C'est lundi, c'est salsifis

Ça fait quelque temps déjà que je m’interroge sur mon droit de publier ici (ou ailleurs) des photos prises dans des musées ou des expositions. Puis-je, sans craindre les foudres des ayants-droits le faire sans autorisation expresse, puis-je, lorsque c’est l’état qui en est le propriétaire (à travers une collectivité locale ou un organisme national) et qu’il s’agit de collections publiques, montrer ce que j’ai vu ?

Je suis allé au musée des Arts Premiers (au Quai Branly) et j’ai bien l’intention de montrer quelques-uns des objets que j’ai photographiés là-bas, peut-être que ça donnera envie à d’autres d’aller voir sur place la myriade de pièces qui y sont exposées. Le peu que je publierai ne rendra de toute façon pas une bonne idée de l’ensemble et je ne pense pas trahir l’exposition en faisant ça, bien au contraire. D’ailleurs, dans ce musée et sans un appareil assez pointu, il sera de toute façon assez difficile de faire des photos correctes vu les conditions d’éclairage et parfois les reflets assez présents. Et paradoxalement j’ai découvert pendant ma visite des détails et des couleurs imperceptibles à l’œil nu grâce à mes clichés. Il m’est arrivé de prendre une photo d’un objet et de l’observer ensuite sur mon écran d’APN avant de supprimer le cliché !

Je suis allé dernièrement à plusieurs expositions consacrées à des photographes. Koos Breukel, Lewis Hine, Gisèle Freund. Pour le premier j’ai juste parlé de cette expo en incitant les amateurs à s’y rendre. Aucune des photos que j’aurais pu faire là-bas n’auraient pu rendre les sentiments qui vous assaillent quand vous vous campez devant un de ces portraits. Idem pour Lewis Hine et Gisèle Freund. Ce serait, je crois, trahir leur vision que de publier une photo de leur photo. Par contre j’ai photographié le Leica d’Henri Cartier-Bresson (présent à la Fondation Henri Cartier-Bresson où se trouve l’expo sur Lewis-Hine, au dernier étage) et celui de Gisèle Freund et je publierai (si les clichés qui sont encore dans ma carte mémoire sont potables) ces photos pour montrer ce qu’ils utilisaient comme appareil et qu’ils n’avaient pas tout à fait les mêmes possibilités techniques que les nôtres aujourd’hui pour faire leurs clichés, ce qui renforce encore si besoin le talent dont ils ont fait preuve.

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J’apprécie énormément les expositions consacrées aux photographes car au delà du simple témoignage des photos prises à l’époque — ce n’est jamais de la fiction, en tout cas pour ceux que j’ai été voir — j’y trouve une inspiration forte, comme par exemple avec les portraits de Koos Breukel, les noirs et blancs de Lewis Hine et les couleurs, déjà un peu passées et dégradées par le temps, de Gisèle Freund. Je compare les techniques, j’évalue l’ouverture choisie ou la vitesse du cliché pour me faire une idée des conditions dans lesquelles ça a été pris. J’ai découvert que certains jouaient avec la lumière tandis que d’autres préféraient s’intéresser aux tonalités. J’ai découvert que certaines des règles érigées en dogme n’étaient pas du tout en usage à l’époque — je pense entre autres à celle des trois-tiers. Et puis surtout je les envie d’avoir pu et su prendre le temps de faire ces photos, d’obtenir l’assentiment de leurs sujets du moment, d’avoir vécu une époque où le droit à l’image ne servait pas de bouclier perpétuel à l’exposition de leur art.

J’ai encore envie de faire des photos, c’est curieux ne trouvez-vous pas ?

PS : Je vous recommande l’exposition consacrée à Gisèle Freund, la galerie de portrait des écrivains qu’elle a faite est proprement incroyable et vous verrez qu’un flou peut rendre une photo superbe ! prenez le temps de voir le petit documentaire qui tourne en boucle dans un recoin au fond de l’étage, elle est passionnante à écouter. D’ailleurs j’ai craqué à la boutique pour Les carnets de Gisèle Freund !

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