Chambres d’un moment

Voilà, trois prochaines nuits, trois chambres différentes.

Œil n. m. , du latin oculus. Pluriel : des yeux (un seuil, des cieux ; un deuil, des dieux ; un œil, des yeux). L’œil est à la vue ce que l’Humanité est au parti communiste : c’est son organe central. L’œil est un outil merveilleux. C’est grâce à lui que l’homme peut, en un instant, reconnaître à coup sûr une langoustine d’un autobus, ce qui lui confère évidemment un immense sentiment de puissance sur la nature. La preuve en est qu’un homme privé de ses yeux se met instantanément à raser les murs honteusement. Un homme privé de ses yeux s’appelle un aveugle, dans le langage populaire, ou un non-voyant, dans le dialecte des politicards populistes gluants. Les aveugles sont parfois ridicules. On en a vu manger des autobus ou voyager en langoustine. Pour ne rien arranger, les aveugles lisent en braillant, au risque de réveiller les sourds. L’œil se compose essentiellement de l’iris, lui-même percé en son centre de la pupille. Contrairement à la pupille de la nation, la pupille de l’œil peut se refermer sur elle-même ou s’agrandir à tout moment, sans autorisation spéciale des pouvoirs publics, même dans les pays totalitaires : on cite le cas de plusieurs dizaines de milliers de pupilles s’agrandissant d’effroi en toute liberté, en Union soviétique et au Chili notamment. Le fond de l’œil est tapissé de la rétine sur laquelle se forment des objets tels que langoustine, autobus, etc. dont l’encéphale, qui a oublié d’être con, enregistrera la perception grâce au nerf optique. L’œil humain est une mécanique merveilleuse dont la réussite parfaite nous conforte dans notre foi en Dieu. On regrettera seulement que l’œil du cochon d’Inde ou du verrat périgourdin bénéficient de la même géniale complexité. C’est vexant, même à Périgueux. Les principales anomalies de l’œil sont : la myopie, qu’on corrige à l’aide de verres divergents ; l’hypermétropie, qu’on corrige par le port de verres convergents ; le strabisme, qui prête à rire ; et la cyclopie, qu’on corrige par le port du monocle. L’œil est capable du clin. Le clin est la base même de la spécificité de l’œil. Il n’existe pas, en effet, de clin d’oreille, ni de clin de nez. Le clin d’œil sert à marquer subrepticement une complicité tacite entre deux ou plusieurs chenapans. Il permet aussi au dragueur de se faire connaître avec une relative retenue et une certaine discrétion qu’on ne retrouve pas dans la main au panier. L’œil du sourd est normal.

Pierre Desproges, Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis

Je vais ouvrir les yeux et aller faire le plein d’ailleurs…

PS : Il est possible que les publications ici soient retardées pendant ces quelques jours, peut-être même jusqu’à mardi prochain. Soyez sages, et ne cassez pas l’internet pendant mon absence.

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