Bout de brousse

Je me suis réveillée la bouche pâteuse, un horrible sentiment de fierté pointant dans le cœur, un rire sardonique. J’ai ouvert mes volets violemment. Ils se sont abattus sur le mur puis m’ont claqué dans la gueule dans un retour à l’expéditeur digne du meilleur des boomerangs. Quel couillon avait encore fixé des patins en caoutchouc sur le mur ? Je me suis frotté le nez et j’ai attrapé le rideau pour essuyer le sang qui coulait abondamment de mon nez. « Arthur ! Descend ici tout de suite. » ai-je crié en ouvrant la porte de la chambre. « Arthur, t’es où ? ». Je suis retourné dans la chambre en me cognant violemment le gros orteil sur le coin de la commode. Aïe, ça faisait un mal de chien ! Encore une lubie de la femme de ménage qui n’avait rien trouvé de mieux que de déplacer encore une fois tous les meubles. Je suis retourné vers le lit et c’est à ce moment que j’ai commencé à me reprendre mes esprits.

Mais que faisait cette jeune fille dans mon lit, et où était donc ma femme. Bizarre, bizarre, ne serais-je pas en train de rêver ? C’est à ce moment que le chien que j’avais pris pour une descente de lit et sur lequel j’avais marché c’est rebiffé. Il s’est relevé brutalement, manquant au passage de me faire tomber et s’est jeté sur moi toutes dents dehors. Je n’ai du mon salut qu’au peignoir que je lui ai abandonné et suis sorti de la pièce en courant. C’est complètement nu que j’ai débouché dans le couloir où une foule s’était amassée en entendant les cris. Mais que faisaient tout ces abrutis chez moi ? J’ai alors attrapé un vase qui trônait sur une desserte près de la porte et je m’en suis servi pour cacher mon intimité. Pas que je sois prude mais je ne voulais pas effrayer les gamins qui gloussaient au fond.

C’est en portant un vase et en longeant les murs que j’ai fini par croiser Arthur qui avait enfin décidé de répondre à mes appels. « Mais qu’est-ce que tu fiches ? Et qu’est-ce que c’est que ce bordel ? » lui ai-je demandé. Il n’a rien dit et m’a attrapé par le bras pour me tirer rapidement dans la pièce d’où il sortait. Drôle d’endroit qui ne me rappelait rien du tout. Est-ce qu’il avait changé la décoration de sa chambre ? Arthur a refermé la porte et s’est retourné vers moi. « Mais qu’est-ce que tu as fait papa ? Tu vois pas que tu es ridicule ? Je te signale que tu n’es pas chez toi mais dans l’hôtel que tu as réservé pour les vacances… ». Ah bon.

Qui était donc cette fille dans mon lit. Mystère. J’ai demandé à Arthur où était sa mère et sans attendre sa réponse j’ai attrapé un peignoir qui trainait dans un coin et l’ai enfilé, bien décidé à découvrir le fin mot de l’histoire. Le calme était revenu dans le couloir et j’ai frappé à la porte de ma chambre, espérant que la fille m’ouvre en ayant pris la précaution d’attacher son molosse. J’ai entendu quelques bruits et enfin la porte s’ouvrit. J’ai eu un hoquet de surprise quand j’ai aperçu un homme de l’autre côté de la porte et qui tenait dans ses bras un énorme Maine Coon. « Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? » m’a-t-il demandé. J’ai bredouillé une vague excuse à propos d’un vieux camarade rencontré la veille au soir au bar de l’hôtel et d’une erreur de chambre et j’ai tourné les talons pour retourner chez Arthur. Où avais-je bien pu dormir ?

Je n’ai jamais su ce qu’il s’était passé réellement. Je n’ai jamais su qui était cette fille qui était dans ma chambre et que je n’avais pas revu depuis, pas plus que l’homme d’ailleurs. Ma femme, paix à son âme, était décédée quelques années plus tôt, bien avant ces vacances que je passais avec le fiston dans cet hôtel perdu au milieu de nul part. Comment avais-je pu croire qu’elle était encore vivante ? Des questions et pas de réponses. La seule chose dont je me souvenais bizarrement était le goût particulier de ce tabac que m’avait fait fumer ce vieil aborigène au regard étrange rencontré dans la brousse pendant l’excursion organisée par l’agence Nirvana.


Texte écrit à l’occasion des sabliers givrés de Kozlika, dont l’entame du grain 9, choisie par Mavie, provenait d’un billet de Pincettes sur son blog N E X T E X I T, Tout est vrai :

Je me suis réveillée la bouche pâteuse, un horrible sentiment de fierté pointant dans le cœur, un rire sardonique. J’ai ouvert mes volets violemment. Ils se sont abattus sur le mur puis m’ont claqué dans la gueule dans un retour à l’expéditeur digne du meilleur des boomerangs.

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