Je l’ai connue quand nous étions collégiennes. Elle a commencé à vendre des pains au chocolat durant mon année de seconde, à deux pas du lycée qu’elle ne fréquenta jamais. Son petit corps menu était fatigué sitôt poussé, je la revois dans sa blouse jaune de la Croissanterie tenir de sa pince les viennoiseries chaudes et ramollies, les fourrer dans des sachets de papier assorti. Qu’est-elle devenue ? Pourquoi ma main l’a-t-elle dessinée ce jour entre deux travaux ?
Comme c’est bizarre, la mémoire… Je n’ai pas pensé à cette fille depuis vingt ans et la voilà qui surgit soudain. Je revois sa mère, une femme simple et discrète, nez aquilin et cheveux blancs, toujours à l’arrêt de bus en même temps que moi. Partant travailler, mais où ?
Si les traits sont là, pourquoi lui avoir mis du vent dans les cheveux, mais la frange, plaquée ? Pourquoi cette réclamation dans le regard ?