Aujourd'hui domesticisme

Il était depuis longtemps contraint au domesticisme, trimballé sans pouvoir rechigner ni protester au fond d’un sac ou d’une poche, souvent malmené et même parfois victime d’une chute. Alors un beau matin, sa coupe étant pleine, il décida l’indicible.

Au moment du rassemblement matinal il se cacha bien au fond de la poche épaisse, ne laissant pas le soin à sa maîtresse de le trouver. Il attendit alors, sûr de lui et de sa détermination.

Soudain il sentit du mouvement. D’abord tassé, puis le silence complet et après un clac assourdissant un bruit étrange, assourdi, un moteur qui démarrait, puis au bout d’un moment son monde entier avait bougé. Dans un sens, puis dans l’autre, un peu comme sur un bateau chahuté par les vagues, quand enfin la libération tant espérée était survenue.

Les flots avaient surgi, balayant tout devant eux et rien ni personne ne pouvait y échapper. Cela avait duré longtemps. Il avait senti un peu l’humidité s’insérer, à la faveur de la chaleur distendant les liens et le métal. Mais toujours pas de fin, étonnement ! Puis ensuite l’eau s’était retirée, comme après l’inondation et vint le temps de la chaleur ; humide tout d’abord, puis de plus en plus sèche, le vent surgissant et rugissant tout autour de lui.

Au bout d’heures innombrables sa maîtresse le retrouva toujours caché au fond de sa poche, éteint. Elle le plaça dans un bain de riz, espérant que l’humidité rémanente ait la bonne idée d’aller s’installer à l’extérieur de l’appareil. Il apparaissait bien mort pourtant.

Trente-six heures plus tard, elle le brancha sur le secteur pour le charger et au bout de quelques minutes, appuya sur le bouton d’allumage…

Moïse, l'iPhone

Il n’était finalement pas mort, contraint de continuer sa vie de domesticité avec sa patronne. Il continuera alors pendant de longs mois à la servir, mais chacun pourra constater les stigmates de ce qu’il avait espéré et tenté.

Voilà toute l’histoire de ce téléphone passé à la machine à laver séchante et qu’il serait opportun de nommer dorénavant Boudu !

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