Minuit

Minuit, il était minuit lorsque notre hôtesse nous a invité à aller contempler le feu d’artifice annoncé pour la nouvelle année. Ici et là, dans l’appartement, de petits groupes s’étaient formés pour discuter de choses et d’autres tout en sirotant qui une coupe de champagne devenue tiède à force de patienter dans la flute, qui un café serré pour lutter contre le sommeil envahissant.

Je n’avais pas vu les enfants depuis un moment déjà quand j’ai attrapé ma veste. Ils devaient être en train de jouer dans un coin, voire de s’amuser dehors en attendant la féerie promise. J’ai tourné la poignée de la porte et descendu les escaliers jusqu’au rez-de-chaussée et me suis arrêté sur le perron de ce petit immeuble de trois étages. Il faisait légèrement frais, mais pas froid, il n’y avait quasiment pas de vent, le ciel était presque clair et on distinguait de loin en loin une étoile suffisamment brillante pour que son éclat puisse traverser l’écran lumineux de la ville.

Je me suis approché du petit groupe qui s’était formé, un peu plus loin, et autour duquel jouaient les enfants en riant. Soudain un coup de tonnerre, suivi presque aussitôt d’un trait lumineux surgissant au dessus de l’horizon formé par les toits des immeubles d’en face. La fusée montait rapidement puis a ralenti et sembla hésiter lorsque elle explosa en myriade de petites flammèches colorées. Le bang nous arriva aux oreilles quelques secondes plus tard et je me suis surpris à compter pour évaluer la distance.

… Quatre, cinq, six, la déflagration, j’ai divisé par trois. Deux kilomètres.

Les fusées de formes diverses défilaient les unes après les autres, parfois de concert pour former des figures merveilleuses et fugaces dans le ciel. Les enfants s’étaient assis par terre, sur le bord du trottoir, pour mieux profiter du spectacle. De temps en temps nous n’apercevions qu’un halo pyrotechnique des illuminations qui devaient se dérouler près du sol, là-bas, sur le stade. Les enfants trépignaient et se plaignaient de ne rien voir et alors que les quelques parents leur conseillaient de patienter un peu les regards se retournèrent pour contempler les nouvelles fusées qui montaient…

J’ai fermé les yeux un moment puis je les ai rouverts et ai admiré ce ciel bleu azur. Bleu azur ? En pleine nuit ? Comment cela était-il possible ai-je pensé. Une idée soudaine m’a traversé l’esprit et je me suis retourné pour regarder derrière l’immeuble devant lequel nous nous trouvions. Le ciel était gris, lourdement chargé au loin, et en avançant dans la rue j’ai découvert un nuage beaucoup plus sombre que les autres, d’une forme sans équivoque aucune.

J’avais identifié l’origine de cette clarté diurne au milieu de cette nuit et tout en me demandant s’il valait vraiment la peine que nous nous abritions et calfeutrions dans l’appartement. J’ai compté les secondes, en attendant le souffle.

… Quatre, cinq, six, …

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