Le vieux monde

Spermatozoïde cosmique, nov. 2022
Une vue du ciel, la nuit, depuis le balcon ; un nuage en forme de Z traverse la lune donnant une vague forme de spermatozoïde

En train de quitter doucement — et pas sans difficultés — ce vieux compte bancaire ouvert il y a très longtemps, pas loin de 40 ans déjà, à l’occasion de mes débuts1 dans le monde du travail. C’est très satisfaisant et comme souvent je me demande pourquoi je n’ai pas sauté le pas avant ; bon en vrai, je sais pourquoi puisqu’il ne s’agit que de ma légendaire feignasse attitude qui m’a conduit à reporter de période en période le basculement vers un outil plus moderne.

Cela dit, quitter la BNP pour Boursorama n’est pas non plus très disruptif si on sait que cette dernière [banque, note de la rédaction] est une filiale de la Société Générale, mais bon, au moins ça a l’air de bien mieux fonctionner que l’ancienne qui bloque dès qu’on sort de ses schémas de ce quoi doit être le bon usager.

La dernière fois où j’ai eu affaire à eux — en fait l’avant-dernière fois, c’est toujours compliqué de faire des choses pas communes comme de fermer des comptes épargne — et où il avait fallu que je me déplace à l’agence pour régler un problème de virement qu’ils avaient simplement décidé d’ignorer (alors que c’était ultra important et urgent), je me souviens du directeur de l’agence qui, alors qu’il me faisait valider le virement tant espéré que, je cite de mémoire, me répétait à l’envi Mais il ne va rester que 4000€ sur votre compte après ce virement ! Vous en êtes conscient ?. Ce à quoi je m’étais contenté de répondre simplement oui, à chaque fois, plutôt qu’un Mais de quoi je me mêle ? Ça ne vous regarde pas ce que je fait de mon pognon ! qui risquait d’envenimer ou compliquer les choses sur ce que j’avais en tête pour la suite, à savoir la fermeture complète de mes comptes chez eux.

C’est bizarre tout de même cette façon qu’ils ont d’essayer de culpabiliser leurs clients en parlant de leur argent et par extension de l’usage qu’ils en font comme si celui-ci appartenait à l’agence, à la banque, voire au système bancaire et capitaliste qui serait mis en péril si…

Bref, pathétique et je serai (presque) enclin à les plaindre, eux qui vont devoir continuer à assumer leur choix de travailler dans cet environnement. J’ai dit presque, hein ? Me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ;-)

C’est peut-être anodin et probablement pas complètement vrai, mais j’ai l’impression de reprendre du contrôle de cette énergie2.


En train de quitter doucement — sans trop de difficultés cette fois, même si… — le monde du travail dans lequel je me suis plongé il y a plus de 42 ans, ses turpitudes, ses hypocrisies et ses contraintes, même si je sais que j’en aurai probablement encore, mais largement moins, une fois définitivement retraité et pensionné à profiter du reste de my life.

Ça fait longtemps, des décennies probablement, que j’ai envie de témoigner sur ce que j’ai pu voir, entendre et vivre dans ce monde particulier, mais censure personnelle aidant je me suis toujours refusé le droit de le faire — sauf à mots couverts et très rarement —, en particulier sur ce blog. Souvent je me dis qu’une fois à la retraite, et libéré de ce devoir de réserve, objectif ou subjectif, peu importe puisqu’il pousse à la même conduite, j’aurai enfin l’opportunité de dire certaines choses.

Je me dis aussi que ce jour arrivé je n’en aurai plus rien à taper et qu’il sera temps de rabattre le tapis sur cette période et de passer à la suite, ce qui est plus que probablement la posture que je tiendrai alors, l’esprit certainement occupé par mes développements en cours, notre installation à l’Ouest, les travaux associés, et le plaisir enfin accessible et immédiat d’habiter en vacances !

Et là aussi, c’est peut-être anodin et possiblement erroné, mais j’ai l’impression de reprendre le contrôle (complet) de ma vie.


J’entends souvent dire qu’untel a souffert de son passage à la soixantaine, qu’unetelle a mal vécu son départ à la retraite et à la perte de l’utilité sociale — si tant est qu’il y en ait une — qu’elle avait alors et j’avoue humblement être complètement déconnecté de ces sentiments, même s’ils restent parfaitement compréhensibles et m’incitent souvent à avoir de l’empathie pour ceux qui les expriment.

J’ai plus de 60 ans, et tous les dix ans j’attends le couperet qui fait dire à certains qu’on se sent vieux sans jamais l’avoir expérimenté personnellement ; on verra à la prochaine dizaine, sinon pour les 80 :-)

Je code quasiment tous les jours, c’est sans cesse un grand kif ! Taper des trucs sur le clavier et voir le résultat sur l’écran, ça reste encore un peu de la magie, et ça dure depuis ces jours où, dans le car qui nous amenait ou ramenait de l’école, j’apprenais le langage Basic avec un cahier et un stylo, à l’aide d’un copain qui savait, où quand je programmais cette magnifique calculatrice HP-33e que j’avais à l’époque ; je devais avoir une quinzaine d’années.

Eh bien ce plaisir d’apprendre et de faire est toujours présent depuis ce temps, et j’espère bien avoir les capacités physiques et intellectuelles de le faire encore pendant de nombreuses années…


Si je vous dis que tout ça me rend très serein, vous me croyez ?

Vous êtes encore là ? C’est bien, la paresse n’est donc pas une fatalité.

Olivier Meunier

En tout cas c’est extrêmement agréable !


  1. Ça faisait déjà quelques années en fait, puisqu’aujourd’hui je totalise pas loin de 42 ans de carrière. ↩︎

  2. Le fric c’est de l’énergie, pour des tas de raisons. ↩︎

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