Je n’ai pas dit

Je n’ai pas dit qu’il suffisait de vouloir pour pouvoir, non, je n’ai pas dit ça, parce que parfois c’est compliqué, difficile, effrayant aussi. C’est le lot commun de tous les vivants en quelque sorte, sauf peut-être pour quelques privilégiés — mais le sont-ils vraiment ? — d’avoir quelques peurs avant de se lancer. C’est normal, c’est humain.

Ils en veulent, tous ces politiques, avec de grandes promesses de changement et de solutions miracles — je commence déjà à basher — avant les élections. Et puis après, l’éternel recommencement du « Nous ne savions pas l’étendue des dégâts ! », faute évidemment reportée illico sur les gouvernants d’avant, etc etc ad nauseam. J’ai espéré un changement d’attitude avec les dernières élections présidentielles, mais passé le premier débat de société, le ballon de baudruche s’est dégonflé.

Exit la loi-famille dont on nous promettait les plus grands bienfaits, pour retrouver une nécessaire tranquilité (sic) pour les prochaines municipales. Exit le pouvoir de contrôle sur ce que les agences gouvernementales de surveillance peuvent obtenir et savoir de nos vies privées dans la dernière loi de programmation militaire. Le courage politique est une valeur rare de nos jours, le débat s’étiole à la faveur des petites mesquineries intestines. M’est avis qu’on entendra pas non plus parler du vote des étrangers aux élections locales, pas plus qu’on ne verra de sitôt un débat autour de la fin de vie et de l’euthanasie, et encore moins celui, utopique dans nos sociétés actuelles, d’un à propos du revenu minimum sans conditions. On aura eu un débat de société pour cinq ans — voire dix puisque je n’ai pas souvenir d’un débat de ce type pendant la précédente mandature — alors qu’il y avait de quoi en tenir un par an.

Parfois je me demande si le mandat unique, principe qui avait l’heur de me séduire pas mal, permettant pensais-je, de limiter les manœuvres électorales de ceux qui voudraient absolument se faire reconduire dans leur mandat, n’aurait pas un effet pervers : celui d’autoriser celui qui serait aux commandes pour une seule mandature à faire absolument n’importe quoi — et encore je suis gentil, mais pas naïf — puisque de toute façon leur sort n’en dépendrait pas.

Je généralise me direz-vous, avec raison, mais l’idée même d’être politicien de profession me pose problème, puisqu’il s’agit avant tout d’un devoir — je n’ai pas dit privilège, mais ça n’est pas loin de ça — citoyen que de participer et d’aider à la gestion commune du groupe dont on fait partie. Certes, tout le monde n’a pas les compétences nécessaires et préfère s’en remettre à autrui.

Je n’ai pas dit que j’avais une solution, ce que je regrette évidemment et je ne sais pas si d’autres formations politiques que les deux grandes qui se sont partagé le pouvoir depuis des années auraient le cran nécessaire pour donner le coup de pied nécessaire dans la fourmilière. M’est avis que la maxime « Le pouvoir corrompt » doit s’appliquer au plus grand nombre, et c’est probablement humain, je n’ai pas dit éthique, hein ?

Je n’ai pas encore 25 ans, et pourtant, je suis déjà cynique (un peu), désabusée (beaucoup) et sans trop d’espoir en l’avenir.
Et surtout, j’enrage.

[ Llu : « Bâtir la civilisation du temps libéré, André Gorz » ]

La nouvelle génération n’a pas l’air d’être plus optimiste que moi, c’est un signe, cela dit la colère est un sentiment qui peut être moteur et je n’ai pas dit qu’il n’y avait pas d’espoir…

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