Les médicaments génériques

Depuis quelques années, les gouvernements successifs préconisent l'utilisation des médicaments génériques en lieu et place des médicaments princeps[1]. Intéressant lorsqu'il s'agit de réduire la facture médicale, mais parfois c'est une très mauvaise idée. Pourquoi ? Et bien simplement parce qu'un médicament générique n'a pas tout à fait la même efficacité thérapeutique que le médicament princeps. Les normes de bioéquivalence dans ce domaine vont de -20% à +25%[2]. Cette tolérance est beaucoup trop élevée dans le domaine de l'épilepsie par exemple, mais c'est également le cas dans pas mal de maladies chroniques, où il faut parfois tatonner en diminuant ou en augmentant très légèrement les doses pour obtenir l'effet désiré.

Un pharmacien vous refuse la délivrance du médicament princeps au profit d'un générique. Comment lui faire comprendre que dans certains cas ce n'est pas une bonne idée ?

Considérons l'exemple suivant. Monsieur X, épileptique, à un traitement prescrit par le docteur Y. Le médicament prescrit et non substituable (vous verrez pourquoi cette mention est importante par la suite), 100mg de Z tous les matins, suffit à contrôler les crises. Tout va bien. Un matin, en allant à la pharmacie, monsieur X se voit proposer d'office par le pharmacien W un générique en lieu et place de son médicament habituel. Il refuse prétextant la mention du docteur sur l'ordonnance, mais le pharmacien ne veut rien savoir car l'état l'y oblige dit-il. Monsieur X a besoin de son traitement, il va donc utiliser le générique proposé. Imaginons que celui-ci soit moins efficace, suffisamment moins efficace pour que monsieur X fasse un état de mal et en décède (c'est rare mais cela peut arriver). Qui sera responsable ?

Le docteur Y ? Non, il a bien précisé la mention Non substituable sur l'ordonnance, il n'est donc pas tenu responsable. L'état qui oblige la délivrance de générique en lieu et place du princeps ? On peut attendre que les poules aient des dents avant que cela soit le cas. Résultat c'est le pharmacien qui sera responsable juridiquement du décès. Voilà une conclusion qui le fera réfléchir un peu !

Je ne veux pas faire le procès des génériques. Y compris pour traiter des maladies chroniques, comme l'épilepsie. Il est tout à fait possible de commencer un traitement avec un générique et petit à petit trouver la dose suffisante et nécessaire pour contrôler les crises. Il y a tout de même un problème important. En effet, un pharmacien peut vous donner un générique X pendant un mois et puis vous proposer un générique Y le mois suivant, simplement parce que le nouveau lui procure un avantage financier plus important que le précédent. Résultat vous pouvez vous retrouver avec un médicament dont la dose n'est absolument pas adaptée[3]. Vous imaginez. Dans ce cas le pharmacien ne sera pas tenu pour responsable en cas de problème et le patient n'aura plus aucun recours !

Vous comprenez maintenant pourquoi il est parfois nécessaire de ne pas utiliser les génériques pour certaines pathologies. Les risques étant bien trop importants et les responsabilités pas toujours bien définies en cas de problème.

Notes

[1] Mot latin. Se dit d'un médicament original, d'une première édition d'un ouvrage, … Les médicaments génériques copient un médicament princeps.

[2] Lire à ce sujet le communiqué de presse de la LFCE.

[3] Si votre générique A équivaut à 125% du princeps et qu'on vous fournit un générique B qui équivaut à 80% du princeps, vous obtenez une différence de 45%, quasiment la moitié de l'efficacité thérapeutique du médicament princeps ! C'est aussi valable dans l'autre sens ou vous pouvez vous retrouver avec un surdosage.

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