Émotions

Tous les quinze jours, depuis quelques mois, je passe la soirée d’un jour de semaine avec le fiston. L’occasion de se retrouver le temps d’un dîner quelque part et de discuter un peu de tout et de rien. Parfois, souvent même, et quand le temps le permettait j’allais là-bas en scooter. La cerise sur le gâteau pour lui qui ne manquait pas, à chaque fois que je l’avais au téléphone quelques jours avant de venir, de me demander si j’allais venir en scooter ou pas. Question à laquelle je répondais invariablement que sauf temps de chien ce serait le cas. Il raccrochait quasiment aussitôt sans manquer de lancer un « ah ! » satisfait.

Récemment, à la sortie de la pizzeria où nous avions passé quelque temps, je lui ai proposé un tour un peu plus long que d’habitude — le temps s’y prêtait particulièrement et nous étions largement dans les temps avant l’heure limite du retour convenu. Comme d’habitude il a enfilé le harnais, le casque, attendu que je démarre le scooter — encore un petit plaisir que de monter sur l’engin en train de tourner, c’est devenu un rituel avec le temps — et patienté que je fasse de même. Une fois en selle, il a accroché le mousqueton à ma ceinture et attrapé les deux poignées.

J’ai senti, sans le voir, son sourire s’élargir quand j’ai commencé à dé-béquiller l’engin et commencé à rouler. Je l’ai senti assurer sa prise sur les deux poignées de la ceinture spécialement achetée pour lui — au passage ma séance d’abdo commençait — et s’installer confortablement. Ce jour là nous avions choisi quelques routes de campagne qui nous permettait de faire un grand tour pour revenir à sa maison tout en faisant suffisamment de kilomètres pour assurer le plaisir.

Environ à mi-chemin j’ai avisé une ferme puis quelques chevaux en train de brouter juste au bord d’un champ qui longeait la route. L’avantage du scooter est qu’on peut facilement s’approcher et se garer sans gêner qui que ce soit qui viendrait à passer par là. Je me suis arrêté donc, et me suis retourné en lui montrant les deux chevaux qui étaient quasiment à portée de bras, moins d’un mètre nous séparait du plus proche d’entre eux. Les deux chevaux avaient remarqué notre arrêt, nous avaient observé un moment puis avaient repris tranquillement leur occupation première. J’ai commencé à lui demander comment il les trouvait quand j’ai croisé son regard. Il s’en foutait royalement et me regardait sans m’entendre avec l’air de dire : « Mais quand est-ce que nous allions repartir pour avaler du bitume ? ».

J’ai compris à ce moment que tout ce qui lui importait était le temps où assis derrière moi il pouvait rêver, s’amuser, profiter sans plus se poser de questions. Je me suis souvenu à ce moment là le temps où quand j’avais son âge mon grand-père m’emmenait faire des courses sur la moto qu’il avait à l’époque. Je me suis souvenu du plaisir mêlé d’un peu de peur que j’éprouvais alors. J’avais adoré ça. Il adorait ça.

J’ai redémarré…


Publié initialement le 23 juin 2009.

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