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Piège

Piège

Paris-Carnet - Édition juillet 2010

Un Paris-Carnet de retrouvailles car certains avaient fait le voyage de loin, d’encore plus loin et même de très très loin (en fait plus loin, y’a pas). Certains ne se connaissaient qu’à travers leurs lectures respectives et se sont enfin rencontrés. C’est très plaisant d’assister à ça bien qu’il ait fallu que je rentre plus tôt que j’aurais souhaité pour coucher le minot qui assistait à son premier Paris-Carnet. Comme les grands il a pu s’assoir sur un des hauts tabourets devant le comptoir et du haut de ses onze ans qu’il porte fièrement il a dégusté un verre avec des bulles dedans. J’ai une photo de ça que je garde dans un coin ;-)

Retrouvailles

Le mois prochain le Paris-Carnet se passera sans moi, par contre nous allons probablement organiser une session bigoudène le premier mercredi du mois d’août. P’têt même qu’on fera quelques répétitions avant et pis après aussi, hein ?

En attendant toutes les photos que j’ai prises et qui sont à peu près potables sont visibles ici et également par là.

Ma sélection de juin 2010

Une sélection compliquée ce mois-ci. Compliquée parce que le stock de photos candidates était plutôt restreint et sans deux périodes de quelques jours assez propices je n’ai pas beaucoup utilisé mon appareil. Seize photos sont sorties du lot, ce qui est finalement plus que le mois précédent, mais je trouve cependant que l’ensemble est de moins bon niveau que précédemment.

En vedette, une photo que j’ai triturée un moment avec Lightroom avant d’obtenir un résultat qui me plaît :

Fondu au noir

Les quinze autres photos, toujours dans l’ordre chronologique :

Sans façons À fleur d'eau Cornets de maki Couvre chef Bonbons sucrés Lucarne Chrome Jupon Hellix 24 Calligraphie gastronomique Rododindons Pomme-oreiller Ça pique ! Ça pique pas ! Démo

PS : Vous pouvez cliquer sur une photo pour l’agrandir et parcourir les autres avec les flèches du clavier, les touches N (suivante) et P (précédente) ou encore en cliquant sur la moitié gauche pour reculer et sur la moitié droite pour avancer. La touche Esc ou un clic en dehors de la photo permet de revenir au billet .

Blog out !!

Il y a une dizaine de jours je reçois, toujours au titre de secrétaire de l’association Dotclear, le courrier électronique suivant :

Objet : blog out !!

Bonsoir

Depuis plusieurs jours l’accès à mon blog n’est plus disponible ainsi que pour les modifications . Merci de me fournir une réponse concernant ces dysfonctionnements par une réponse clair et non pas me renvoyer sur l’aide en ligne comme vous le faites habituellement. En espérant que ce n’est pas encore un problème d’attaque de serveur comme l’année dernière ou je n’avais pas de sauvegarde.

http://www.ailleurs@domaine.tld/

Cordialement

… [ et toutes les coordonnées de l’émetteur du mail ]

Comme d’habitude dans ce genre de mail je soupçonne un hébergement de blogs monté avec un moteur Dotclear et qui merdoie de temps en temps, à moins que ce ne soit une fausse manipulation de la part du quidam. Vous noterez au passage la forme singulière de l’adresse de son blog, à mi chemin entre une URL de site web et celle d’une adresse de courrier électronique. Je prends ma plus belle plume, je tire la langue parce que les pleins et les déliés c’est toujours un peu compliqué quand on en a pas fait depuis longtemps — je sais pas pourquoi tirer la langue peut aider, mais ça aide ! — et je réponds très courtoisement ceci :

Bonsoir,

Nous n’avons aucunement les moyens de répondre à votre question. D’une manière générale je vous conseille d’utiliser le forum de support dédié à Dotclear pour tout problème concernant spécifiquement ce logiciel, à cette adresse : http://forum.dotclear.net/

S’il s’agit par contre d’un problème de serveur comme il apparaît qu’il est question, il faut alors vous retourner auprès de votre hébergeur.

