Cinéma

Deux places nous attendaient dans ce salon transformé pour l’occasion en salle de cinéma. Nous nous sommes assis, Jeanne et moi, pendant que les conversations discrètes fusaient ici et là. Bientôt la séance allait commencer. Un opéra filmé que j’allais voir pour la première fois. Mais lequel ? Fichtre ! Pas moyen de remettre le nom dessus, pas plus d’ailleurs que d’images, de musiques ou de chants. Curieux. Par contre je me souviens de notre discussion à propos, à propos de quoi d’ailleurs… Ah quelle fichue mémoire !

J’avais l’impression qu’elle était venue spécialement pour m’initier à cet art particulier, si étrange pour le néophyte, si impressionnant pour le simple quidam que j’étais. Sans le décorum de l’opéra j’étais moins intimidé, mais les autres spectateurs avaient l’air d’être de sérieux prosélytes lyriques, pour autant que je puisse comprendre leurs propos au sujet de la distribution de ce soir.

Mais comment diable avais-je fait la connaissance de Jeanne Moreau, au point qu’elle m’emmena ici ? Par quel curieux hasard pouvait-elle trouver si naturel de m’accompagner, moi le parfait anonyme ? Aussitôt la question posée, aussitôt une autre se présentait sans qu’aucune réponse vienne à la première. Où étions-nous, dans quel lieu, quelle ville. Il serait probablement plus simple que je décrive ce dont je me rappelle plutôt que d’énumérer mes interrogations de ce matin.

Une salle de belles dimensions donc, avec un haut plafond et un décor flamboyant, de lourds rideaux pourpres ou sang masquaient les fenêtres à petits carreaux inégaux. Les ors brillaient et les lustres portaient des ribambelles de bougies allumées. Plusieurs rangées de chaises pliantes, en métal doré et coussins de velours rouge, des portants où étaient accrochés des dizaines de cintres en bois sombre.

La projection à commencé doucement, je crois, car ni images, ni sons ne sont venus jusqu’à moi. Jeanne a eu l’air captivée aussitôt sans que je comprenne pourquoi et regardait fixement le grand écran au fond de la salle. Parfois, un homme ou une femme s’approchait d’elle, se penchait vers son oreille et lui glissait quelque anecdote ou bonjour discret. Un sourire éclairait alors fugacement son visage et se refermait aussitôt. Un battement de cils, parfois, était le seul autre mouvement perceptible.

C’est en la regardant et en me posant des milliers de questions que soudain, tout a disparu…

La prochaine fois il faudra absolument que je prenne des notes, dès mon réveil. Oui, la prochaine fois, si je m’en souviens !

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