Oliv et le bateau - Retour

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Les travaux d’agrandissement avancèrent à grands pas comme Pépin, Anda sa femme ainsi que Bi et Xa leurs deux garçons étaient venus tous les matins très tôt pour aider à la tâche. Trois semaines plus tard, tout était fin prêt. Prenant exemple sur une autre légende de pirate et de flibuste racontée par le sage, ils avaient choisi de transformer le bateau en un catamaran dont chacun des flotteurs contenait suffisamment de place pour toute une famille. Dix personnes au moins pouvaient y tenir à l’aise, sans compter la place disponible dans la cale pour les provisions, les voiles et le reste du matériel.

Pépin avait proposé un endroit près du port des murènes pour stocker le matériel, juste à côté de la petite maison qu’il louait depuis leur arrivée. Il avait aussitôt trouvé du travail comme aide-forgeron et Anda servait et cuisinait depuis peu dans une auberge du vieux port. À eux deux, ils avaient commencé à mettre un peu d’argent de côté pour payer le voyage du retour, sitôt qu’ils auraient trouvé un navire marchand en partance pour chez eux. Ils avaient rapidement eu le mal du pays et leurs enfants n’avaient de cesse de se plaindre des cousins et des amis perdus. Leur maison était accolée à une vieille grange pleine de poussière qui appartenait au forgeron qui la leur prêtait bien volontiers.

Quelques jours auparavant, Pépin avait décidé de reconstruire un bateau à peu près identique au premier d’Oliv — il en avait gardé une bonne mémoire des plans et de sa construction — lorsqu’il avait entendu parler de leur arrivée dans le village au pied de la montagne. À la description faite par le marchand de potions qui venait justement de là-bas , il avait compris qu’il ne pouvait s’agir que d’Oliv et de ses compagnons. Comprenant qu’il avait trouvé une occasion de retourner vers chez eux en bonne compagnie, il avait décidé que ce n’était que partie remise et qu’il construirait alors ce nouveau bateau, une fois revenu, et qu’il le donnerait à ses deux enfants pour qu’ils puissent commencer à travailler en pêchant ou en plongeant ramasser des éponges, des coquillages ou des perles.

Enfin, le grand jour du départ était arrivé ! La maison avait été rendue au forgeron, qui, pour leur souhaiter un bon voyage, avait tenu à leur fabriquer une belle ancre munie d’une longue chaine. Celle-ci étincelait au soleil levant sur le pont alors que Lo venait juste de la remonter. Tous les habitants du quartier étaient venus les saluer avant le départ pendant que tous les elfes s’occupaient aux derniers préparatifs. Soudain, la foule se fendit et apparut alors le vieux sage qui s’avança jusqu’au bord du quai. Quelques murmures jaillirent ici et là et puis finalement le silence s’installa.
« Soyez prudents ! L’océan recèle bien des dangers dont vous n’avez pas idée, mais je vois que votre embarcation est taillée pour les affronter.
– Pas d’inquiétude, répondit Oliv, nous ferons attention et nous ne forcerons pas l’allure au delà de ce qui est raisonnable.
– Oui oui, je sais … rétorqua finalement le vieux nain tout en hochant la tête en se retournant après avoir salué l’équipage d’un signe de la main. »
Oliv le regarda traverser la foule dans le sens inverse avec un petit pincement au cœur car il avait fini par se prendre d’affection pour ce vieillard un peu bourru qui savait tant de choses. Il était temps de partir, enfin. Les amarres furent libérées et le bateau commença à s’éloigner du quai doucement sous l’effet de la légère brise qui soufflait ce matin. Il voguèrent ainsi, jusqu’au passage après la jetée, suivis de loin en loin par quelques enfants qui s’amusaient à les accompagner.

La traversée se passa sans encombre, sous l’effet des vents réguliers présents à cette époque de l’année. Il ne croisèrent qu’un navire de haute mer, qui faisait commerce d’huiles et d’épices et qui se rendait visiblement vers l’île qu’ils venaient de quitter. Au bout de quelques jours, ils arrivèrent enfin en vue de la plage de leur village. Le bateau dont les voiles avait été amenées finit de glisser sur son erre jusqu’au moment où les deux coques s’enfoncèrent doucement dans le sable et stoppèrent alors l’équipage. Ils étaient enfin de retour en cette belle fin d’après-midi ensoleillée !

Petit à petit ils débarquèrent leurs bagages, les quelques vivres qui leur restaient encore et les nombreuses caisses et tonneaux de produits rares qu’ils comptaient bien négocier à leur justes valeurs dès le lendemain. Ils avaient imaginé de faire la traversée plusieurs fois dans l’année pour organiser un échange entre leur village et l’île des nains. Ils pensaient avoir de quoi faire vivre largement tous les compagnons de cette aventure. Peu de temps après avoir fini, une silhouette s’avança vers eux dans le contrejour formé par le soleil couchant. Soudain, alors qu’elle n’était qu’à quelques pas, Oliv la reconnut :
« Zébulon ! C’est toi Zébulon ! Comme je suis heureux de te revoir, enfin !
– Alors ? Ce voyage ? Ce trésor ? Raconte-moi Oliv ! Répondit Zébulon en donnant l’accolade au petit elfe. »
Oliv lui fit le récit en détail de son périple, complété quand il le fallait par Pépin lorsqu’il s’agissait d’expliquer telle ou telle partie de son propre voyage et ils passèrent ainsi quelques heures à discuter. Oliv lui parla du vieux sage rencontré là-bas, de la grotte et du tunnel, des légendes qu’il avait apprises et qu’il lui raconterait bientôt.

Au bout d’un moment, Oliv se tut et Zébulon reprit la parole :
« Tu ne m’as rien dit sur ce trésor Oliv ! As-tu découvert ce que tu cherchais ?
– Non ! Répondit Oliv, mais j’ai trouvé bien plus que ça et je l’ai ramené avec moi ! Les voilà tous autour, leur amitié est la plus belle des récompenses que je pouvais trouver !
– Hé hé, dit Zébulon avec un large sourire, je suis heureux de voir que tu as finalement grandi un peu ! Je savais que Vigo saurait te montrer un peu la voie !
– Vigo ? Demanda Oliv.
– Oui ! Un très vieil ami, qui se trouve être le chef du village des nains, là où tu étais ! Vigo le pirate est son nom, et sa sagesse est bien plus vaste que la mienne ! »

Sur ces mots, le vieil elfe les salua et repartit dans sa maison pour profiter enfin d’un repos bien mérité après cette mission que lui avait confiée, avant de disparaitre, le père d’Oliv.

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