Cordialement
Dotclear Team

Qui est en fait un vague copié-collé de quelques phrases type que je mélange au gré de l’humeur, de la météo et de l’humeur[1] qui me permet de ne pas y passer trop de temps. Je suis en train de penser que ça pourrait être assez rigolo de faire un générateur de réponse automatique basé sur la reconnaissance d’un ou deux mot-clés, ça devrait suffire. Enfin bref, le mail est parti, je suis satisfait car j’ai rempli la mission que m’a confiée notre grand timonier belge (ou chti ou français, je sais plus trop à force).

Que pensez-vous que le destinataire ait fait lorsqu’il a lu ma réponse quelques heures plus tard ? Joindre aussitôt le support technique de la ferme de blogs où il avait ouvert le sien ? Que nenni, et pour vous situer les choses, sachez que ma réponse est partie vers 20h et que sa réaction est venue 3 heures plus tard en ces termes élégants[2] :

Objet : ***SPAM***Re: blog out !!

Bonsoir

Pas très clair votre réponse , ce n’est pas un problème de mon hébergeur car il m’est impossible de lancer mon blog sur n’importe quel micro ainsi que les habitués qui vont sur mon blog . Depuis aujourd’hui on peut quand même accéder aux modifs de mon blog depuis ***nom-de-la-ferme-de-blogs-qui-merdoie-grave*** mais il n’y a plus d’ images et quand on clique sur » voir le site « apparait le message It Works . Il n’y a aucun blog accessible , lorsque l’on clique sur blog du ***nom-de-son-blog*** chez ***nom-de-la-ferme-de-blogs-qui-merdoie-grave*** apparait le même message It works! A quand une vraie réponse car cela devient insupportable d’avoir de ne pas avoir de réponses

Je n’ai bien évidemment pas répondu à cette missive estimant avoir déjà rempli la mission que m’a confiée notre grand timonier belge (ou chti ou français, je sais plus trop à force). Je l’ai pas déjà dit ça ? Et je ne vais pas non plus, comme la dernière fois, vous demander de m’aider à formuler une réponse adéquate, ayant décidé d’ignorer purement et simplement cette histoire, surtout qu’aujourd’hui j’ai un serveur à foutre en l’air !

Cela dit, la qualité du logiciel compréhension, rigueur et aptitude est à revoir d’urgence chez ce bonhomme !

Notes

[1] J’attends qu’un certain Mr. LeChieur vienne me faire remarquer ma répétition (private joke inside).

[2] je note au passage que son logiciel de mail préféré a considéré ma réponse comme du spam, ce qui ne me laisse pas de m’interroger sur la qualité d’icelui.

Paris-Carnet - Édition juin 2010

Moins de monde que prévu à cette édition du Paris-Carnet de juin où il n’y avait quasiment que de vieux blogueurs, ceux qu’on appelle les dinos ! Pourtant le Capitaine avait annoncé sa venue depuis l’autre côté de la mare et contrairement à la session de l’automne 2009 où il était présent aussi, peu ont répondu à son appel.

Sans façons

Je continue de mon côté les expérimentations avec les photos que je fais là-bas, cette fois-ci en poussant un peu dans les extrêmes certains réglages. Pas tout à fait sûr de la pertinence du résultat, bien que certaines me plaisent assez.

À noter sur la carte de l’Assassin, du magret de canard assez savoureux ;-)

Toutes les photos sont visibles ici, comme d’habitude, et également par là.

Ma sélection de mai 2010

Ce mois-ci j’ai retenu 10 photos parmi les 29 qui ont été publiées ici et ailleurs[1]. Pas beaucoup de sorties photo, l’envie et la météo ne s’y prêtant guère, et puis peut-être une sélection plus agressive parmi ce que j’ai en stock.

En vedette cette fois une photo prise sur le vif et pour laquelle j’ai hésité longuement avant de la publier :

Lost Planet

Les neuf autres (toujours dans l’ordre chronologique) :

Butoh Sous les pavots la terre Lumière Passerelle Bout de guirlande Poignée Cartographie La vérité ! Levée de filet de bar

PS : Vous pouvez cliquer sur une photo pour l’agrandir et parcourir les autres.

Notes

[1] Les ailleurs sont Open-Eyes, mon photoblog, et mon compte Flickr — voir aussi le site Fluidr qui présente différement les photos présentes sur mon compte Flickr — où je publie habituellement les photos prises pendant les Paris-Carnet.

Gource, SVN et Mac OS X sont dans un bateau…

…et aucun ne tombera dans l’eau !

