Tout le monde en parle

Maintenant que l'affaire est médiatisée, que non seulement les sites internet, mais aussi la radio et la télé parlent de l'affaire, je me sens plus libre d'en parler. D'ailleurs la chronique de Delpin ce matin à la radio y était consacrée, c'est dire l'importance donnée à cette découverte ! Mon grand-père m'avait mis en garde avant de me le confier, « Prends garde aux journalistes et aux politiques ! Ils voudront rendre cela public dès qu'ils en auront pris connaissance, et peu importe les conséquences ! Mais surtout, surtout, ne parle jamais de ça à une femme, ou c'est ta perte assurée. ». Pourtant le vieux savant que j'avais contacté un peu plus tard m'avait bien dit qu'il se passerait des siècles avant qu'on puisse comprendre quoi que ce soit à ce phénomène et j'en étais ressorti rassuré même si j'avais bien sûr remplacé siècles par années, sachant par avance que tout va toujours plus vite que prévu. Quand à ma femme, que j'avais mise dans la confidence, je lui vouais une confiance absolue lorsqu'il s'agissait de nos affaires de famille. Enfin, c'était le cas à l'époque !

Je parle, je parle, mais il faut que je vous ressitue un peu le contexte de tout ce bordel — excusez l'expression, mais elle est d'actualité — avant de vous en expliquer les conséquences immédiates pour moi. Tout d'abord l'objet de la découverte, parce qu'il s'agit d'un objet, qui est un coffre fabriqué dans une matière inconnue, d'un noir profond, muni d'une porte dont le système d'ouverture et le verrouillage a résisté à toute les tentatives d'effraction jusqu'à maintenant et qui, de temps à autre, luit d'une belle couleur pourpre — il lui est arrivé de virer au parme mais très rarement sans que j'en comprenne la raison. Il avait servi mon grand-père pendant quelques dizaines d'années avant qu'il se résigne à le transmettre à un autre désigné. Seulement il y avait du y avoir un couac dans le choix car quelques mois plus tard — je me demande encore aujourd'hui si c'était voulu ou s'ils étaient eux aussi sujet à des aléas non maîtrisés, le coffre était revenu au domicile de l'ancien. Bien embêté il m'avait appelé aussitôt pour m'en parler :
« Xave ?
– Oui (j'avais reconnu sa voix rocailleuse qui m'avait toujours impressionné) ? Qu'est-ce que tu veux ? Demandais-je en réponse.
– Écoute, le coffre est revenu dans la chambre à coucher et Isolde commence à trouver louche ce bloc qui pèse le poids d'un âne mort. Il faut absolument que je m'en débarrasse avant le week-end prochain, j'ai les ouvriers qui commencent leurs travaux et elle se plaint qu'elle ne peut faire le ménage derrière …
– Bien, bien grand-père, ne t'inquiètes pas je m'en charge, mais il faudra que tu m'aide parce que tout seul je n'arriverais jamais à le déplacer s'il pèse vraiment le poids que tu dis … Attends je regarde mon planning … Bien, disons mercredi, c'est à dire le 6 avril prochain, entre midi et treize heures, ça t'ira ? Lui répondis-je. Je prendrais la remorque de Gérard …
– C'est parfait comme ça, Isolde — je vous ai dit que c'était une sorte de garde-malade, femme de ménage et parfois de compagnie qui passait un peu de son temps à aider les personnes âgées ? Non ? Et bien maintenant c'est fait — sera aux courses, on aura le champ libre et puis ramène-moi un tire-bouchon pneumatique comme le tien, j'ai un client à qui j'ai fait des conditions générales de vente d'enfer et qui ne badine pas avec les cadeaux ! La générosité même ce gars là ! Il m'a offert un Château Yqem 74, tu m'en diras des nouvelles !
– Oui, oui, promis. »
Et je raccrochais le combiné en me disant que le grand-père était encore parti dans ses délires, fréquents après la deuxième bouteille dégustée, comme il disait. Tu parles de déguster, c'était plutôt de la descente au goulot à se demander s'il sentait quelque chose avant que le liquide n'atteigne son estomac ! Bien sûr à cette époque je n'étais moi non plus pas au courant et ce n'est qu'après avoir effectivement récupéré l'objet que j'ai compris ce qu'il voulait dire.

