Brouillard

Jeudi dernier, alors que je me trouvais dans le train, celui-ci a soudain été arrêté en pleine voie et nous avons attendu quelques minutes avant de reprendre notre périple. L'attente se faisant longue, j'ai pu observer du coin de l'œil comment les voyageurs prenaient leur mal en patience en fonction des messages que nous avons pu entendre à plusieurs reprises.

Le premier message disait en substance ceci — sachant que cela faisait déjà deux ou trois minutes que nous attendions :

Mesdames, messieurs, nous sommes actuellement arrêté en pleine voie …

Non ? Personne n'avait remarqué bien sûr, et comme prévu quelques rires ont fusés ici et là

… Pour votre sécurité je vous demande de ne pas descendre sur les voies …

Là je me suis dit que dans le train ou nous nous trouvions, un vieux tout en métal gris argent, les portes n'allaient pas céder de sitôt tellement elles sont fréquemment rétives à toute tentative d'ouverture, y compris lorsque le train est à quai !

… Le brouillard occasionne quelques soucis de circulation et j'attends des nouvelles supplémentaires …

Je m'étais toujours dit que sur une voie ferrée, il n'y avait pas de risque en cas de brouillard vu que la gestion des trains et la détermination de leurs positions ne sont pas faites de visu mais à l'aide de détecteurs le long des voies. Pourquoi donc le brouillard gênerait la circulation ? Mystère.

… Je vous remercie de votre attention et je vous tient informé dès que j'en sais plus.

Brouillard sur les voies ferrées

Banlieue parisienne, mars 2007.

Nous voilà autant au courant que notre conducteur. Chouette. Ce message nous sera répété quelques minutes plus tard et j'ai alors vu les gens commencer à s'installer pour une attente qui s'annonçait plutôt longue.

Mon plus proche voisin à commencé à sortir un dossier et s'est plongé dans sa lecture en prenant des notes sur la marge, après avoir posé son manteau et l'avoir plié à côté de lui. Une autre dame un peu plus loin a posé son roman, sorti son tricot — ça revient à la mode ? — de son sac à main et s'est lancée dans ce mouvement légèrement hypnotique des aiguilles qui s'entrecroisent et qui s'entrechoquent. Une troisième personne a enlevé ses écouteurs de ses oreilles et sorti son … gagné … téléphone portable pour prévenir derechef son correspondant qu'il serait certainement en retard à leur rendez-vous et à commencé ensuite à discuter avec lui d'un dossier visiblement urgent.

Au bout de dix minutes, une annonce différente nous a prévenu d'un redémarrage imminent et j'ai vu alors tout ce beau monde ranger rapidement ce qu'ils avaient sorti de leurs sacs et cartables et reprendre, qui leur lecture du moment, qui leur musique favorite au travers de ces petits pendentifs qui fleurissent à pas mal d'oreilles ces dernières années.

Voilà un épisode vécu par beaucoup à de maintes reprises et vous me direz pourquoi écrire la dessus ? Et bien tout simplement parce que j'ai remarqué quelque chose de remarquable après la deuxième annonce. En effet, j'ai vu les voyageurs changer de visage, comme si ils avaient compris qu'ils allaient devoir s'accommoder de la proximité des autres et que cela allait durer. Du coup les gens se sont mis à lever la tête, à parler à de parfaits inconnus, se sentant visiblement solidaires dans leurs petit aléas ferroviaire. Et j'ai vu le phénomène exactement inverse à la dernière annonce, lorsque nous avons appris le départ immédiat, les visages se sont refermés, les têtes se sont rabaissées et tout le monde est redevenu l'inconnu d'à côté.

Comme si le brouillard qui sévissait à l'extérieur et à l'intérieur avait été soudain déchiré par un rayon de soleil puis ensuite s'était refermé sur le monde.

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