Je me suis un peu amusé depuis hier avec un logiciel que j’ai trouvé au hasard de mes pérégrinations virtuelles. Gource est son nom. Il permet de représenter sous forme visuelle, et très graphique vous verrez, l’activité d’un dépôt Git, Mercurial, Bazaar, SVN (subversion) ou encore CVS. Un dépôt, pour mes lecteurs les plus ignorants des choses qui concernent le développement logiciel — mais on peut tout aussi bien s’en servir pour autre chose —, permet d’enregistrer toutes les versions successives des fichiers constituant un projet. Cela permet de revenir facilement en arrière en cas de problème, de gérer plusieurs versions concurrentes, d’avoir la dernière version permanente d’un logiciel, etc, etc. Bref, du petit lait pour tous les développeurs qui l’utilisent quotidiennement.

Je disais donc que je m’étais un peu amusé hier, avec le dépôt officiel de Dotclear 2, un peu de titraille et un soupçon de musique. Voilà le résultat une fois passé entre les mains de Gource, iMovie (un logiciel de montage vidéo d’Apple) et ffmpeg (un convertisseur vidéo), toute la vie du dépôt condensée en 4 minutes :

Dotclear : Commit-activity - 01/01/2006 - 21/05/2010
Musique : Kene Busma - Dub / Soutra

Pour les ceussent qui voudraient faire pareil, je vais vous indiquer rapidement comment obtenir le (presque) même résultat. Mes propos concerneront un système Mac OS X, facilement adaptable à un système Linux, quand à ceux qui utilisent Windows, j’ai cru lire qu’il était aussi possible de faire de même, seules les procédures peuvent varier légèrement.

Préalable

Pour installer tous les logiciels nécessaires (Gource et éventuellement Subversion et ffmpeg), j’ai choisi d’utiliser MacPort. Ce système permet de récupérer sur des dépôts externes des packages configurés pour tourner sur Mac. À noter que MacPort ne remplacera pas ce qui existe déjà nativement avec Mac OS X. Je vous laisse le soin de consulter la documentation d’installation de MacPort et vous attends sagement avant de continuer mon explication…

Petite notre à l’intention de ceux qui ont déjà MacPort installé sur leur machine. Pensez lancer les deux commandes suivantes afin d’être sûr d’avoir la dernière version de l’index des dépôts et que les modules déjà installés soient à jour :

sudo port -v selfupdate
sudo port upgrade outdated

… que vous soyez prêt pour la suite.

Installation

D’abord Gource lui-même :

sudo port install gource

Ensuite ffmpeg si vous souhaitez créer des fichiers vidéo avec la sortie générée par Gource :

sudo port install ffmpeg

Puis Subversion dans le cas qui nous concerne, puisque le dépôt de Dotclear utilise ce logiciel :

sudo port install subversion

Enfin, récupérez le script python pour convertir les fichiers log générés par SVN afin qu’ils soient lisibles par Gource. Décompressez l’archive pour en extraire le script. Vous aurez besoin de la version 2.5 (à minima) de python pour le faire tourner.

Génération du fichier log nécessaire à Gource

Nous avons dorénavant tout les logiciels nécessaires. Il faut maintenant générer le fichier qui servira d’entrée à Gource.

Tout d’abord, se positionner dans un répertoire correspondant à une working copy du dépôt :

cd ~/Documents/Projets/my-project

Ensuite récupérer le fichier log complet, puis le convertir dans le format idoine à l’aide des commandes suivantes :

svn log --verbose --xml > ~/Documents/my-project.log
python  ~/Shell/svn-gource.py --filter-dirs ~/Documents/my-project.log > ~/Documents/my-project-gource.log

Admiration du résultat

Il vous reste maintenant à lancer Gource pour admirer le résultat :

gource --log-format custom ~/Documents/my-project-gource.log

Vous devriez avoir une fenêtre dans laquelle vous pouvez utiliser les touches suivantes :

  • V : pour basculer entre la vue générale et la vue focalisée l’activité en cours du dépôt ;
  • Tab : sert à passer à l’utilisateur suivant ;
  • + et - : pour accélérer et ralentir la vitesse de défilement ;
  • Espace : pour mettre en pause et redémarrer ;
  • Esc : pour mettre fin à l’affichage.