Évidemment j'en avais parlé à Suzanne qui, bien que m'ayant juré de garder le silence la dessus et ayant réussi à tenir sa langue pendant quatre mois — un exploit pour cette stakhanoviste du commérage, n'avait rien fait de mieux que d'en parler à sa collègue de collège à la fête de la Saint-Jean et qui elle-même en avait parlé à sa cousine qui bossait à la télé … De fil en aiguille ça avait fini par atterrir sur le bureau d'un rédac-chef d'un quotidien local. Le sujet aurait pu finir à la poubelle si nous n'avions pas été en plein été, sans catastrophe ni scandale particulier — même la météo cette année était tout à fait clémente, bref rien à mettre en une pour l'édition du week-end. Il avait alors confié l'enquête à un jeune pigiste qui bossait l'été et qui bien sûr y mis tout son zèle et son savoir-faire. En trois jours, cela avait fait le tour de la rédaction et les téléphones ont commencé à sonner un peu partout. Un coffre mystérieux d'une provenance inconnue, résistant à tout les mauvais traitements qu'on pouvait imaginer et probablement aux autres, s'ouvrant de temps en temps sur des objets tout aussi fantastiques, était en la possession d'un petit instituteur de campagne !

C'en était fini de ma liberté, moi qui espérait passer des vacances tranquilles pour réparer la terrasse qui s'était effondrée à cause des dernières grosses pluies — tiens il va falloir que j'engueule le maçon qui m'avait certifié qu'il ne fallait pas de drainage dessous, que chez lui il avait fait comme ça et que ça tenait depuis des années. J'ai appris hier qu'il habite en appartement le fourbe ! Il va m'entendre … Monsieur Perreira de la société Le nombre pi, rapport à la mesure des cercles pour les yeux de bœufs qu'il m'avait expliqué alors que je lui demandais pourquoi ce nom pour sa société. Parfois je me demande si j'ai bien tous les diplômes qui sont affichés dans mon bureau parce que je n'avais strictement rien compris à la longue démonstration qu'il m'avait fait à l'époque. Pas une journée sans un coup de fil, pas moyen de bosser tranquillement ou de faire la sieste — mon pêché mignon — pendant plus d'une semaine. J'ai du être interviewé au moins six fois en quatre jours et sans compter les questions-réponses téléphoniques. J'ai eu droit à mon lot de foldingues qui, sous prétexte que j'étais devenu célèbre, me demandaient de l'argent, une bénédiction ou les prochains chevaux à l'arrivée du tiercé de dimanche. Comme si j'en savais quelque chose ?

Finalement, au bout d'une quinzaine Suzanne m'a proposé un séjour chez sa mère, avec la caravane histoire de préserver un minimum de distance entre elle et moi — nos rapports sont, comment dire, électriques — en attendant que tout ceci se calme. Bingo ai-je répondu aussitôt, j'attelle, je prépare un sac et on s'en va. Deux heures plus tard, nous étions sur la route …


Ce billet est ma participation au jeu du sablier de printemps de Kozlika et par la même occasion au jeu du Dis-Moi Dix Mots au printemps de … Kozlika (oui, oui la même). N'y voyez pas là une quelconque fainéantise mais plutôt une petite malice que de combiner les deux contraintes — plus celles que je m'impose — dans un seul et même texte. D'ailleurs la Fée des mots et des blogs l'avait pressenti et par conséquent autorisé.

L'amorce …

Maintenant que l'affaire est mediatisée, que non seulement les sites internet, mais aussi la radio et la télé parlent de l'affaire, je me sens plus libre d'en parler.

… provient du billet Médiatisation de TarValanion.

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