays alors qu’un vient déjà de repartir pour la grise banlieue parisienne et qu’un autre, justement, fait exactement le contraire. Tournez manège finalement, alors on arrose le départ et on va arroser l’arrivée, et les autres jours nous arrosons le simple plaisir d’être ensemble. Gloire à mes deux hôtesses, une princesse et une fée, qui nous accueillent si bien !

Chacun a baissé — légèrement parce que faut pas déconner tout de même — son niveau de geekitude, d’ailleurs le wifi est tellement faiblard qu’il est illusoire de vouloir l’accrocher à l’intérieur de la maison, alors nous usons parcimonieusement de la fameuse klé3g qui pourtant nous fait quelques vapeurs de temps en temps. Il faut dire qu’à quatre dessus, elle a du mal à suivre le rythme. Ceci dit, la magnifique terrasse d’où je vous écris est merveilleusement baignée d’un flux continu d’ondes bienfaisantes dont nos fiers ordinateurs se repaissent. Alors je ne boude pas mon plaisir de vous conter par le menu mon séjour ici.

Des photos, pas trop. Je reconstitue mon stock pour les prochains mois d’hiver avec mon nouveau joujou. Cartier-Bresson disait que les premières photos réussies arrivaient après les dix mille premières. Encore neuf mille cinq cents et j’en aurais une ! Mais bon, ne soyons pas trop gourmand, j’en ai déjà quelques unes qui iraient très bien en carte postale. Bords de mer ou chemins secrets bordés de muriers chargés de fruits bien mûrs — nous en avons trouvé au moins dix-sept, de quoi faire une excellente confiture —, chemins connus uniquement des habitants de la région, ports de pêche ou assemblée d’amis autour d’une table, tous les sujets sont prétextes à déclencher.

C’est l’heure du Ty kafe, boisson célèbre s’il en est, surtout pour un geek de mon genre. Ensuite il sera temps de penser à organiser les festivités de ce midi, …

Kenavo !

Les extraterrestres

Le premier arrive, jean noir serré, un blouson qui doit dater des années 80 si ce n’est encore plus vieux, un visage fin, coupé à la serpe, une barbe de deux ou trois jours, la peau marquée et grêlée, les yeux noirs enfoncés profondément sous les sourcils broussailleux, une chevelure couleur corbeau, abondante et désordonnée. Il apparaît plutôt maigre, sec, cela se voit à ses mains et ses doigts qu’il a nerveux et osseux, les veines saillantes courent en remontant vers les poignets. Une lumière qui pulse attire mon regard vers son oreille droite. Une sorte d’écouteur sans fil est accroché là. L’homme scrute les environs, comme s’il voulait évaluer les dangers de l’endroit, se familiariser avec la configuration des lieux, puis se retourne enfin. Je l’entends marmonner quelque chose mais sans arriver à distinguer un seul des mots qu’il prononce.

Le deuxième arrive enfin, en soutenant un troisième compagnon. Il le tire par la manche en l’encourageant à marcher : « Allez, encore un effort, ce n’est plus très loin ! » dit-il au troisième. Une oreillette de même facture est également accroché à l’oreille droite du deuxième. C’est une copie quasi conforme du premier à la différence près de la paire de lunettes qu’il porte sur son nez. De gros verres de myope, je suppose, qui lui grossissent exagérément son regard. Un jean noir serré, un blouson vert foncé qui provient probablement du même fournisseur que le premier, j’ai aussitôt pensé à des clochards mais les oreillettes prouvaient évidemment le contraire. D’où venaient-ils. Où allaient-ils. Et surtout pourquoi le troisième était si différent d’eux dans son apparence et son attitude. Il semblait désorienté, comme s’il éprouvait des difficultés à se mouvoir et à comprendre où il se trouvait et ce qu’il faisait.

Le premier n’a plus bougé en attendant les deux autres. De temps en temps je l’entends dire un mot ou une phrase pendant qu’il observe la procession laborieuse de ces deux compères. Le troisième est plus petit que les deux autres, plus gros, plus lourd. Il porte un survêtement noir rayé de deux bandes blanches le tout recouvert d’un caban élimé. De grosses baskets neuves et rouges ornent ses deux pieds et, contrairement aux deux autres, aucune oreillette n’est visible sous son bonnet de laine noire. La petite lumière bleue luit sur le côté du visage de chacun des deux premiers dans cette nuit tombée sur le quai du tramway. Ils arrivent enfin devant les sièges vides disposés là. Le premier fait un signe au deuxième, lequel dit aussitôt au troisième « Assied-toi là, tu seras mieux ! ». Le troisième n’a pas l’air de comprendre et regarde hagard celui qui vient de lui parler. Puis, au bout d’une bonne dizaine de secondes, il comprend enfin et pose son postérieur sur un des sièges libres.

