Réclamation

En préambule, pourtant écrit après tout ce qui suit, j’aimerais indiquer que je n’ai pas pris le temps de remettre un peu d’ordre dans mes pensées et mes propos. J’ai tenté, au début, de suivre un mini-plan, mais finalement les différents sujets sont tellement intriqués qu’il m’est devenu difficile de m’y tenir. Alors lisez-le comme si je l’avais prononcé, au cours d’une discussion à bâton rompue, et pas comme une analyse posée, réfléchie et peut-être définitive. Merci.

Je reprends ici le fil des discussions initié à la suite de mon billet du 4 juillet dernier, à propos du projet Dotclear.

Je distingue trois sujets principaux :

  1. Ce qu’est Dotclear, ce que les utilisateurs en attendent ;
  2. La dynamique autour du développement et l’apport de sang neuf, et au travers de cela mon propre positionnement en tant que pilote ;
  3. Le périmètre de ce blog, comparé à celui publié sur le site officiel Dotclear et accessoirement les sources satellites de publication autour du projet.

J’ai noté, et c’est d’ailleurs ce qu’on avait commencé à prendre en compte avec la nouvelle interface d’administration dévoilée avec la version 2.6 de Dotclear, une attente particulière face aux nouveaux instruments utilisés pour bloguer. L’usage des tablettes se généralise. Les téléphones ou plutôt les smartphones sont également utilisés, dans une moindre mesure. Et toujours plus de simplicité, ce que je traduis par « moins de temps à passer côté backoffice pour publier ». Puis également quelques fonctions plus techniques comme le rendu statique d’un blog[1].

Je ne vais pas énumérer ici tout ou partie des tickets en attente sur l’espace de suivi du développement de Dotclear, mais il y a pas mal d’idées suggérées, dont certaines très intéressantes, et nous ne sommes pas non plus sans envies ou projets pour la suite. Pour remettre ces propos dans leur contexte historique, il faut aussi indiquer qu’une grosse étude ergonomique avait été conduite il y a quelques années et que nous n’avons pas encore tout à fait fini d’implémenter ce qu’il en était ressorti. Pour résumer, il y a de la matière pour avancer.

Au delà de cela, nous cherchons également à suivre les évolutions technologiques, dans la mesure où elles deviennent pérennes, stables et partagées, comme ce que nous sommes en train de faire pour les thèmes convertis de XHTML en HTML5 assaisonnés d’ARIA, ce qui est prévu pour la prochaine version 2.7. En parallèle nous tentons d’éliminer ce qui n’a plus lieu d’être intégré, comme les quelques scripts en Flash, remplacés par des équivalents en Javascript. De mettre à niveau le code pour le rendre plus souple, plus robuste, et un peu plus « moderne ».

Tout cela m’amène à parler de l’aspect humain de ce projet. Parce que ces idées nécessitent des bras, des cerveaux, un peu de sang et de sueur parfois. Nous sommes peu. Très peu. Depuis les toutes premières versions de Dotclear 2, plus de la moitié de la petite équipe est partie ailleurs. Certains parce que là depuis trop longtemps et avaient envie de changer d’air, d’autres parce que quelques mésententes internes les ont conduits à se détourner, parfois en restant attentifs et bienveillants à ce qui continuait à se dérouler au sein du projet, d’autres encore parce que la vie apporte parfois des choix à faire et qu’ils nécessitent de trancher, et souvent les raisons qui les ont conduits à quitter (ou s’éloigner) sont complexes et multiples.

Toujours est-il que ceux qui sont encore présents le sont à temps partiel. De plus en plus partiel d’ailleurs, chacun ayant des contraintes plus élevées, ou des envies moins prégnantes, les deux interagissant de telle manière que leurs effets se voient renforcés. Les réunions hebdomadaires de développement que nous tenions sur IRC ont fini par être de plus en plus espacées, de moins en moins animées, quand elles n’étaient pas simplement supprimées faute de participants ou de volonté. Dans ce domaine j’avoue n’être pas le dernier, bien au contraire, à avoir souffert de constater cela, et non pas le dernier à redouter l’effort à consentir et le peu d’envie d’y remédier.

C’est un cercle vicieux qui peut rapidement mettre à bas les meilleures volontés. C’est un cercle vicieux compliqué à briser.

C’était la raison de mon 42 de l’année dernière, c’est je pense aussi la raison de mon billet du 4 juillet, qui bien que moins spectaculaire, n’en est pas moins du même acabit. Ces deux alertes sont le témoignage direct de ma difficulté à tenir le rôle — que Xave m’a confié début 2013 — face aux désengagements successifs. Comme il m’est tout aussi difficile d’admettre que je pilote un projet qui paraît moribond, à mes propres yeux.

