Misères

Samedi dernier j'avais choisi de tester le feu d'artifice parisien avec mon bel appareil photo. Je prends la voiture, direction porte de Saint-Cloud, y trouve facilement une place pour me garer et vais prendre le métro tout proche qui m'emmène vers la station Iéna, station ayant la particularité d'être à la fois, ouverte, accessible sans changement[1], pas trop éloignée du lieu des festivités et surtout du mauvais côté de la Seine. J'avais expressément choisi la rive droite pour ne pas me faire engluer dans la foule — on a parlé de 600 000 personnes — présente au concert gratuit qui avait lieu sur le champs de Mars.

Me voilà donc, sorti de la bouche du métro comme prévu vers 21 heures 15, pensant avoir de la sorte largement le temps de me trouver un coin potable d'où je pourrais faire quelques clichés[2]. Je me dirige vers la Seine, en passant à travers le Palais de Tokyo[3]. Arrivé au plus près des barrières de sécurité mises en place par la maréchaussée j'avise un policier en train de renseigner un couple de touristes à qui il dira qu'il vaut mieux traverser la Seine parce que d'ici ils ne verront absolument rien du feu d'artifice. Je lui demande conseil et il me répondra qu'il est préférable de marcher jusqu'au pont de l'Alma, de le traverser pour ensuite revenir de l'autre côté. Je le remercie et reparts aussitôt vers le pont. Une fois au milieu, constatant qu'il n'y avait qu'une ou deux rangées de personnes sur le parapet, je me suis dit que cet endroit devrait convenir, dégagé qu'il était de tout platanes — très fournis de chaque côté de la Seine — et que les quelques personnes présentes devant moi ne devraient pas trop me gêner pour faire quelques photos. C'est décidé, je resterai sur le pont[4].

Voilà, en me retournant, ce qu'on voyait sur le pont :

Foule sur le pont de l'Alma

Paris, 14 juillet 2007 (clic pour zoomer).

Petit à petit les gens commençaient à affluer et nous nous sommes rapidement retrouvés à plusieurs centaines, peut-être milliers, sur le pont, agglutinés sur ses trottoirs quand ce n'était sur la chaussée[5]. Parmi tout ce beau monde, juste derrière moi, se trouvaient deux dames, probablement plus âgées que moi quoique ce fût difficile de se prononcer, en tout cas pour l'une d'entre elle, qui nous ont gratifié d'une conversation qu'il aurait fallu enregistrer ! La plus petite des deux n'arrêtait pas de se plaindre, de crier ses misères, toutes ses misères, au point d'agacer durablement tout l'entourage — ce qui lui vaudra une désagréable conséquence comme nous le verrons plus le loin — avec une litanie digne du malade imaginaire.

Elle a ainsi, déclamé à sa compagne, toutes les misères que lui provoquaient ses pauvres jambes qui peinaient à la porter, surtout à attendre si longtemps le début du spectacle, toutes les misères qu'elle aurait avec son dos si jamais elle décidait de s'assoir afin de soulager ses membres inférieurs. Toutes les misères que les spectateurs, ô combien plus grands qu'elle, et qui avaient choisi de lui boucher d'emblée tout le paysage. Toutes les misères d'être si petite et d'affronter l'indifférence du monde entier à son calvaire.

Pourtant le spectacle promettait, la vieille dame de Paris[6] avait même mis ses beaux habits de lumières, toute scintillante à la tombée de la nuit :

Tour Eiffel illuminée

Paris, 14 juillet 2007 (clic pour zoomer).

Stoïques nous étions, tout autour à l'écouter se plaindre, pendant pas loin d'une heure avant les premières explosions, y compris après le début du feu. Au bout de quelques minutes, n'y voyant certainement pas grand chose, elle a demandé à la femme qui se tenait juste devant elle si celle-ci voulait bien lui céder sa place vu sa petite taille et tout les tourments endurés depuis son arrivée (j'allais dire sa naissance !). Comme il était prévisible, elle a obtenu un NON franc et massif qui ne supposait aucune négociation. L'interrogée s'est retournée pour suivre le spectacle pendant que la malheureuse soufflait le contenu intégral de ses poumons …

Feu d'artifice, une belle bleue et jaune

Paris, 14 juillet 2007 (clic pour zoomer).

Pensez-vous qu'elle se serait alors résignée ? Que nenni ! Avisant un grand jeune homme qui profitait du spectacle avec son amie, je la vois qui le bouscule, s'excuse vaguement et commence à lui expliquer qu'elle était petite, qu'il était grand, que … bref la même litote. Pas de chance, le jeune homme ne comprenait pas un traitre mot de ce qu'elle disait et s'est aussitôt retourné avec un haussement d'épaule. Au suivant ! Moi ! Et la voilà qui recommence, et patati et patalère, et misère de misère, … enfin bref je vous fais grâce des explications. J'ai pendant un temps hésité à adopter le même profil que le jeune homme en lui signifiant en quelques mots étrangers — le russe par exemple — que je ne comprenais rien, ou alors en lui demandant ce qui avait bien pu lui passer par la tête à vouloir venir ici malgré son agonie et puis finalement je me suis poussé espérant ainsi faire cesser se manège. Je ne sais pas si j'ai eu raison, en attendant j'ai pu profiter du feu d'artifice dans un calme tout relatif — ça fait tout de même pas mal de bruits toutes ces explosions !