Quelques minutes se passent en attendant le tramway dont l’arrivée imminente finit par être annoncée. Les deux connectés se parlent par oreillette interposée tout en observant chacun de leur côté. Curieuse conversation dont je ne capte que quelques bribes où il est question de boisson, de gravité et d’entrainement. Bizarre. Enfin la rame arrive et s’arrête devant nous. Je monte aussitôt et avise une place libre dans un coin où je vais me poser. Le deuxième attrape la manche du troisième et lui dit « Allez, il faut monter, il va partir sans nous… ». Le troisième n’a pas l’air d’être là, comme s’il n’entendait pas ce que le deuxième lui disait et c’est avec lenteur qu’il finit par répondre à la sollicitation musclée du deuxième. Le premier est déjà entré, prêt à bloquer la fermeture des portes s’il fallait. Le deuxième puis le troisième entrent à leur tour puis se dirigent vers le premier qui s’était dirigé entre temps vers quelques places assises et disponibles.

Je me suis plu à imaginer l’environnement de l’endroit d’où il venaient, une atmosphère moins chargée en oxygène, peut-être beaucoup polluée que la notre. une gravité moins forte ou bien des moyens de déplacement qui diminuaient l’effort demandé pour se déplacer. Comment avaient-ils fait pour choisir leur destination. Avaient-ils étudié notre civilisation pendant quelques années avant de se décider à venir. Toutes ses questions tournoyaient dans ma tête et occupaient mon esprit pendant mon voyage. À chaque station, le premier ou le deuxième se levait, allait vers les portes ouvertes, jetait un œil à l’extérieur et revenait s’assoir avec un air satisfait. Quelques mots dits à haute voix provoquait le clignotement de l’oreillette et la jumelle accrochée à l’oreille de l’autre compagnon s’allumait alors en cadence.

Il aura fallu toute la conviction du deuxième pour obtenir du troisième qu’il s’asseye une nouvelle fois, comme si ce geste lui coutait un effort surhumain et c’est à cet instant que j’ai commencé à comprendre ce qu’il se passait. Les deux premiers étaient entrainés ! Voilà l’explication. Cela faisait probablement plusieurs mois qu’ils étaient là et avaient pu s’habituer petit à petit à l’environnement étrange auxquels ils étaient soumis. Les efforts consentis pendant cette durée les avaient amaigris considérablement et ils devaient compenser les pertes caloriques consécutives à cette perte de poids en portant de gros et chauds blousons. Le troisième venait juste d’arriver, c’était évident car il suffisait de l’observer un peu pour comprendre que la gravité et l’atmosphère particulière le forçait à un exercice musculaire dont il n’était pas coutumier et il était quasiment certain que la proportion d’oxygène dans l’air soit la raison de sa désorientation. Il allait lui falloir quelque temps avant de se métamorphoser et de s’acclimater comme ses compatriotes.

Terminus, tout le monde descend. Je. Ils aussi, toujours en tirant le troisième par la manche. je me suis retourné et les ai observé un moment avant de repartir vers ma destination finale, au chaud. Je me suis longuement demandé si j’allais les aborder, leur poser des questions, au moins quelques unes de celles qui n’avaient toujours pas trouvé de réponse. Et puis j’ai renoncé, sans trop savoir pourquoi, peur d’une réaction bizarre peut-être ou simplement la fatigue et l’envie de me retrouver à l’abri. les hypothèses sont toujours dans mon esprit alors que j’écris cette rencontre du troisième type. Petite planète ou haut pays, je n’ai pas encore décidé ce qui me plairait le plus de croire…

Soleil danois

Je vous ai parlé de mes aventures nordiques au retour de Norvège, eh bien pour illustrer, voilà ce que je pouvais observer le soir, de ma chambre vers 22 heures. Après toute la pluie de Bergen ça fait plaisir de voir enfin un coucher de soleil !

Copenhague

Copenhague, Danemark, printemps 2008 (clic pour zoomer).

Aléas nordiques

Après une dure semaine de congrès passée à Bergen en Norvège, où d'ailleurs il a fait un temps digne de la réputation de cette ville qui a la particularité d'être la plus pluvieuse d'Europe — il peut pleuvoir jusqu'à 4 mètres d'eau par an, alors qu'à Paris par exemple, on trouve exceptionnel 1 mètre d'eau, comme en 2001/2002, la moyenne étant d'environ 600mm par an — à se demander d'ailleurs comment les habitants font pour supporter cette météo, j'ai enfin pu reprendre le chemin du retour en France.

