Lakhdar Hanou Ensemble — 4

Jiang Nan

Il était une fois un pêcheur qui faisait vivre toute sa famille des fruits de sa pêche au filet. Ils habitaient au bord du Fleuve Jaune.

Un beau jour, un poisson rouge fut pris dans les filets que le pêcheur venait de jeter dans le Fleuve Jaune. Mais, au moment ou il s’apprétait à le saisir, le poisson rouge donna un coup de queue, sauta dans l’eau et disparut…

Le pêcheur, fort mécontent d’avoir laissé échapper une si belle prise, rentra chez lui sans pouvoir oublier ce poisson. Il ne le revit jamais bien que sa pêche fut toujours fructueuse. Il gagna assez d’argent, et trois ans après cet événement, il put ouvrir une boutique de tissus. Mais la pensée de ce poisson rouge, tout brillant, le hantait toujours.

Ayant perdu sa femme, le pêcheur décida de se remarier et prit pour épouse une femme qui avait déja un enfant. Un jour, alors qu’il s’amusait au bord de la rivière, l’enfant vit des pêcheurs, ce qui lui rappela que sa famille avait un filet. Il rentra en hâte chez lui et demanda a sa mère:

“maman, donne-moi le filet, je voudrais aller pêcher à la rivière.”

“ Non, mon enfant”, lui dit sa maman,” tu es encore trop petit pour te servir d’un filet”.

Jiang Nan

Mais son fils ne voulant pas entendre raison, elle finit pas céder. L’enfant jeta le filet dans la rivière, et quand il le sortit de l’eau, le trouva bien lourd; un gros poisson rouge était coincé dans les mailles. L’enfant s’empressa de l’attraper et, charge de son butin, il prit le chemin de la maison. Il n’avait pas fait vingt pas qu’il pensa: “ qu’est-ce-que je vais bien pouvoir faire de ce poisson rouge? Le vendre ou le donner a ma maman pour le repas de ce soir?”

Il regarda ce poisson si beau et après quelques minutes de réflexion, il décida de le rejeter a l’eau. Des enfants, qui jouaient au bord du fleuve, avaient été témoins de la scène, et coururent a la boutique du beau-père pour lui rapporter la nouvelle. En entendant cela, le commerçant entra dans une colère bleue: “ Il a osé laisser échapper ce poisson que j’essaye d’attraper depuis huit ans!”

Il courut a la maison fou de rage et dit a son fils: “ pour moi un tel poisson vaut plus cher qu’un fils comme toi!”.

“Que ton cœur est donc cruel, tu voudrais échanger la vie de mon fils contre un poisson?” lui dit sa femme. Mais ces paroles n’émurent pas le commerçant; lasse elle finit pas lui dire: “si tu n’as pas d’amour pour lui, il partira de la maison”. Le commerçant qui savait que sa femme avait raison, ne dit rien et s’en alla.

Fanete Mercier

La mère et le fils restés seuls pleurèrent énormément. “Mon enfant” lui dit-elle,” il ne reste plus qu’a t’enfuir loin de cette maison et loin de moi”.

Tout en lui préparant un sac de nang ( gâteau rond qui constitue la nourriture de base des ouïgours), elle lui fit ses adieux, le cœur gros, les larmes aux yeux. Il était parti depuis peu qu’il rencontra un voyageur, qui lui proposa de faire route ensemble. Après lui avoir raconté son histoire, le jeune homme, grand et robuste, lui dit:” N’ai pas peur, je suis la désormais et je te protégerai ou que nous allions”.

Depuis ce jour, l’enfant et le jeune homme devinrent inséparables tels deux frères, et ils continuèrent ensemble leur chemin.

Jiang Nan

Un jour, ils arrivèrent à une ville, où selon un ancien usage, celui qui mange sans payer est emprisonné. Les deux jeunes, venant d’une autre région n’en savait rien. En traversant la ville, ils réalisèrent soudain qu’ils n’avaient pas mangé depuis longtemps et qu’ils avaient une faim de loup. L’aine dit au cadet: “ Nous n’avons pas d’argent mais nous pouvons proposer nos bras pour rembourser”. Sans plus hésiter ils entrèrent dans une auberge et se firent apporter des petits pains farcis, et des nouilles qu’ils dévorèrent en un rien de temps. Au moment de régler l’addition ils demandèrent a faire un travail en guise de paiement. Le patron n’accepta pas le marche et alla rapporter l’affaire au roi. Les deux frères furent amenés devant le roi. “ Pourquoi n’avez-vous pas payé votre repas?” demanda le roi, “ dans mon royaume c’est considéré comme du vol. Je vais vous donner une chance de vous racheter. Cela fait bientôt sept ans que ma fille a été enlevé par un démon. Tous ceux qui ont été envoyés la délivrer ont péri. Si vous réussissez l’un de vous épousera ma fille, si vous échouez vous serez tués par le démon.