Si vous déplacez votre souris vers le bas de l’affichage vous verrez apparaître un guide temporel qui vous permet de vous positionner à une date précise. D’autre part, les défilements de la molette de la souris — ou la commande équivalente sur le trackpad — permet de zoomer et de dézoomer.

Création d’une vidéo

Si vous souhaitez obtenir un fichier vidéo de l’affichage il faut alors modifier légèrement la commande pour lancer Gource, afin de renvoyer sa sortie vers ffmeg pour qu’il en produise un fichier vidéo.

Exemple pour un fichier MP4 :

gource --stop-at-end --disable-progress --log-format custom ~/Documents/my-project-gource.log --output-ppm-stream - | ffmpeg -y -b 3000K -r 60 -vpre libx264-default -f image2pipe -vcodec ppm -i - -vcodec libx264 ~/Documents/my-project-gource.mp4

Autre exemple pour un fichier FLV :

gource --stop-at-end --disable-progress --log-format custom ~/Documents/my-project-gource.log --output-ppm-stream - | ffmpeg -y -b 3000K -r 60 -f image2pipe -vcodec ppm -i - -vcodec flv ~/Documents/my-project-gource.flv

Pour information, j’ai utilisé les deux commandes suivantes pour générer une version MP4 et une version FLV :

gource --log-format custom --stop-at-end -s 0.05 --hide filenames,dirnames --date-format "%d/%m/%Y" -1280x720 ~/Documents/my-project-gource.log --disable-progress --output-ppm-stream - | ffmpeg -y -b 3000K -r 30 -vpre libx264-default -f image2pipe -vcodec ppm -i - -vcodec libx264 ~/Documents/my-project-gource.mp4

et

gource --log-format custom --stop-at-end -s 0.05 --hide filenames,dirnames --date-format "%d/%m/%Y" -1280x720 ~/Documents/my-project-gource.log --disable-progress --output-ppm-stream - | ffmpeg -y -b 3000K -r 30 -f image2pipe -vcodec ppm -i - -vcodec flv ~/Documents/my-project-gource.flv

À noter (options supplémentaires ou différentes de la commande présentée en exemple au début de ce chapitre) :

  • -s 0.05 permet de spécifier la durée en secondes d’une journée d’activité sur le dépôt ;
  • --hide filenames,dirnames permet de masquer les noms des fichiers et des répertoires ;
  • --date-format "%d/%m/%Y" permet de spécifier le format d’affichage de la date ;
  • -1280x720 spécifie les dimensions de la vidéo, ici au format HD 16/9e recommandé pour une mise en ligne sur YouTube par exemple ;

et pour ffmpeg :

  • -r 30 pour spécifier le nombre d’images par secondes de la séquence vidéo produite.

Pour obtenir le détail des options possibles :

man gource
man ffmpeg

Voili, voilà, vous savez tout ou presque pour faire de même sur vos dépôts préférés :-)

Le vaccin

Crédit photo : Hughes Léglise-Bataille

Crédit photo : Hughes Léglise-Bataille

Il était 7 heures du matin de ce petit jour froid d’hiver, le 6 février exactement, un premier mercredi du mois comme à l’habitude — celui-ci serait le dernier.

La cérémonie avait été organisée depuis plusieurs mois, une fois que le recensement avait été refait et vérifié. Elle serait la dernière en France. Fruit de nombreuses années de recherche et grâce à une intuition de génie du professeur Danterre qui, disait-il avec un sourire en coin, l’avait eue en relisant pour la trente-septième fois « Des fleurs pour Algernon », un traitement avait enfin été mis au point. Une savante combinaison de virus génétiquement modifiés, de bactéries sélectionnées et d’une poignée de nanobots programmés pour orienter judicieusement l’ensemble était contenu dans cette ampoule qui attendait dans l’armoire blindée.

07h05

« C’est des nichons de 14-18. »

Elle attendait depuis vingt minutes, assise sur cette chaise, derrière la vitre qui donnait sur la cour de l’immeuble. Comme d’habitude les badauds et les curieux s’étaient rassemblés et attendait le moment où l’élu du mois serait traité. C’était devenu une institution où chaque premier mercredi on assistait à la séance derrière la grille de la cour d’honneur de l’hôpital Sainte-Anne. On y trouvait pêle-mêle des gamins qui faisaient le détour avant d’aller à l’école, quelques ménagères toujours en manque de sensationnel qui allait leur donner de quoi discuter sur le marché ensuite, un ou deux poivrots qui finissaient — ou commençaient — de cuver leur blanc-sec du matin, parfois même un employé du nettoiement prenait le temps de s’appuyer sur son balai pour observer d’un œil goguenard les spectateurs amassés là.