C'était sans compter l'attachement de cette ville aux touristes nombreux qui viennent la visiter ! En effet, à peine étions nous enregistrés à l'aéroport et dans l'attente de l'embarquement de notre avion, que nous apprenions que l'équipage de ce même avion était coincé dans les embouteillages. Bien sûr, le première idée qui nous est venue, et parce que j'avais déjà goûté il y a un an aux retards fréquents des vols norvégiens, était qu'en fait il devait y avoir un problème technique ou que le pilote ne s'était pas réveillé, enfin toutes les raisons diverses et variées qui invariablement ce traduisent par un Nous sommes désolés mais nous prévoyons un retard de ?? minutes/heures (biffez la mention inutile et remplacez les ?? par le chiffre idoine) et nous vous tiendrons informés dès que nous aurons plus de précisions..

Nous avons vu comme cela, l'heure de l'embarquement passer, puis l'heure du théorique décollage, quand enfin nous avons appris par chauffeur de taxi interposé qu'une très importante fuite de gaz s'était déclarée dans Bergen et que comme cette ville repose sur un faisceau extrêmement important de galeries et de souterrains, les services de secours avaient fermé des quartiers entiers ce qui a fatalement provoqué des bouchons dans cette ville qui n'en connait quasiment pas. Bref, l'équipage était réellement coincé dans une voiture et personne pour les remplacer bien sûr. Ce n'est qu'une heure trente après l'heure prévue que l'avion a finalement quitté le sol norvégien pour se diriger vers Copenhague ou nous devions attraper une correspondance pour Paris.

Le pilote a accéléré très fort mais pas suffisamment pour rattraper l'heure et demie perdue sur l'heure de trajet. Normal direz-vous, mais qu'est-ce que vous voulez, on est jamais à l'abri d'un miracle ou d'une fissure dans l'espace spatio-temporel ! Enfin bref, nous sommes arrivés après le décollage de notre avion pour Paris et avons passé quelques heures à retrouver nos bagages, à négocier une nuit d'hôtel, d'où j'écris ce billet, un diner somme toute très correct, un petit déjeuner que nous zapperons probablement — je doute que l'on puisse boire ne serait-ce qu'un café si tôt le matin — étant donné que demain à 5h30 nous reprenons le taxi pour l'aéroport afin d'embarquer sur un vol pour Paris, enfin.

Copenhague vue de ma chambre a l'air très jolie et j'aurais aimé voir la petite sirène, mais bon, il faut que je dorme un peu avant de repartir demain, alors ce sera pour la prochaine fois. Et puis c'est que j'ai un rendez-vous important avec un petit bonhomme et j'espère pouvoir arriver à temps pour la représentation que son école donne pour la fin de l'année scolaire, alors il n'est pas question de rater ce vol demain. J'ai tout de même une question qui me taraude depuis tout à l'heure : Est-ce qu'ils ont le gaz à Copenhague ?


Édition du matin suivant :

Debout comme prévu à 4h30 pour un départ en taxi à 5h15. Arrivés là-bas, nous ne devions passer que quelques minutes pour déposer nos bagages au guichet drop bag car nous avions déjà nos cartes d'embarquement. Et bien vous me croyez quand je vous dit que justement ce matin là, le système informatique qui imprime les étiquettes à coller sur les bagages était en panne ? Si si, en panne, et le jeune apprenti avait l'air bien embarrassé devant son écran qui ne voulait plus faire preuve de bonne volonté. Résultat il nous a fallu trois quarts d'heure pour faire prendre en charge nos bagages au lieu des 5 minutes prévues. Bref, course rapide vers la porte d'embarquement pour essayer, encore une fois, de ne pas rater l'avion. Heureusement, Saint Retard était de notre côté ce matin car l'avion n'a décollé que vingt minutes seulement après l'heure théorique.

Le plus drôle c'est qu'hier soir, nous avions fait l'impasse sur un poster soigneusement emballé dans un grand tube en carton, qui avait du se perdre dans les méandres des tris des bagages, et nous étions partis à l'hôtel sans lui. Ce matin, en attendant pour récupérer nos bagages à Roissy, qu'avons-nous vu arriver en tout premier ? Oui, le tube en question ! Allez savoir ce qu'il lui était arrivé et où il avait bien pu passer la nuit ? Mystère …

La nuit est courte

La nuit est courte à Bergen où je me trouve depuis hier soir. Arrivé vers minuit dans ma chambre, le soleil qui venait tout juste de se coucher sur une nuit pas très sombre et trois heures plus tard, il se relève. Note pour ce soir : penser à fermer les rideaux !

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