Les deux garçons heureux, d’avoir échappé provisoirement a la prison, acceptèrent en s’inclinant respectueusement devant le roi. Celui-ci, leur offrit son propre sabre et deux magnifiques chevaux.

Les deux garçons se mirent en route, et rencontrèrent, après deux jours de voyage, une montagne très escarpée, au pied de laquelle se trouvait une maison en or et un grand pont enjambant une rivière.

Jiang Nan

Une vieille sorcière monstrueuse apparut soudain devant eux, les menaçant: “ Qui vous a permis de venir dans mon royaume. Personne ne peut me tuer. A vous seuls vous ne réussirez jamais. Chaque année, le roi envoie des centaines et des centaines de soldats, mais aucun n’a survécu! C’est dommage de mourir si jeune, une seule inspiration me suffit pour faire de vous mon repas…”

Avant qu’elle eu achevé sa phrase, le cadet furieux pointa son sabre sur elle, mais l’arme fut emportée dans le ciel comme une plume par le souffle de la sorcière. L’ainé qui était très robuste cria a son frère: “ Recule-toi, je vais m’en occuper”. A ces mots la sorcière inspira une grande bouffée d’air et entraîna l’aine dans un tourbillon pour le manger. Au moment ou il allait être avalé, il donna un coup de sabre et tua la sorcière.

Les deux jeunes triomphant allèrent a la maison en or et trouvèrent la jeune princesse.

Jiang Nan

“ C’est vous qui avez tué cette vieille sorcière! Vous êtes des héros!” Ils prirent tous les trois le chemin du retour. Après avoir franchi plusieurs régions désertiques et sauvages, ils arrivèrent au village où ils furent accueillis par les villageois en liesse, qui portèrent les deux jeunes gens jusqu’au palais royal. Le roi, heureux de retrouver enfin sa fille, leur dit:

“Je donnerai ma fille en mariage a celui de vous deux qui le voudra”.

L’ainé prit alors la parole: “C’est toi qui doit l`épouser car pour moi c`est impossible. Tu comprendras bientôt pourquoi.” Le cadet du accepter et informa le roi de leur choix. On célébra les noces avec faste et dans la joie. Au bout du huitième jour, l`ainé dit au cadet: “ mon cher frère, je dois m’en retourner dans mon pays natal. Mais toi reste ici.”

“Si tu pars je te suivrai. Je ne veux pas te quitter,” lui répondit le cadet, les larmes aux yeux.

Nadjet Zouggar

Le roi eut beau essayer de les retenir, rien n’y fit; le cadet et sa femme partirent avec le frère ainé. Le roi ayant le cœur généreux et voulant le bonheur de ses enfants, leur donne beaucoup d’or et d’argent et de la nourriture pour le voyage. Des jours et des mois s`écoulèrent. Un beau matin, alors qu’ils allaient traverser le Fleuve Jaune, l’ainé demanda de faire halte et dit au cadet: “qu’as-tu attrapé dans ton filet que tu avais jeté dans le fleuve à l’âge de quinze ans?”

“ Un gros poisson rouge “ répondit le cadet.

“ Qu’as-tu fait de lui?”

“ Je l’ai rejeté dans le fleuve”.

“ Eh bien tu vois je suis ce poisson rouge! Toi, ton cœur est si bon et si généreux que tu m’as laisse vivre. Et cela t’a valu mille tourments. Je te dois la vie. Maintenant il me faut vous quitter. Adieu!”

A ces mots, il sauta dans le fleuve. Un poisson rouge brillant réapparut bientôt à la surface et fit plusieurs signes de tête au cadet avant de disparaître à jamais dans les eaux du Fleuve Jaune.

Le poisson rouge (conte ouïgour)

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