Vacances imaginaires

J’aurais pu conter par le menu et avec force détail chacune des journées passées pendant les deux dernières semaines. Villégiature dans un joli coin de notre pays avec quelques belles personnes, etc. Et je me suis dit qu’à part une demi-douzaine de personne, ça n’intéresserait pas grand-monde ! Qui voudrait savoir notre emploi du temps, qui voudrait se farcir le compte-rendu de chacune des balades faites dans la lande environnante ou le long des côtes de sable et de rocher ? J’ai alors réfléchi à ce que je pourrais vous dire, qui ne soit pas un banal rapport de gendarmerie façon carte postale et évidemment émaillé ici et là de quelques photos souvenirs mal cadrées, forcément, dont l’intérêt ne saute aux yeux que du photographe lui-même. Vous avez déjà envie d’arrêter la lecture et de repartir vers d’autres cyber-lieux, et je vous comprends…

Alors, alors j’ai choisi d’en raconter d’autres. Celles que j’imagine avant de partir, au moment de faire les bagages, de vérifier que rien ne manque dans la valise, lorsqu’on vérifie que les billets sont à portée de main. Voyons un peu de quoi sont constituées ses vacances imaginaires, celles que j’aurais aimé vivre.

Tout d’abord il y a une maison, point focal d’une rencontre d’un cyber-monde. Les débuts et fins de phases ne sont pas synchrones. Et il vaut mieux car l’hébergement n’est pas très grand bien que multi-niveaux avec support externe pour goûter un peu le délicat frisson de la fraicheur de l’espace environnant. Les ondes sont atténuées à l’intérieur, un rare filet arrose très légèrement le coin extrême, à condition d’avoir un peu de chance. Le plus souvent il faut s’équiper et s’armer pour sortir affronter les éléments et profiter d’un faisceau plus important.

Les cyber-jumelles sont là, qui vaquent à leurs occupations, parfois s’arrêtant le temps de commenter telle nouvelle apparue sur la toile, avant qu’une autre prenne le relais. Il faut aller vite, il y en a beaucoup, beaucoup trop à lire, et les vacances ne sont pas propices pour encaisser un tel flux. L’apprenti petit sujet s’affaire dans son coin. Jouant encore sur le mode temps-réel avec des représentations physiques et solides. Bientôt, lorsqu’il aura pris un peu d’assurance, il pourra s’engager sur les voies virtuelles. Il faudra l’accompagner un peu, le guider, puis le laisser trébucher et l’aider si besoin à se relever.

Chaque jour, le choix des activités est fait selon la méthode l’arrache, au gré de l’humeur et de l’envie des uns et des autres. Il n’est pas rare d’ailleurs que les présents se scindent en plusieurs groupes, voire même s’isolent. Parfois le mode d’ordre est rien. Ne rien faire, voilà une activité surprenante. J’essaye quelques fois, en laissant seulement le mode veille léger dans la tête, les pensées vagabondent, avec une queue et des têtes — les miennes sont souvent cerbères, qui m’empêchent de passer —, et j’observe ceux qui sont encore connectés.

Je n’ai pas oublié mon matériel lorsque j’ai préparé mes bagages. Tout le nécessaire est là, à portée de main. L’appareil de prise de vue, les éléments de transfert, l’unité de traitement et de stockage, tout a été vérifié et retesté. Plusieurs fois par jour, je pars en quête. L’image. Celle qui le plus souvent est faite à la volée, sans préparation, celle qui ne nécessitera pas de retouche, celle qui sera cyber-diffusable telle qu’enregistrée. J’ai fait le bilan à la fin du séjour. J’ai, je crois, une candidate que je posterai bientôt, sans dire bien sûr qu’elle a ma préférence, juste pour voir si mon goût s’accorde avec mes visiteurs.

Parfois nous avons le plaisir de rencontrer d’autres cyber-connectés, bien que beaucoup moins présents que nous sur les réseaux. Un après-midi me marque particulièrement alors que nous abordons une vive discussion sur nos identités réelles et virtuelles. Comment s’accordent-elles. Choisir ou pas un pseudonyme qui nous suivra longtemps ou simplement quelques mois, le temps d’un passage à une autre dimension, autre compréhension. Échanges constituants. Ils le sont pour moi.

Mon petit cyber-apprenti marche vers plus d’autonomie, une fois les quelques digues étrangères rompues. Il découvre le plaisir d’essayer et de parfois réussir. Il découvre aussi le mal qu’il faut se donner pour apprendre et s’améliorer. Il ne surfe pas encore, mais il nage, y compris en eau profonde. Victoire.

Des plaisirs, chaque jour, différents. De l’imprévu légèrement prévu. Des moments savourés entourés. Des lumières partout, de toutes les couleurs. Parfois un peu d’ombre, triste, où nous nous serrons pour faire corps, pour réconforter. La chaleur nous entoure. C’est trop court, comme souvent, comme tous les moments importants. Trop court et si vivant.

Des vacances extraordinaires que j’ai réellement vécu cet été.

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