07h10

« Moi je suis sain d’esprit[s] ! »

Petit à petit la foule s’était faite plus dense, les appareils photo avaient commencé à crépiter, rendant nerveuse la compagnie de sécurité qui avait commencé à s’approprier les lieux. Il ne fallait pas traîner, le ministre était annoncé à huit heures précises et chacun connaissait ses colères proverbiales lorsqu’il y avait du retard sur le programme. Son planning de ministre ne souffrait aucune divergence.

07h15

« L’est où Lucien ?
— Il est en Polynésie française.
— C’est où la Polynésie française ?
— C’est près de Glacière ! »

Un infirmier était passé, à la fois pour rassurer Lucienne et pour vérifier qu’elle avait correctement pris la solution préconisée par le professeur, une heure avant l’injection. Il était resté quelques minutes à observer la foule au dehors, puis avait tourné les talons en haussant les épaules.

07h20

« Essaye de traverser la cour … ils vont te tuer …
— 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10. »

L’équipe du professeur Danterre était au complet ce matin. Il ne fallait pas rater ce rendez-vous avez l’histoire. Tout ce qui comptait de sommités au sein de l’institution hospitalière était présent et se bousculait autour du professeur qui paraissait passablement agacé par ce manège de coups de coude, de petits mots acides et de haussements de ton. Il donna quelques ordres à l’infirmière qui se trouvait auprès de lui et se tourna ensuite pour se rendre près de Lucienne, s’éloignant du manège des courtisans.

07h25

« Au secours ! J’ai des mites !

— Moi j’aurais voulu épouser Henri Dunant
— Mais il est mort. »

L’infirmière passa quelques minutes à placer les électrodes sur les tempes de Lucienne, à brancher le monitoring cardiaque, à vérifier sa tension et son état de nervosité. Celle-ci se contentait d’observer les manipulations les yeux grands ouverts sans jamais ciller ou presque. Un léger air triste ne quittait pas son regard que l’infirmière tentait d’éviter.

Les journalistes présents avaient commencé à interpeller le professeur sur son traitement, sur les bénéfices attendus aujourd’hui, sur la vitesse à laquelle le produit agissait, s’il était possible qu’il y ait des rechutes, etc. Le professeur répondait lentement, en prenant le temps d’expliquer les choses une à une, ignorant l’insistance des questionneurs avides de superlatifs à mettre en titre de leurs papiers.

07h30

« Il est parti en vacances ?
– Non il est mort avant ! »

Le traitement de cette pathologie avait été déclarée grande cause nationale dix ans auparavant et depuis on traitait un à un chacun des patients susceptibles de le recevoir. C’était un traitement unique, dont les secrets de fabrication étaient jalousement conservés par le laboratoire qui le vendait à prix d’or. Le processus d’élaboration était long, compliqué et extrêmement délicat disaient-ils, probablement pour justifier son coût.

08h00

« Il a 98 ans !
– Il marche sur les mains. »

Le ministre et son aréopage étaient arrivés à huit heures pile, comme prévu. Aussitôt le professeur avait salué celui-ci et était retourné près du petit chariot à roulette qui trônait près de Lucienne. Celle-ci avait été attachée au siège afin de prévenir tout geste involontaire de sa part. Il ne fallait pas qu’un aléa vienne gâcher le bon déroulement des opérations. Le garde en faction près du chariot s’était alors retiré, plus loin dans le couloir, tout en gardant un œil curieux sur les gestes du professeur.

Le piston était descendu doucement dans la seringue et le liquide ambré avait maintenant complètement disparu. Le professeur avait alors retiré l’aiguille, l’avait placée dans le réceptacle idoine et s’était redressé pour observer Lucienne.

Le ministre impatient avait alors tendu la main vers le professeur pour le remercier et s’était tourné vers les journalistes présents : « C’est un grand jour à marquer d’une pierre blanche. Pierre blanche qui nous rappelle la première de cet édifice, pierre posée il y a presque un siècle et demi par le grand spécialiste des pathologies … » avait-t-il continué à déclamer pendant quelques minutes.

