Ça n’se voit pas du tout au premier coup d’œil, et j’espère que c’est tout
aussi indétectable après un examen plus approfondi des lieux.
J’ai rarement passé l’aspirateur avec autant de minutie dans ma vie… Mais
je n’avais pas, jusqu’alors, de bébé de la catégorie "j’ai un œil de lynx pour
repérer toutes les petites saloperies qui traînent par terre, une adresse rare
pour les ramasser, et un intérêt jamais démenti pour les porter à ma bouche,
des fois que ce soit goûtu".
Je n’avais pas de bébé qui risquait de se blesser, bouche ou main, avec l’un
des millions d’éclats de verre incroyablement effilés qu’a produit le biberon
tout à l’heure lors de son explosion au sol, suite à mon coup de coude
malencontreux.
J’étais en train de me préparer un chocolat chaud pour me donner du cœur à
l’ouvrage, car je ne me sentais le courage de rien aujourd’hui. La vie est une
sacrée farceuse, n’est-ce pas ?
Ça n’se voit pas du tout, c’est le propre des tâches domestiques,
reproductives : passer l’aspirateur, laver le linge, remplir le frigo,
vider le lave-vaisselle…
Ça n’se voit pas davantage qu’un mouvement invisible à l’œil nu, comme si
l’oscillation du propre au sale, du plein au vide, comme si la fréquence de
cette oscillation était au-delà du spectre de nos perceptions, trop lente ou
trop rapide, comme l’aiguille des heures ou comme la roue d’un vélo.
Ça n’se voit que si l’on ne s’en occupe plus, que lorsque le mouvement se
fige, et que le quotidien se complique et s’englue.
397 chansons à
prise rapide ?
Aujourd’hui "Ça
n’se voit pas du tout" d’Anne Sylvestre



