La petite maison

Il était une fois une petite maison. On la trouve bord de la voie ferrée. On y accède par un chemin de cailloux et plein d'ornières qui longe un champs et un petit bois. Les trains passent à quelques mètres en la faisant vibrer légèrement.

Petite, en parpaings gris, grossièrement construite, elle abrite depuis des années des sans-logis, je dirais plutôt des non favorisés par la vie vu qu'ils ont un toit et guère plus. Un peu de bazar hétéroclite traîne autour. Une vieille bassine qui contient encore un peu d'eau croupie et un manche de pelle ou de pioche brisée, un sommier qui a sûrement connu des jours meilleurs et probablement plus heureux. Le toit en tuile rouges à l'air en bon état, les fenêtres ont des vitres quasiment toutes intactes — on distingue une ou deux fêlures ici et là — à part celle du côté des rails qui arbore fièrement un morceau de carton rouge et blanc.

On ne voit pas de lumière à l'intérieur. Il est probable que la fée électricité n'ai pas étendu ses tentacules jusqu'à ce petit bout de nul part et pourtant un grand pylône en transporte suffisamment juste à côté. L'eau courante est fournie par un vieux bidon qui recueille l'eau de pluie à l'extérieur. Un petit lopin de terre a l'air d'avoir été un peu jardiné mais rien ne pousse, en tout cas rien de visible. Les mauvaises herbes ont tendance à empiéter sur le terrain dégagé autour des murs.

Je passe devant tous les jours de la semaine, lorsque je vais travailler. Souvent, à cette heure là, elle est au milieu de la brume matinale et donne l'impression d'être hors du temps, surtout lorsque le soleil commence à pointer à l'horizon et donne cette lumière particulière. Elle me fait souvent penser au film Les enfants du marais. Elle donne envie de s'arrêter, pour faire une pause, pour profiter de ce moment, histoire de goûter un instant une autre vie.

Est-ce que ceux qui y habitent vivent là toute l'année ? Je ne sais, je n'ai jamais su. On voit rarement quelqu'un au dehors, pourtant il y a des signes, des choses dérangées, parfois un vieux break rouillé est garé derrière, près du bois. L'été dernier, à plusieurs reprises, j'ai remarqué un peu de remue-ménage aux alentours. Des voitures, en bon état, visiblement de société à moins que ce ne soit d'administration. Des personnes avec du matériel de mesure, des plans et des dossiers, un géomètre y a même déployé son trépied un matin. Puis plus rien jusqu'à la semaine dernière.

Ce matin gris de novembre alors que j'observais le paysage noyé dans le crachin qui effaçait l'horizon, je suis passé devant, dans l'habitude de mon quotidien. Je n'y faisais pas trop attention perdu dans mes pensées et soudain j'ai sursauté. J'ai tourné rapidement la tête pour m'assurer de ce que j'avais vu. Mes yeux ne m'avaient pas trompé, ce que j'avais aperçu du coin de l'œil était la réalité : une pelleteuse, un tas de gravas et un vieux sommier rouillé !

Requiest in pace

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