J’ai toujours considéré que les travers et les défauts de fonctionnement de l’équipe ne devaient pas être exposés sur le blog Dotclear, qui reste pour moi un espace plutôt neutre. Je ne pense pas non plus qu’il soit très « pudique » d’exposer cela ici-même — et c’est paradoxalement ce que je suis en train de faire avec ces lignes —, parce que d’une part ce blog m’est personnel et n’est pas celui de l’équipe, quand bien même ils pourraient venir réagir à mes propos, et d’autre part parce que j’estime qu’il ne serait pas honnête et digne d’évoquer ailleurs que là-bas [ sur le blog de Dotclear ] ce qu’il se passe au sein du projet.

Ce blog, ici, est plutôt éclectique, je parle volontiers de Dotclear, essentiellement d’un point de vue technique — je pense avoir un peu contribué à vulgariser son usage —, mais je ne pense pas qu’il soit un média naturel pour discuter de son développement. karl a suggéré d’exposer plus clairement nos interrogations et discussions techniques au sujet de l’écriture du code. C’est intéressant comme point de vue parce qu’il s’éloigne de la « vision » que j’ai de ce que doit ou devrait être le blog de Dotclear. Un espace d’explication, d’animation, d’alerte parfois quand il s’agit de problèmes de sécurité. Cela dit, engager la publication de billet plus « techniques » nécessite d’avoir les moyens de le faire, en temps, en niveau de connaissance, et bien souvent la combinaison des deux est absente.

Nous avions, au moment de reprendre le développement pour la future 2.6, imaginé que publier les sources sur GitHub allait amorcer un afflux de contribution, parce que ce service est beaucoup plus visible sur les radars geekesques (vous me pardonnerez ce néologisme) que BitBucket. Bien que perplexe à ce sujet — l’avenir m’aura malheureusement donné raison — j’attendais de voir fleurir des pull requests voire même quelques forks. Or depuis un an, à part une demi-douzaines de propositions, essentiellement faites sur BitBucket et que nous avons pour la plupart intégrées au code, aucune rebond d’activité n’a été observé.

Nous avons quelques mailing-lists, un forum de support, un canal IRC, l’espace de développement avec son système de gestion de tickets et de temps en temps les commentaires des billets du blog Dotclear pour échanger, et j’oubliais les ateliers que nous avons organisés récemment, mais ça ne concerne pour l’essentiel que ceux qui sont d’ores et déjà impliqués et présents dans ce projet. Ces médias ne sont à l’évidence pas ceux qui apporteront du sang neuf, que ce soit au sein même de l’équipe de développement ou dans les cercles qui regroupent les développeurs de plugins et fabricants de thèmes.

Je viens de jeter un œil à notre plateforme de distribution des plugins et des thèmes. 300 plugins disponibles, rien de nouveau depuis des mois. Côté thèmes c’est encore plus succinct, moins de 200, la plupart ayant déjà plusieurs années d’existence. Je comprends que Dotclear ne soit pas très couru quand on voit ce qui est à la disposition de tous. Nous avons beaucoup parlé de Twig, un système performant de templating. Certains sont convaincus que son intégration suffira à faire venir des nouveaux développeurs de thèmes. Je ne le suis personnellement pas. Ce n’est pas un système ou une technologie nouvelle qui incitera à ce point les contributions originales. J’espère me tromper à ce sujet, mais sincèrement j’en doute.

J’ai intégré il y a quelques années une équipe dont la plupart sont devenus des amis proches et fidèles. J’ai aimé l’ambiance, j’ai aimé les coups de gueule et les coups de grisou, j’ai redouté l’explosion en vol alors que j’étais tout « neuf » au sein du projet et puis finalement, alors que j’en pilote dorénavant un peu la destinée, je constate que l’équipe n’est plus que l’ombre de ce qu’elle a été. Alors évidemment, je me pose la question de ma place, de mon absence de « charisme », et aujourd’hui je vis ça comme un échec personnel, de n’avoir pas su maintenir le souffle, un rythme, des envies.

Je ne quitte pas ce projet parce que j’ai l’intuition qu’il ne faudrait pas grand chose pour le réanimer. Je ne quitte pas ce projet parce que je lui dois beaucoup, y compris sur un plan très personnel. Je ne quitte pas ce projet parce je lis ici et là des gens satisfaits de l’utiliser pour publier ce qui leur tient à cœur.

Je ne quitte pas ce projet, non, mais alors qu’est-ce que j’aimerais qu’on retrouve ne serait-ce que le dixième du feu d’artifice qu’il était à l’automne dernier !

Voilà ma réclamation…

Note

[1] Je ne vais pas fournir ici de piste ou de solutions techniques, ce n’est pas le propos de ce billet, mais il pourrait être utile d’en débattre, ici ou ailleurs.

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