Les pourpres

On m'a prêté aujourd'hui un petit gadget avec lequel j'ai pu faire mumuse durant un peu plus d'une heure. Bien que je n'aie évidemment pas eu le temps de le détailler sous absolument toutes ses coutures, je dois reconnaître avoir pris pas mal de plaisir à le manipuler. Légèrement arrondi, muni d'un orifice sombre qui ne donnait aucune indication sur son usage et d'une zone légèrement translucide sur le dessus. On aurait pu le confondre avec un galet si ce n'était sa couleur pourpre et le fait qu'il pulsait doucement en emmettant un peu de chaleur.

Je l'ai mis dans la poche de mon blouson, ai attrapé mon sac et suis parti en claquant la porte derrière moi. Quelques dizaines de minutes plus tard, alors que je me trouvais dans le train en direction de mon travail, j'ai commencé à jouer machinalement avec l'objet pendant que mon regard et mes pensées vagabondaient au loin.

Il m'a fallu quelques minutes avant de me rendre compte de ce qui clochait. Le silence. Un silence absolu. Plus aucun bruit, pas de paroles dans la voiture, plus de musique sortant des écouteurs de mon voisin de banquette, pas non plus de bruits de fond ferroviaires, tac-tac des roues sur les rails, grincements de plastique ou de métal. Non, on entendait plus un son.

Mon premier réflexe a été d'essayer de me déboucher les oreilles. Étais-je devenu sourd d'un seul coup ? Non, bien sûr que non, car dès que j'ai eu lâché le galet, tous les sons sont revenus, en un instant. J'ai alors replongé ma main dans ma poche pour sortir le gadget et dès que je l'ai touché de nouveau j'ai eu droit à ce silence de cathédrale. J'ai observé l'objet pendant un moment puis j'ai posé mon doigt sur la partie translucide qui avait viré au turquoise. À peine avais-je effleuré l'endroit que de nouveau les sons étaient revenus.

J'ai joué avec toute la journée. Je m'amusais à interrompre les réunions au boulot ou les conversations au restaurant. Quel plaisir d'avoir ce pouvoir particulier, de crier comme un forcené dans l'ascenseur sous le regard interloqué des autres passagers qui visiblement me croyait sourd-muet. Ce n'est qu'avec beaucoup de regret que j'ai finalement replacé le galet le soir dans le coffre pourpre.

Je me demande ce qu'ils vont me faire tester demain !


Ce billet est ma participation au jeu du sablier d'automne de Kozlika et Samantdi.

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