Les québécois

Nous étions dans le TGV hier à destination du grand froid Est de la France et nous avons passé presque deux heures[1] juste derrière un couple muni de cet accent si particulier et reconnaissable entre tous[2].

Ils étaient installés côte à côte au centre de la voiture, là ou quatre sièges se font face autour d’une grande table, le « club 4 » il me semble. Les kilomètres passant nous les avons vu prendre de plus en plus leurs aises et au bout d’une petite demi-heure commencer à sortir deux jeux de cartes à jouer. Lui les distribuait bruyamment en claquant les cartes sur la table, elle, j’imagine parce que je ne la voyais pas, les prenait au fur et à mesure dans ses mains. Une fois la distribution effectuée, il se passait quelques secondes, deux ou trois minutes peut-être et elle commençait à compter. Cinquante, soixante-quinze, etc, parfois en allant jusqu’à cent cinquante.

J’ai passé de longues minutes à me demander à quoi ils pouvaient bien jouer[3]. Pas d’autres indices que cette distribution rapide et ce comptage quasi immédiat ensuite. Aucun des jeux de cartes que je connais n’avait de règles compatibles avec ce manège. J’ai également pensé à quelques tours de magie ou alors une sorte de jeu divinatoire, ou alors qu’ils étaient des joueurs professionnels de poker ou de bridge qui parcouraient l’Europe de tournoi en tournoi. Je ne saurais pas. J’ai pendant un temps imaginé leur poser la question mais à les écouter parler avec leur accent je me sentais incapable de leur parler sans prendre aussitôt le même ! Imaginez l’embarras. « C’est-tu quoi le jeu à quoi vous jouez vous z’autr’ lô ? » ou quelque chose d’approchant… Bref, j’ai préféré me taire et continuer à faire des hypothèses.

Le plus curieux est que pendant le temps qu’ils ont passé à jouer à leur jeu curieux, ils entretenaient une conversation assez fournie sur des sujets aussi variés qu’une recette de cuisine ou sur telle ou telle partie du paysage qu’ils observaient de temps en temps par la vitre. « C’est bô ! Regaaarde et pis lô aussi… » disait-elle avec entrain. Et lui de son côté parlait tout autant, en même temps que sa compagne de voyage, à tel point que je me suis demandé comment ils faisaient pour se comprendre !

Finalement ce petit épisode m’a redonné l’envie de vous narrer — comme je l’avais fait pendant quelques mois il y a de ça quelques années avec mes petits épisodes de « Vos billets s’il vous plaît. » — par le menu les petites singularités de nos contemporains dans les transports en commun.

Notes

[1] Le TGV ne pouvait rouler à plus de 220km/h nous a-t-on appris au début du voyage en raison des conditions météorologiques.

[2] Il est issu du français parlé à Paris au XVIIe et XVIIIe siècles ai-je appris sur Wikipédia.

[3] D’ailleurs si quelqu’un a une petite idée sur ce que ça peut bien être, je suis preneur !

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