Feu d'artifice, une belle en or

Paris, 14 juillet 2007 (clic pour zoomer).

Nous avons ainsi regardé le spectacle pendant plus d'une demi-heure, en plusieurs tableaux et quelques milliers de fusées et j'ai essayé de faire quelques photos en utilisant le mode spécialement prévu à cet effet sur mon appareil.

Je crois que pour bien faire, il aurait fallu, dans le désordre, un trépied pour poser l'appareil, car malgré les deux stabilisateurs mécanique et électronique intégrés à l'appareil, les temps de pause étaient trop longs pour en bénéficier, une absence de bousculade ou simplement de gens donnant qui un coup de coude en se tournant, qui un coup de pied en voulant rétablir une circulation sanguine défaillante ou encore celui qui cherche le meilleur point de vue pour sa caméra ou son appareil, quand ce n'était la quasi-mourante qui, voulant absolument dire son avis à son amie, ne cessait de me donner des coups de tête. Pas l'idéal !

Feu d'artifice, une belle violette

Paris, 14 juillet 2007 (clic pour zoomer).

Il aurait mieux valu que je me trouvasse[7] sur un des bateaux mouche (ou pas mouche) présents juste en dessous. Il y en avait une bonne demi-douzaine, ainsi qu'une belle vedette assez ancienne visiblement occupée par quelques VIP.

Feu d'artifice, une belle blanche et les bateaux sur la seine

Paris, 14 juillet 2007 (clic pour zoomer).

La fin du spectacle est arrivée, direction le métro pour retrouver mes pénates. Oups, je ne suis pas tout seul ! Après avoir retraversé le Palais de Tokyo, observé au passage une fusée ayant explosé venir s'abattre encore en flamme sur la foule qui montait les escaliers, vu un cracheur de feu … cracher du feu ou encore un autre jongler avec une lance enflammée, je suis arrivé sur la place. Beaucoup de monde, beaucoup trop de monde pour prendre le métro. J'ai choisi d'ignorer les bouches noires de monde, comme engorgées, pour finalement y descendre deux stations plus loin, après avoir marché jusqu'à celle de la rue de la Pompe. J'ai bien fait, quasiment pas de monde dans la rame, arrivé à la porte de Saint-Cloud en quelques minutes et une demi-heure plus tard, j'étais à la maison.

Pour tout dire, je suis revenu un peu déçu par le feu d'artifice. Peut-être parce qu'il aurait fallu être dans la perspective, dans l'axe du Trocadéro (il était tiré de ses jardins). Peut-être parce qu'on entendait quasiment pas la musique et qu'elle était nécessaire au spectacle — comme d'ailleurs les phares de couleurs qu'on voit vaguement sur l'avant-dernière photo. J'avais un souvenir d'un bien plus beau à Paris, il y a une dizaine d'années, lorsqu'il avait été tiré depuis le champ de Mars, et surtout d'un, vu l'année dernière le 15 août, tiré au bord de l'océan alors que nous étions assis dans les dunes. Mais là il y avait la magie des vacances, la magie d'être ensemble, … vivement le 15 août \\o/

Notes

[1] Comment ça je suis fainéant ?

[2] Je trouve assez curieux de parler de clichés avec un APN, pas vous ?

[3] Celui-ci comporte un affichage digital au dessus de la porte d'entrée, affichage qui, j'ai l'impression, égrène des secondes — et même des dixièmes de seconde — jusqu'à un probable évènement. Par contre je ne sais pas de quoi il s'agit exactement, peut-être qu'un de mes lecteurs pourra me renseigner.

[4] L'avenir me confirmera que c'est effectivement une excellente solution et que si, à l'avenir, je décidais de revenir, je me posterai à cet endroit en ayant pris soin de le faire avec un peu plus d'avance afin d'avoir une vue dégagée.

[5] La police avait interdit tout trafic routier sur le pont à l'exception près des véhicules de secours (pompiers, ambulances, …) qui n'ont pas cessé de le traverser, je suppose pour aller secourir quelques spectateurs du spectacles musical dont nous entendions parfois, au gré du vent, quelques mesures.

[6] Je précise pour mes millions dizaines — soyons modestes — de mes lecteurs habitant loin de mon pays qu'il s'agit d'un terme utilisée pour désigner la tour Eiffel.

[7] Ah mes vieux cours de grammaire qui reviennent sur le tard. Apprenez, apprenez, ça servira toujours un jour ! Je vais avoir l'air finaud si jamais je n'ai pas employé le bon temps.

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