Le petit poids sur la balance

Me voilà à l’heure du choix pour le fiston, après plusieurs mois et années de bagarre pour qu’il finisse par suivre une scolarité normale, bien qu’aménagée et avec l’aide de quelques soutiens supplémentaires, il me reste un peu moins d’un mois pour décider de ce qu’il fera dans les années à venir, voire ce qui aura une implication profonde sur le reste de sa vie.

Il a onze ans et demi. Il est en CM2. Il peine à suivre le rythme, surtout depuis qu’il s’accélère et que les notions abordées sont nouvelles et plus des reprises d’anciennes déjà vues la ou les années précédentes. Il y a quelques jours une commission à statué sur son orientation pour l’année prochaine, sur la base d’un dossier pas forcément complet et parfois même inexact. Cette commission recommande l’orientation en 6e SEGPA l’année prochaine, car, et contrairement à ce que certains de ceux qui l’encadrent aujourd’hui disaient encore il y a quelques semaines, ses difficultés ne relèvent pas de la prise en charge par une AVS. Exit donc la 6e ordinaire avec AVS telle que fortement recommandée par son instituteur — il a depuis un peu changé son fusil d’épaule depuis deux ou trois semaines — et par la psychologue scolaire qui l’a longuement rencontré.

Il y a quelques semaines, peu de temps après les vacances de Noël, tous les intervenants pensaient qu’il aurait sa place en 6e ordinaire pour peu qu’il soit accompagné par une AVS. Son instituteur avait même commencé par travailler avec lui dans ce sens, en travaillant sur l’autonomie et la vitesse. Il y avait aussi beaucoup d’effort qui venait du minot et l’ensemble donnait bon espoir pour la suite. Aujourd’hui il a changé d’attitude, est très dissipé dans sa classe, au point de gêner les cours, jusqu’à contester ouvertement l’autorité de son maître.

Aujourd’hui je ne suis pas capable de dire si c’est passager, si cela ne durera que quelque temps, comme ça s’est déjà produit dans le passé. C’est et ça a toujours été difficile de prédire ce genre de chose. Son orthophoniste préconise maintenant un redoublement en CM2, il en serait alors à son 2e en primaire, avec pour objectif principal qu’il prenne un peu plus de maturité. Sa psycho-motricienne ne se prononce pas et préfère rester cantonnée à sa seule spécialité. L’instituteur doute maintenant qu’il soit en mesure de suivre une scolarité ordinaire, y compris dans le cas où une hypothétique AVS lui serait affectée. Quand à la MDPH il relève, comme je le disais plus haut, d’une structure spécialisée pour sa prise en charge. La SEGPA donc.

Il me reste un peu moins d’un mois pour décider. Parce que bien que le droit soit « pour nous », il est clair qu’aucune AVS ne sera présente en septembre prochain pour la rentrée s’il devait entrer en 6e ordinaire. Nombre de MDPH vont d’ailleurs se pourvoir en justice contre l’État parce que ce dernier n’a pas tenu ses engagements vis à vis du budget prévu pour leurs missions. La loi de 2005 est une grande avancée, seulement le reste n’a suivi qu’un temps. Aujourd’hui c’est une quasi faillite de ce point de vue.

Choisir une 6e ordinaire permet de conserver ses « chances » et ses choix pour le futur. Choisir une 6e SEGPA permet d’adapter sa prise en charge face à ce qu’il est capable aujourd’hui de produire comme travail, comme effort. Il m’a surpris, parfois, mais ce n’est jamais linéaire, ce n’est jamais une belle droite de progression comme dans les livres. Il passe de la meilleure volonté du monde à une opposition comme j’en ai rarement vue — capable de faire tourner en bourrique les plus aguerris des adultes. Difficile de faire un choix dans ses conditions.

Le principal intéressé ne se rend pas compte des enjeux. Quand je lui demande pourquoi il veut aller en 6e ordinaire — parce que c’est son choix aujourd’hui, contrairement à l’année dernière où il préférait aller dans « l’école où ça va doucement », il me répond qu’il veut aller avec ses copains. Mais il ne comprends pas qu’il est le principal acteur de cette possibilité et que ce ne sont finalement pas les adultes qui vont choisir pour lui. S’il travaille, s’il s’y met, alors il pourrait faire son chemin « ordinairement ». Au contraire, s’il lâche prise comme il le fait depuis quelques semaines alors ce sera la SEGPA. Et je ne crois absolument pas, comme sa mère le prétend et le rappelle à chaque discussion, qu’un pont existe entre la SEGPA et le cursus ordinaire. Je connais trop bien mon fils pour savoir que ce sera un choix définitif de filière. Le retard qu’il prendra en SEGPA sera trop important pour espérer un retour.

Pour que les choses soient claires, je n’ai pas d’a priori contre la SEGPA. J’en ai appris suffisamment pour comprendre que ça peut être tout à fait adapté à certains enfants, bien plus qu’un acharnement à les conserver dans un cursus dans lequel ils sont d’emblée exclus. Je sais aussi que la SEGPA où il irait très probablement conduit à des métiers dans lesquels je ne le vois absolument pas s’épanouir. Plombier, travailleur dans le bâtiment ou la restauration me semblent bien éloignés de ce qu’il aurait la capacité de faire, connaissant ses difficultés de psycho-motricité.

Si j’avais la certitude que la SEGPA était faite pour lui je n’aurai aucune hésitation sur la décision à prendre. Seulement voilà, il est comme un petit poids qui navigue entre les deux plateaux de la balance, au gré de ses humeurs, de ses envies, de sa vie d’enfant.

Sur quel plateau dois-je poser mon doigt, mon énergie pour qu’il avance ?

PS : désolé pour le vrac de ces quelques mots, c’est écrit comme c’est sorti de mes interrogations et de mes cogitations des jours derniers.

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