Théière

Khadoui vient me voir tous les jours. Nous avons pris nos habitudes : nous nous installons derrière le fort, sous un acacia. Il allume le feu, prépare le thé : il lui faut deux théières, deux verres, du sucre en abondance. Il hume, mesure au creux de la main les feuilles et le sucre, joue de l’eau chaude et de l’eau froide, transvase la décoction au moins vingt-cinq fois entre les théières et les verres, enfin goûte avec de grands bruits de langue, remplit les verres de très haut, sans rien laisser échapper, et me tend le mien, plein à ras bord d’un liquide mousseux et ambré comme de l’urine. Il m’a dit : “Le thé, c’est l’absinthe des Touareg”, façon de me faire savoir qu’il connaît les mœurs des Français.

Louis Gardel, Fort Saganne

J’ai un souvenir qui y ressemble, dans le souk de Jérusalem, encore vivace dans ma mémoire ; un thé partagé sur le perron de cette boutique où j’avais marchandé longtemps une petite chemise de coton. Il avait alors tiré le rideau de fer au deux-tiers, sorti une petite table et deux tabourets et avait commencé à préparer ce qui serait un des plus fameux thé à la menthe de mon existence.

Mais je ne vais pas vous raconter (encore) cette histoire, puisqu’elle est déjà présente ici !

Faudra un jour, par contre, que je vous cause de cette vieille dame et de son poêle à charbon, ses chats et ses journaux…

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