08h15

« On est normal au départ…
– C’est les gens qui nous rendent maboules ! »

Il avait fallu quinze minutes pour que le ministre lise son discours sous le crépitement des flashs, réponde ensuite aux journalistes et reparte enfin en trombe maintenant suivi du préfet arrivé essoufflé quelques minutes plus tôt, de son escorte de secrétaires, d’assistants et de gardes du corps. Pas un regard pour Lucienne qui l’avait observé partir sans un mot. Elle n’existait pas, seul comptait le jour historique dans le planning du ministre.

Pendant ce temps le produit continuait d’agir. Le monitoring n’indiquait rien d’inquiétant, à part une légère augmentation de l’activité cardiaque. Il fallait une heure pour que l’effet final soit complet. Pendant quarante minutes encore Lucienne serait la vedette du jour, du mois, de l’année. Et puis elle irait finalement se fondre dans la foule des communs, des quidams, des normaux… Elle hochait doucement la tête, le regard toujours un peu triste, comme si elle regrettait de perdre peu à peu son statut. Statut dont elle n’avait visiblement pas la moindre idée, personne n’ayant eu l’idée — ou l’intelligence — de lui expliquer pourquoi elle était attachée à cette chaise, ce matin là, dans ce hall un peu sinistre.

Le professeur était resté un peu puis était reparti ailleurs, l’air affairé, pas plus ému que toutes les fois précédentes. Ça faisait longtemps que l’excitation des premiers cas avait disparu. De la routine, rien que de la routine c’était devenu et si le ministre n’avait pas tenu à être présent il aurait bien volontiers laissé sa place à un des internes qui l’accompagnait aujourd’hui.

09h00

« Il est méchant parce qu’il a peur de sa bite. »

Je m’étais alors demandé à qui elle pensait. Au professeur, au ministre, à un inconnu ? peu importe, peut-être à tous.

Nous sommes le 5 mars. Nous sommes le premier mercredi du mois. Il n’y a personne dans le couloir, sauf moi qui erre ici et là. L’équipe ne viendra pas, ne viendra plus. Je suis content. Je n’ai pas été détecté. Je suis le dernier…


Texte écrit pour la première session du Dyptique 5 d’Akynou.

Ma sélection d'avril 2010

La sélection photo pour le mois d’avril 2010 est arrivée. Cette fois-ci j’en ai retenu 16 parmi les 29 qui ont été publiées ici et ailleurs[1], comme quoi la quantité n’est pas signe de qualité (relative) et inversement.

En vedette une photo sortie du boîtier telle que vous la voyez ici et qui me rappelle que certaines photos encore dans mon best-of[2] ont été faites et publiées sans aucun recadrage ni post-traitement :

Violettes

Le printemps est définitivement là, c’est indéniable. D’ailleurs une grande partie de la sélection est faite de fleurs ! Ce qui tombe bien car mon dernier achat m’ouvre quelques possibilités supplémentaires, bien que je trouve qu’il est un tantinet plus difficile à maitriser que le 50mm que j’affectionne. Une difficulté à laquelle je ne m’attendais pas mais qui au fond a un petit air de défi qui n’est pas pour me déplaire — son bokeh est moins marqué, moins surprenant que celui du 50mm mais il a un petit quelque chose d’intéressant je trouve. D’ailleurs seulement 5 des photos retenues aujourd’hui ont été prises avec le 50mm, les autres l’ayant été avec le 100mm. Peut-être voudriez-vous les repérez (sans tricher) ?

Les quinze autres (toujours dans l’ordre chronologique) :

Application Maître d'ouvrage Paon-plume Paon Tulipes Rose sur bleu Pochoir aux photons Oursin violet Couronne P'ti piaf Précis Le cerisier et l'enfant Angles ronds Soleil Le furet

PS : Vous pouvez cliquer sur une photo pour l’agrandir et parcourir les autres.

Notes

[1] Les ailleurs sont Open-Eyes, mon photoblog, et mon compte Flickr — voir aussi le site Fluidr qui a une bien plus belle présentation que Flickr je trouve — où je publie habituellement les photos prises pendant les Paris-Carnet.

[2] J’ai tendance là aussi à faire beaucoup de ménage, signe que je devient plus exigeant sur la qualité perçue des photos que je fais.

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