Hôtel des blogueurs - Revue de presse

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Web. 40 internautes logent à l'Hôtel des blogueurs, établissement fictif. Chambres avec vue sur l'imaginaire

Par Gilles WALLON

jeudi 08 septembre 2005 (Liberation - 06:00)

charlène Lopez, porn star de renom, a pris la fuite le jour de son mariage. «Je me sens mal, j'ai le coeur qui déborde», écrit-elle en ce 14 juillet depuis sa chambre avec vue sur la Manche d'un charmant hôtel d'Houlgate (Calvados). Elle vient d'y trouver refuge, dégoulinante et pleine de boue, bravant la pluie battante de la côte normande. Elle y restera cinq semaines, le temps de se refaire une santé, tout en impressionnant ses voisins par sa capacité à jurer comme un charretier et à draguer les marins de passage. La directrice de l'hôtel en fut ravie : «C'était un personnage fort, qui a su mettre de la vie à l'hôtel. Et elle écrivait des billets si drôles... Tout ça était d'autant plus amusant que, finalement, Charlène, c'était un mec.»

Le mec en question avait réservé à l'Hôtel des blogueurs. C'est un établissement inexistant, complètement virtuel, unique en France. Il n'a pour réalité qu'une adresse Internet (1). Ses résidents sont fictifs. Et tout ça n'«existe» que pour une seule raison : donner un cadre narratif aux inventions littéraires d'un groupe de blogueurs aficionados des défis de plume. Deux d'entre eux se démènent pour donner à leur page web des airs de réalité. «On a choisi la Normandie comme cadre de notre histoire, ça nous semblait délicieusement désuet», dit Kozlika, la créatrice. Le site est mis à jour quotidiennement. Il propose aux résidents de faux apéros, des concours de pétanque imaginaires, des karaokés bidons. L'Hôtel des blogueurs, c'est un roman sur le Net écrit à cent mains avec quarante personnages principaux.

Perec. Tous les joueurs sont venus ici s'essayer à la fiction tendance Georges Perec : ils basent leur écriture sur le quotidien, l'autobiographie et les histoires improbables. Chaque jour, ils écrivent un texte à la première personne, racontent le personnage qu'ils incarnent, sa vie à l'hôtel, ses relations avec les autres vacanciers. «Pour tous, c'était un vrai défi», raconte monsieur Merle, un des modérateurs du site. «On se demandait si on allait pouvoir, pendant trois semaines, réagir sur des gens qu'on ne connaissait pas, qui n'existaient pas. Mais, pour beaucoup, il y avait dans le jeu une vraie implication affective.»

Gilda, dans la vie une jeune femme à la voix fragile, interprétait Michel Jouffreau, un conducteur de travaux, macho assumé. Elle a passé des nuits à raconter ce personnage qui se découvre homosexuel pendant que sa femme dilapide les économies familiales au casino. «Le blog classique ne m'intéresse pas. Une expérience de fiction collective, c'est autre chose. A l'Hôtel des blogueurs, il s'est vraiment passé un truc fort. Je m'investissais à fond. Mon personnage s'intéressait au vélo, alors je me suis forcée à regarder le Tour de France à la télé pour pouvoir en parler.»

«Succès surprise». Selon Kozlika, «endosser la peau de quelqu'un d'autre, ça a toujours été une dimension possible pour le blogueur. Malgré tout, le succès nous a pris par surprise. On avait même une liste d'attente en cas de désistement.» Elle, qui s'inscrit dans la tendance «Perec-Queneau», a pu distinguer trois grandes «familles» de clients. «Ceux qui sont attirés par le côté littéraire, ceux qui préfèrent l'aspect jeu de rôles et ceux qui mélangent les deux.» D'autres ont pris le concept à rebrousse-poil. «A la fin du séjour, les auteurs se dévoilent. On s'est aperçu que plusieurs avaient mis en scène leur vraie vie, que leurs personnages, c'étaient eux.»

L'organisation a quand même demandé un temps de rodage. «La première semaine, c'était plutôt chaotique, ça partait dans tous les sens», se souvient monsieur Merle. Des interactions sur l'ensemble de l'hôtel ont été tentées. Sans succès. «On a déclenché l'alarme incendie, mais les blogueurs n'ont pas trop réagi», poursuit Kozlika. Eux préféraient développer des histoires à deux, à trois. «Il y a eu une histoire d'amour très touchante. On a aussi eu le passage d'un tueur en série, le mec qui écrivait ça était très bon.»

Une bonne partie des résidents «historiques» sont déjà partis. Mais plusieurs anciens poursuivent l'expérience sur leurs blogs personnels. Les autres attendent l'été prochain. «Ça peut continuer hors du jeu, insiste Gilda. Récemment, à un dîner, quelqu'un qui m'avait découverte sur le site m'a reconnue.» L'hôtel ferme le 15 septembre. Il est toujours complet.

(1) www.hotel-des-blogueurs.org

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